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Peuple sans histoire

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La Coalition pour l’histoire vient de publier une nouvelle étude. Sa conclusion est simple : non seulement on enseigne de moins en moins l’histoire du Québec au secondaire, mais on l’enseigne de manière déformée.

Le portrait ? Il y a des hommes et des femmes. Des minorités sexuelles et culturelles. Des marginaux et des déclassés. Des urbains et des régionaux. Et plein de victimes en quête de reconnaissance. Mais une nation ? Nous en avons perdu la trace. Il était une fois le peuple québécois. Qui n’est plus.

Parce qu’il est là l’enjeu : le Québec forme-t-il une nation ? Il n’y a pas qu’au Canada anglais qu’on en doute. On en doute aussi au ministère de l’Éducation. Au ministère, on préfère l’inter/multiculturalisme. Du peuple québécois, on passe au bazar québécois.

Évidemment, le problème n’est pas exclusif au Québec. Partout en Occident, la mémoire est victime de deux tendances : l’oubli et la honte.

D’abord l’oubli. On ne veut plus rien savoir du passé. Comme si sa connaissance risquait de nous faire vivre dans un musée. À quoi bon s’intéresser au monde d’hier ? On rêve de se perdre dans l’instant présent.

Pourtant, il arrive qu’on se souvienne. Mais c’est alors pour réduire l’histoire à ses pages les plus noires. On apprend l’histoire pour apprendre à se détester. C’est ce que les Français appellent l’idéologie de la repentance.

Autoflagellation morbide

D’une manière ou d’une autre, on s’imagine détestable. On étudie le passé pour survaloriser le présent. Vive l’autoflagellation morbide ! Ce qu’ils étaient moches, hier ! Ce que nous sommes beaux, aujourd’hui ! Récemment, on a même cherché à réduire la Nouvelle-France à une société escla­vagiste !

C’est ce qu’on pourrait appeler la déformation anachronique du passé. Pas surprenant qu’il nous apparaisse comme un musée des horreurs. On le juge avec les valeurs d’aujourd’hui. Sans nuances. Nous ne voyons plus des ancêtres, mais des barbares.

Il est temps d’en revenir à l’histoire. De tout temps, les sociétés humaines l’ont valorisée. D’abord pour une raison simple. Nous ne sommes pas nés d’hier. Et nous ne pouvons rien comprendre au monde dans lequel nous vivons si nous ignorons comment il s’est formé.

Ensuite parce que si la société change, la condition humaine, elle, demeure la même à travers le temps. Les hommes et les femmes, d’une époque à l’autre, affron­tent les mêmes questions existentielles. Il n’est pas inutile de savoir comment ils l’ont fait.

Les immigrants

L’histoire est aussi une école de liberté politique. En l’étudiant, on voit que les hommes sont libres de leur destin. La bonne décision d’un homme, la mauvaise décision d’un autre, changent le destin d’un peuple. La récente controverse sur Robert Bourassa nous l’a rappelé.

Enfin, l’histoire transmet l’identité culturelle. Surtout dans un contexte de diversité ethnique. On nous dit : à cause de l’immigration, il faut réécrire l’histoire. C’est le contraire. La seule vraie manière d’intégrer les immigrants, c’est de les amener à s’approprier pleinement l’histoire québécoise.

Depuis près de deux siècles, les Québécois savent une chose : l’apprentissage de l’histoire est indispensable à la conservation de l’identité nationale. Ce n’est pas sans raison que nous avons comme devise « Je me souviens ». Nous pourrions à l’occasion être à sa hauteur.

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