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Fête de Pourim

Juifs hassidiques en colère

Une conseillère indépendante d’Outremont a été prise à partie par une quarantaine de citoyens

Juifs hassidiques en colère
capture d’écran youtube Des membres de la communauté hassidique d’Outremont ont invectivé la conseillère Céline Forget, jeudi dernier. Celle-ci affirme avoir craint pour sa sécurité.

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Les rues tranquilles d’Outremont ont été le théâtre d’une querelle spectaculaire, jeudi dernier, vers 15 h. Une quarantaine de juifs hassidiques se sont attroupés autour de Céline Forget en lui criant de sortir de leur communauté.

L’incident a nécessité l’intervention de trois équipes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Ce sont les juifs hassidiques eux-mêmes qui ont publié une quinzaine de vidéos de l’échauffourée sur YouTube, hier soir.

« Dans ces images, on sent toute la haine et le ressentiment qu’éprouve notre communauté à l’égard de cette femme », explique Alex Wertzberger, qui dirige la coalition des organismes hassidiques d’Outremont.

En yiddish, on entend la quarantaine d’hommes et de femmes invectiver vertement la conseillère. « Ils la traitent ­d’impure et de nazie », traduit pour nous M. Wertzberger. Il estime d’ailleurs que Céline Forget devrait remettre sa démission. La principale intéressée est toujours sous le choc. « J’en tremble encore. »

Bougie d’allumage

Mercredi et jeudi derniers, les juifs d’Outremont célébraient la fête de Pourim, qui s’apparente à celle de l’Halloween : les parents se promènent de maison en ­maison avec leurs enfants déguisés. Le ­problème, c’est que lors de cette fête, des ­dizaines de minibus affluent dans les rues d’Outremont.

« Par dizaines, ces autobus circulent de porte en porte, entraînant des adolescents et des hommes souvent ivres.

Déjà, le soir du 7 mars, j’ai vu des rues bloquées par les autobus arrêtés en double file, d’autres autobus stationnés sur les trottoirs, des chauffeurs roulant à toute ­allure sans faire leurs stops », relate Céline Forget.

Selon le porte-parole de l’arrondissement, Sylvain Leclerc, les écarts, pendant la fête, ont valu aux hassidiques une ­dizaine de constats d’infractions. Et ce, même si une entente tacite existe entre la communauté juive et les autorités, ce qu’admet du bout des lèvres Alex ­Wertzberger : « Ce n’est pas officiel, mais on nous tolère. Ça n’arrive qu’une fois par année. » La mairesse d’Outremont, Marie Cinq-Mars n’a pas voulu commenter ­l’affaire.

Le torchon brûle

Persuadée que les hassidiques ne ­respectent pas le règlement municipal sur la circulation des autobus et que la sécurité publique les laisse faire, la conseillère ­a ­décidé d’aller patrouiller elle-même, le 8 mars.

À l’intersection de Saint-Viateur et Durocher, elle a remarqué que plusieurs autobus étaient stationnés illégalement. Elle a contacté la sécurité publique et pris une photo. C’est à partir de là que les choses ont dérapé.

Vieille rancune

Ce n’est pas la première fois que le ­torchon brûle entre Céline Forget et la communauté hassidique. En fait, la ­rancœur s’est installée, dès 1997, alors qu’elle avait fait fermer une synagogue ­illégale, rue Durocher.

Selon Alex Wertzberger, l’incident de jeudi témoigne d’un malaise qui dépasse cette situation particulière. « Outremont a été longtemps un fief très québécois. Il y a quelques centaines de personnes ici qui se reconnaissent chez Céline Forget, qui n’acceptent pas le fait que notre communauté est en train de prendre sa place. »


Les hassidiques forment près du quart de la population de l’arrondissement, soit 7 000 âmes. Ce nombre augmenterait de 5 % chaque année.

emiliedubreuil@journalmtl.com

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