/news/currentevents
Navigation
Parc Olympique

La 2e vie du Stade

La 2e vie du Stade
photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Le nouvel homme fort de la RIO, David Heurtel, ne se chauffe pas du même bois que ses ­prédécesseurs. Jeune (40 ans), ­dynamique, ancien d’evenko et du Festival Juste pour rire, il a de grands projets pour redynamiser le Stade olympique, déserté ces dernières années.

« David Heurtel représente une nouvelle génération, dit le président de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, Michel Leblanc. Elle ne se sent plus liée à la vocation originale, ne vit plus dans le passé. »

M. Heurtel et sa nouvelle équipe ne se font aucune illusion. « Il faut ­absolument faire quelque chose pour relancer cet endroit. Le passé a été difficile, regardons vers l’avant », dit le PDG, dans ses bureaux qui ­surplombent l’Esplanade Financière Sun Life, une première incursion du privé. Et pas la dernière : la Tour, le ­centre sportif et le Stade lui-même pourraient changer de nom.

Tout est désormais sur la table.

Stades reconvertis

Les reliques de Jeux olympiques et de Coupe du monde sont nombreuses. Mais certaines villes, comme Barcelone et ­Sydney, ont réussi leur reconversion, dit Sylvain Lefebvre, directeur du Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF).

Mais le plus intéressant est à venir : pour la première fois, le Comité international olympique, le CIO, a intégré l’exigence de l’après-Jeux : vous ferez quoi ? « Ainsi, dit M. Lefebvre, le stade, de 75 000 places durant les Jeux, sera réduit à 35 000 places après, grâce à une structure ­grillagée démontable. »

Vivement un toit

David Heurtel veut d’abord régler la question du toit du Stade, sans quoi ­celui-ci, dit-il, est condamné à une sous-utilisation chronique.

Rétractable ou fixe, rigide ou souple, un toit fonctionnel, point à la ligne.

« On veut être fixé cette année », dit-il. Un stade avec un toit le rendrait utilisable à longueur d’année.

Et pas de toit ? « On a étudié cette ­possibilité. On connaît déjà cette ­expérience. Ce n’est pas rentable. »

Avant, dit-il, les Expos amenaient 81 matchs par année. « Donc, on pouvait s’en passer. »

Il n’est pas d’accord pour faire une croix sur quatre mois d’activités par ­année.

Michel Leblanc non plus. « Montréal a besoin d’un centre de foires de calibre international. Plusieurs grandes foires ne peuvent venir ici faute d’endroit ­adéquat pour les recevoir. Le Stade en serait un. » L’offre pourrait être assortie du Palais des Congrès, dit-il, un combo très vendeur à l’international.

Aux foires s’ajouteraient des rendez-vous sportifs et des tournées de ­spectacles qui ne s’arrêtent plus depuis longtemps dans le Stade.

Et pas juste parce qu’il n’est pas ­hiverné, Michel Leblanc le sait bien. Il y a son immensité.

Configuration adaptée

Voilà pourquoi David Heurtel a dans sa manche une nouvelle carte : une configuration adaptée. Pouvoir réduire l’espace à 35 000, voire 8 000 sièges, selon les besoins, et abaisser ainsi les coûts d’utilisation du Stade, prohibitif pour l’instant (jusqu’à 65 000 $ pour un week-end). Cela permettrait une vocation ­multifonctionnelle.

« Avec une configuration plus ­flexible, c’est sûr qu’on pourrait davantage utiliser le Stade », dit Nick Farkas, vice-président, concerts et événements, chez evenko.

Les grandes tournées dans les stades, dit-il, sont de plus en plus rares. Les artistes préfèrent de plus petits espaces. Des configurations de 35 000 places favoriseraient de meilleures ambiances. Et le son, que d'aucuns jugent si abominable au Stade ? « La technologie s’est beaucoup améliorée et continue d’évoluer. »

Au milieu des années 2000, le PDG de la RIO a participé, comme directeur du marketing, à la relance d’un parc ­déserté, le Seattle Center, érigé pour l’Expo universelle de 1962. Il s’agissait de lui donner une nouvelle vocation à l’année. Le parc attire désormais 12 millions de visiteurs par année.

David Heurtel aimerait bien faire de même avec le Parc olympique. « Tout est désormais possible », dit-il.

Un toit, quatre choix

Fixe ou rétractable, souple ou rigide : voici les quatre ingrédients qui feront partie de la recette du prochain toit du Stade olympique.

Son coût : entre 150 M$ et 500 M$, tout dépendant des options choisies et des matériaux.

L’actuel toit, déchiré, n’est plus ­fonctionnel. Le toit rétractable a évidemment la cote. « Sans toit ouvrant, ça devient un ­entrepôt », dit Raymond Cyr, ingénieur à la retraite de la Ville de Montréal, attitré au Stade ­durant des années. « On se limite aux ­expositions, car les événements sportifs ­préfèrent les stades ouverts. »

Ils sont même exigés pour accueillir ­certaines manifestations sportives, comme les compétitions d’athlétisme ou les matchs de soccer internationaux.

Le PDG de la RIO, David Heurtel, nuance : la FIFA (soccer) semble être capable de s’arranger avec un toit fermé. Le Canada accueille le Mondial des femmes, en 2015, et Montréal est du calendrier. » Le toit rétractable est plus coûteux, même si l’ingénieur Raymond Cyr assure que l’écart s’est resserré.

L’autre hic : la technologie.

Le président de l’Ordre des architectes, ­André Bourassa, est prudent devant le toit ­rétractable : « si on me démontre que les ­techniques d’aujourd’hui le permettent, OK. Mais les sommes englouties sont tellement considérables. J’exigerais des tests. » Raymond Cyr dit que 37 stades ont été ­récemment construits dans le monde avec des toits ouvrants. « Aux États-Unis, il y en a huit. Ce n’est plus une option téméraire. »

Et la 5e option : pas de toit du tout ?

Après tout, plusieurs stades européens ­vivent sans. Certains sont situés dans des villes aux hivers rigoureux.

Mais cette option est rejetée par la plupart des intervenants. D’abord, il ne réglerait pas la sous-utilisation du stade. Et les équipements se détérioreraient à la vitesse grand V, explique l’ingénieur Roger Nicolet. « Il ­faudrait les hiverner, ce qui nécessiterait de gros investissements. »

Infrastructures Québec supervisera le processus du choix du toit (le même organisme que pour Turcot). C’est désormais obligatoire pour tous les travaux de plus de 40 M$. « C’est une procédure très encadrée, en trois étapes », explique David Heurtel.

Il y aura quatre aspects à prendre en compte, dit-il : le respect de l’intégralité architecturale ; le coût, incluant les coûts d’opportunités ; la fiabilité de l’installation ; et la ­faisabilité.

La décision ultime revient à Québec.

Thérapie choc pour le Parc olympique

« Au Parc olympique, les gens font leurs trucs et puis s’en vont », dit David Heurtel, le PDG de la RIO

Pourquoi resteraient-ils ?

Le Parc n’a rien d’un parc. C’est un ­endroit désolant, qui tourne le dos à son quartier, Hochelaga-Maisonneuve. Il compte des atouts pourtant extraordinaires (Biodôme, Insectarium, bientôt Planétarium, trio baptisé L’espace de vie) et tout près, le Jardin botanique et le parc Maisonneuve. Et le Stade lui-même, un emblème architectural. Mais on y va et on en repart vite. Pas de cafés, de ­boutiques, d’animation...

Voilà pourquoi, depuis plusieurs

mois, Lise Bissonnette a lancé une vaste consultation sur l’avenir du Parc ­olympique, dont les recommandations devraient être déposées à la fin 2012.

Des intervenants de tous les milieux ; sportifs, culturels, touristiques et économiques, se penchent sur ce grand malade et lancent toutes sortes d’idées, d’un ­verdissement massif de ces lieux tout en ­béton à la transformation de la rue Pierre-de-Coubertin en lieu de ­restos, ­terrasses et animation.

« Malgré des atouts indéniables, dont deux stations de métro et une proximité du centre-ville, on a une ­incapacité chronique à mettre ce parc en valeur », dit Sylvain Lefebvre, directeur du GREF, le Groupe de recherche sur les espaces ­festifs, à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Il a réalisé une étude sur la mise en valeur du Parc olympique. Il a aussi ­visité des parcs aux reconversions ­réussies, comme le Federation Park, en ­Australie et le Parc de la Villette, en France. « Il faut verdir, bien sûr, et créer des activités commerciales, en ouvrant la porte au privé. Le parc doit avoir un pouvoir d’attraction et surtout, de rétention. Le Stade deviendra un lieu intéressant quand ce qui est autour le sera. »

Cette reconversion prendra du temps. Les recommandations de Mme Bissonnette pourraient s’échelonner sur un horizon de 10 ou 15 ans.

David Heurtel, de son côté, veut que les choses bougent dès maintenant. Il y aura de l’animation culturelle et ­récréative sur l’Esplanade Financière Sun Life dès le printemps.

« D’ici 2016, pour le 40e des Jeux olympiques, on veut être une référence en terme de parcs urbains. »

Déjà un premier pas : la revitalisation de la Tour (avec un budget prévu de 5 M$). Et en 2013, l’ouverture d’un restaurant gastronomique à sa base. Trois ­autres cafés/restos s’ajouteront, et des projets sont à l’étude, comme un jardin communautaire, une journée skaters, la réfection des fontaines, etc.

Dès mars, la Tour sera ouverte les vendredis et samedis soir, et dès juin, tous les soirs. « Ça bouge », dit David Heurtel.

2 500
Emplois générés sur le site du Parc olympique, dont 1340 emplois directs, selon une étude de la firme Secor publiée à la fin 2011
146 M$
Impact économique du Stade olympique selon une étude de la firme Secor publiée à la fin 2011
3 M$
Pour les services d’un directeur de projet de Cima + pour le remplacement de la toiture du Stade
7 M$
Pour un plan d’action sur trois ans lancé par la Régie des installations olympiques (RIO) pour financer différentes initiatives : rénovations, services de restauration, éclairage nocturne, programmation extérieure.
300 000
Visiteurs par année à la Tour
Commentaires