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Culture | Mile-End

Artistes en péril

L’arrondissement du Plateau légifère pour les protéger

Artistes en péril
Photo le Journal de Montréal, Émilie Dubreuil Douce victoire pour Pierre Przysiezniak et ses collègues. Près de 800 artistes travaillent dans des ateliers dans les anciennes usines du Mile-End. Leur repère est menacé par la spéculation immobilière.

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L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal adopte des mesures pour protéger les artistes de son territoire contre la spéculation ­foncière.

Le Mile-End est, sans contredit, le quartier le plus branché de Montréal, et pour cause.

Il y a une dizaine d’années des artistes évincés du centre-ville se sont établis dans le secteur est du quartier, un endroit idéal pour les créateurs : d’immenses manufactures désertées par une industrie du textile sur le déclin.

À l’époque, cette migration artistique s’est faite au grand plaisir des propriétaires de ces édifices qui étaient en manque de locataires.

Selon un recensement effectué en 2010, on compte maintenant sur les rues Casgrain, Clark et De gaspé près de mille artistes de tout acabit qui travaillent dans des ­centaines d’ateliers.

Une telle concentration de créateurs est un phénomène quasiment unique au monde. La chaîne de télévision française Arte en a même fait un documentaire.

C’est un phénomène bien connu en urbanisme. La présence d’artistes dans un quartier contribue à sa renommée. La bohème, c’est chic et le Mile-End est devenu un endroit prisé par les promoteurs immobiliers.

Investisseurs

À titre d’exemple, l’immeuble du 5455 avenue de Gaspé, dont 30 % des occupants sont des artistes et des travailleurs culturels, a été acheté pour 8 millions $ en 2008 et revendu 37,8 millions de dollars en juin 2011 à Allied properties.

D’autres manufactures seraient aussi dans la mire des investisseurs.

La compagnie a misé sur sa capacité d’attirer des locataires de prestige.

Déjà, tout un étage est occupé par les bureaux de Jetfilms et les travaux vont bon train pour de nouveaux bureaux d’Ubisoft qui occupera, elle aussi, tout un étage.

De nombreux artistes n’ont pu renouveler leurs baux à long terme avec le propriétaire et doivent désormais louer au mois.

Ils craignent d’être évincés lorsqu’une grande compagnie ­voudra occuper l’espace qu’ils ont investi depuis des années.

Le Plateau à la rescousse

Les mesures mises en place par l’arrondissement devraient limiter sérieusement ce marché locatif convoité par les investisseurs puisqu’il sera désormais interdit de convertir plus de 500 mètres en espace de bureau.

Ce projet de modification de l’urbanisme sur le territoire des anciennes manufactures, au nord de la rue Maguire, entre les avenues Casgrain et Henri-Julien, prévoit aussi d’y interdire tout projet résidentiel.

« J’en ai eu les larmes aux yeux quand j’ai entendu l’annonce du Plateau », nous a confié Julie Faubert, une artiste qui travaille dans un atelier de la rue Clark depuis une dizaine d’années.

« Il y a quelque chose de symbolique dans le fait qu’un des pouvoirs publics reconnaisse que nous représentons un atout incontestable dans le quartier et qu’il est important de protéger ce lieu unique à Montréal. », termine ­Julie Flaubert.

Les artistes espèrent que la ville centre et Québec emboîteront le pas à l’arrondissement.

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