/sports/others
Navigation
L’argent du sport

Sexe, fric et alcool

Sexe, fric et alcool
photo d’Archives, agence qmi Budweiser est un commanditaire très dynamique.

Coup d'oeil sur cet article

Il n’y a pas que dans les abattoirs halal que les accommodements raisonnables font grincer des dents. Dans le merveilleux monde du sport aussi.

La semaine dernière, le président de la Premier League anglaise et de la Football Association, Sir Dave Richards, est tombé tête première dans l’une des luxueuses fontaines de son tout aussi luxueux hôtel de Doha, capital du Qatar.

Jusque-là, hormis le costume ruiné, rien pour écrire à sa mère. Sauf que quelques heures avant l’incident, survenu lors d’une conférence sur le sport et la sécurité (ICSS), Sir Richards a invectivé ses hôtes sur une explosive question mêlant la religion et l’alcool. Comment, a-t-il demandé, la FIFA a pu confier l’organisation du Mondial 2022 au Qatar, un pays « sec », c’est-à-dire où la vente d’alcool est sévèrement réprimée ?

« Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable, a dit Sir Richards. Les fans vont boycotter la Coupe du Monde de 2022 si la bière n’est pas disponible. En Grande-Bretagne, en Allemagne et en Scandinavie, nous avons une culture. » Et boire une pinte de bière en regardant un match en fait partie.

Comment résister à tant de $ ?

La sortie de Sir Richards survient alors que les pays émergents investissent massivement dans la business du sport.

Parmi eux, les pays du golfe persique, qui commanditent ou achètent de prestigieux clubs européens.

Leurs fonds souverains débordent : 400 G$ pour celui d’Abou Dhabi seulement...

« Il y a une montée en puissance des pays du golfe depuis trois ou quatre ans, dans l’achat de clubs, mais aussi avec la chaîne Al Jazeera, qui acquiert de nombreux droits télé », de dire Eric Mottet, professeur au département de géographie à l’Uqam, et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

Le Qatar multiplie l’organisation d’événements sportifs prestigieux –après le Mondial, sa capitale, Doha, a déposé sa candidature pour les J.O. de 2020.

Le sport ne peut tourner le dos aux Émiratis. Et pourquoi le ferait-il ?, demande Éric Mottet.

Alors que le Brésil et la Russie en arrachent dans l’organisation de leur Mondial respectif, soyez assuré que les 12 stades climatisés et démontables du Qatar seront prêts à temps, quitte à importer la moitié des Philippins en âge de travailler.

Alors que la Russie va investir 5 G$ dans son mondial, le Qatar a annoncé que le sien friserait les 100 G$...

Difficile de résister à pareil afflux d’argent.

Budweiser au thé vert ?

Avec cette menace de régime sec, la FIFA se retrouve avec une patate chaude. L’un de ces principaux commanditaires n’est ni un fabricant de thé vert, ni de soupes macrobiotiques, mais de bière. Il s’agit de Budweiser.

Normalement, ce commanditaire annonce non seulement ses produits sur des panneaux géants dans tout le pays où se déroule la « fête », mais il est le seul autorisé à les vendre dans l’enceinte des stades.

Le proprio de Bud, AB InBev, est partenaire de la FIFA depuis le Mondial de 1986, et l’entente a été renouvelée jusqu’en 2022.

« Les pays hôtes n’ont pas droit de regard sur ce qui se vend dans les stades, raconte Éric Mottet. En tout cas, normalement. »

Le Qatar mettra-t-il de l’eau dans son vin ? Il y aura des accommodements, croit-il, « car il y a trop d’intérêts en jeu ».

Mais là où le Qatar ne cédera sans doute pas d’un poil, c’est dans la question des prostituées, présentes dans tout événement sportif d’envergure. Pour le Mondial d’Afrique du Sud, on avait importé 500 000 femmes du Malawi.

« Je ne vois pas le Qatar assouplir ces lois de ce côté-là », affirme Éric Mottet.

Pas plus qu’il ne voit la FIFA intervenir dans ce dossier...

En attendant, les délégués présents la semaine dernière au Qatar étaient préoccupés non seulement par les propos de Sir Dave Richards, mais, plus important : était-il saoul lorsqu’il s’est effondré dans la fontaine ? Impossible, a répondu le président du club Bolton, Phil Gartside, qui l’accompagnait lors de la fatidique chute. D’abord, les jardins de l’hôtel cinq étoiles étaient plongés dans l’obscurité, a-t-il dit. Mais surtout, « le Qatar est un pays sec ».

Qu’on se le tienne pour dit.

 

Commentaires