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Quand la SQ nous parle de déontologie

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Pour la première fois de son histoire, la Sûreté du Québec a été obligée de mettre en ligne, hier, sur son site Internet, une vidéo pour s’expliquer dans l’incroyable et surréaliste affaire du «vol » qu’aurait effectué notre journaliste Éric Yvan Lemay en déplaçant des documents.

La SQ y donne sa version, sans le filtre des médias et sans besoin de répondre à leurs questions difficiles.

Je laisse à d’autres le soin d’analyser cette méthode de relations publiques utilisée par un organisme public.

Ce qui m’intéresse, c’est le passage où la SQ nous rappelle que les journalistes « ont des droits, mais aussi des responsabilités qui sont définies dans un guide déontologique du Conseil de presse. »

Ah bon.

Pour des gens qui sont censés connaître la loi et le monde des médias, j’aimerais simplement rappeler que les journalistes ne sont pas tous soumis au code déontologique du Conseil de presse.

Le Journal de Montréal et les 75 autres journaux de Sun Media au Québec ne sont pas membres du Conseil de presse.

Nos journalistes sont tout de même soumis aux pratiques reconnues par la profession.

Ce sont ces mêmes standards qui sont considérés lorsque nous devons nous expliquer devant un vrai tribunal.

Si la SQ fait de telles erreurs dans une communication aussi officielle et sans précédent, j’espère pour elle qu’elle n’en fait pas lorsqu’elle mène des « grosses enquêtes », avec plusieurs jours de surveillance et de filature (voir texte ci-contre) suivies d’une perquisition au petit matin au domicile familial d’un journaliste... pour un présumé « vol de moins de 5 000 $ » !

Parlons-en d’éthique !

Cela dit, j’aime aujourd’hui l’idée de pouvoir parler d’éthique avec la Sûreté du Québec.

Car, pas plus tard que jeudi, dans la controverse provoquée par leur débarquement au domicile des Lemay, des agents du service des communications de la SQ sont allés chuchoter « off the record » toutes sortes de choses aux oreilles de journalistes.

Cette expression signifie qu’on vous parle sous le sceau de la confidentialité, mais que vous pouvez quand même utiliser l’information qu’on vous donne.

Nous savons que ces policiers ont téléphoné à des journalistes pour dire qu’ils détenaient des preuves vidéo accablantes contre Éric Yvan Lemay. Selon eux, on l’apercevrait en train de se promener dans des bureaux et à des postes de travail de l’Hôpital Honoré-Mercier. On laissait ainsi entendre qu’il n’aurait pas trouvé les dossiers médicaux dans des endroits laissés sans surveillance.

Évidemment, c’est faux.

Mais des policiers qui appellent des journalistes pour susurrer les présumés détails d’une preuve qu’ils disent détenir, en se gardant de la révéler parce qu’ils n’en ont pas le droit, est-ce vraiment éthique ? Ou déontologique ?

C’est efficace, en tout cas, parce qu’au moins un journal semble être tombé dans le piège et d’autres journalistes que nous connaissons se sont questionnés.

Pas le choix ?

Dans sa vidéo, la SQ explique par ailleurs que les policiers étaient convaincus que « la perquisition était le seul moyen pouvant permettre de confirmer l’identité de la personne qui aurait commis le vol de ces documents. »

Ah oui ? Le reportage ne laissait pourtant pas de doute sur le nom de son présumé auteur.

Au pire, un simple coup de téléphone à nos bureaux aurait permis à la SQ d’obtenir toute la preuve et l’information nécessaires, sans perquisition ni filature.

Décidément, le dérapage se poursuit.

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