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Coachs d’enfants comédiens

Transmettre le plaisir du jeu

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À une certaine époque, ils n’étaient pas si nombreux sur nos écrans. Aujourd’hui, les enfants sont présents dans presque toutes nos émissions. Réalisme oblige. Parfois, ils y tiennent même les rôles principaux. Rencontre avec des femmes chaleureuses qui s’assurent que ces jeunes acteurs aient le ton juste et que le vécu de leur personnage, même s’il est bien loin du leur, soit rendu avec naturel. Tout ça, avec le plaisir de jouer.

« On travaille de plus en plus rapidement, explique Liane Simard. Les standards sont élevés. Je suis là pour maximiser le jeu des jeunes acteurs. Le bonifier. Le réalisateur est préoccupé par l’aspect technique, par la direction des acteurs adultes. Il n’a pas le temps de faire de la formation. Il me communique ses attentes. Je m’occupe de la préparation émotive. Et comme on tourne souvent dans le désordre, il faut constamment rappeler à un enfant où il en est. »

« C’est un métier passionnant, s’exclame Sylvie-Catherine Beaudoin. Les tout-petits sont dans le moment présent. Ils sont là, dans le jeu. Avec les ados, il faut leur enseigner à jouer. Aborder le texte, l’apprendre, comprendre le sous-texte, expliquer la psychologie du personnage. »

« Dans un premier temps, je les aide à mettre en bouche le texte, à utiliser le langage parlé, à avoir le bon accent tonique, poursuit Liane Simard. Ensuite, on analyse l’interprétation. On essaie de comprendre le vécu du personnage, ce qui se passe. Puis il y a la mise en place. Faire le même mouvement, poser le même regard au même endroit. Ça demande beaucoup de concentration, de rigueur. »

Et malgré le sérieux du travail, toutes deux s’entendent : c’est le plaisir du jeu qui prime.

« Sur un plateau, j’essaie de me mettre toujours dans l’émotion que le jeune doit jouer, raconte Félixe Ross. Ça lui donne une piste par rapport à l’intensité, notamment. »

L’école du jeu

Dans les rôles qu’ils interprètent, on ne ménage pas les enfants. Ils ont leurs problèmes et doivent les rendre comme des grands. « Avec de jeunes enfants, il faut une économie de mots, avance Félixe Ross. On privilégie les images, car parfois le vocabulaire manque. Si on dit à un enfant que son personnage est stressé, inquiet, je peux lui dire c’est comme si tu avais envie de faire pipi et que tu ne pouvais pas y aller tout de suite. Ça ne se joue pas. C’est un état. »

« Les enfants ont tous vécu des moments de détresse, d’abandon, d’émotion forte, explique Sylvie-Catherine Beaudoin. Il faut savoir aller puiser là-dedans. »

Liane Simard abonde dans le même sens. « Un enfant peut jouer une émotion qu’il n’a jamais vécue. S’il ne peut imaginer sa mère morte, il peut imaginer son chien malade et pleurer. »

« Un enfant de six ans reste un enfant de six ans, assure Félixe Ross. Sur un plateau, il a besoin d’être rassuré par quelqu’un de neutre, quelqu’un qui vienne nourrir son talent, son potentiel. Qui lui montre une palette de couleurs et de nuances. »

Les coachs prennent aussi le relais là où l’enfant ne va pas. « On doit faire différentes propositions au réalisateur, expli­que Sylvie-Catherine Beaudoin. C’est ce que fait un acteur adulte. Il faut lui proposer des façons différentes d’aborder une scène, des nuances au niveau du jeu. »

Des rôles de composition

« Avec Anne-Marie Campagna, qui interprète Fred dans La galère, il y a eu un vrai travail d’encadrement, se souvient Sylvie-Catherine Beaudoin. D’abord, Fred est très loin d’elle. Elle était terrorisée à l’idée de jouer la scène où elle rencontre son pédophile au restaurant. Elle devait se contenir, vivre ses émotions intérieurement, il y avait beaucoup de sous-texte. Je me suis assurée qu’elle ait confiance, qu’elle soit sécurisée. Je lui ai dit, ça, c’est du jeu avancé ! »

« Pour O’, la petite Laurence Deschênes n’avait jamais joué, relate Félixe Ross. Nous sommes passées à travers des scènes titanesques. Elle est naturelle. Elle comprend avec son cœur. On est allé dans la psychologie de son personnage. Je ne ménage pas les enfants. Je leur dis tout. Quand un enfant a conscience de ce que vit son personnage, il devient autonome. C’est très émouvant quand un enfant trouve son personnage. »

« Jérémie, dans Destinées, les gens croient que c’est un vrai autiste, souligne Liane Simard. On a fait beaucoup de recherche ensemble. On a écouté des films comme Rain Man. J’ai regardé des vidéos pour observer la façon qu’ont les autistes de battre des mains en période de crise. Il fallait y croire. Que ce ne soit pas joué gros. Au début, Jérémy Bernard trouvait que c’était gênant de faire des crises sur le plateau. Je me suis mise à en simuler une. Il s’est dit si Liane le fait, je le peux. Je suis toujours dans le jeu. »

Le jeu à deux

Plusieurs comédiennes exercent le travail de coach. Constamment dans le jeu, cette expérience s’avère nourrissante.

« Coacher des jeunes m’aide à m’abandonner comme comédienne, à être plus dans l’instant présent, note Sylvie-Catherine Beaudoin. Le travail psychologique que je fais m’amène à investiguer toutes les facettes d’un personnage. Ça me donne envie de jouer des rôles plus complexes pour mettre ce que j’apprends à profit. »

« Je pense que je dois être vivante comme comédienne pour être une bonne coach, avoue Félixe Ross. Dans 10½, j’ai vécu une expérience extraordinaire. Je jouais la mère de Robert Naylor, que je coachais. »

Un encadrement nécessaire

De nos jours, il n’est pas rare qu’un jeune acteur passe une partie de son enfance sur un plateau de tournage. Dès que la série connaît un certain succès, il peut facilement vieillir sous nos yeux. Même s’ils sont traités en adultes sur un plateau, les coachs n’oublient jamais leur âge.

« Les jeunes des Parent ont une discipline d’enfer, raconte Sylvie-Catherine Beaudoin. Ils vont à l’école, apprennent leurs textes, ont de nombreux jours de tournage avec des scènes soutenues. Ça demande énormément d’organisation pour tout réussir comme ils le font. »

Elle s’inquiète toutefois de notre ère qui donne l’impression que tous peuvent connaître le succès. « Ce ne sont pas tous les enfants qui seront des Guillaume Lemay-Thivierge ou des Karine Vanasse. Moi j’encourage les jeunes à faire une école de théâtre pour renforcer leur bagage. On vit à une époque d’instantanéité. Les jeunes veulent être célèbres, glamourisés. C’est un problème. Être comédien, c’est travailler fort et mener une vie de moine. »

Et comme dans le sport ou toute discipline de compétition, les parents qui vivent par procuration s’avèrent être un obstacle à l’épanouissement de leur jeune. « Il est important que les jeunes acteurs soient bien accompagnés par leurs parents. Le danger est que les parents soient groupies et ne réservent pas suffisamment de temps pour être un enfant. Un enfant veut toujours remplir les attentes de ses parents. Ça peut créer des problèmes d’identité ou de dépression, surtout quand un tournage, ou une carrière, se termine. »

Somme toute, les jeunes que nous voyons actuellement sur nos écrans bénéficient d’un encadrement cinq étoiles grâce à des femmes comme Liane, Sylvie-Catherine et Félixe, qui connaissent les règles du jeu.

Nos témoins
Liane Simard
C’est d’abord la pédagogie, puis les communications que Liane a étudiées avant de devenir comédienne. Passionnée par la direction d’acteur, elle a commencé le coaching sur Zap, où elle a notamment rencontré les jeunes Caroline Dhavernas et Marc-André Grondin. Aujourd’hui, elle partage son temps entre les plateaux de télévision et son atelier, où elle donne des cours aux jeunes professionnels ou non (www.lianesimard. com). Les téléspectateurs de Destinées ou de la série jeunesse Sam Chicotte bénéficient subtilement de son travail. Parallèlement, elle écrit et réalise des courts-métrages et des documentaires.
Félixe Ross
Félixe s’est d’abord démarquée en jouant Hélène, la sœur de Virginie Boivin dans Virginie. C’est sur ce plateau qu’elle a remplacé Liane, partie en congé de maternité, et fait ses premiers pas de coach pour enfant avec... Laurence Lebœuf. Récemment, on a pu voir la comédienne dans Toute la vérité. Elle était méconnaissable et troublante en mère psychiatrisée dans 10½. Elle y coachait d’ailleurs son « fils » Robert Naylor. Depuis, les enfants de la classe de Monsieur Lazhar ont profité de son expérience. Tout comme les jeunes de PeeWee, d’O’ ou ceux de Yamaska, qu’elle suit régulièrement sur les plateaux.
Sylvie-Catherine Beaudoin
Comédienne, Sylvie-Catherine a tenu le rôle marquant de Catherine dans Le retour. Ginette, la bipolaire des Poupées russes, c’était elle aussi. Dernièrement, elle était bouleversante en mère endeuillée dans Gentleman 2 et en danseuse victime d’un traumatisme crânien dans Trauma 3. Mais depuis 30 ans, elle enseigne aussi le théâtre. Une expérience qui l’a menée à coacher de jeunes acteurs sur des plateaux de tournage. Benoît Langlais, d’abord, dans 2 frères. Depuis quelques années, c’est une collaboratrice privilégiée des enfants de La galère et des Parent.
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