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Radars photo

Succès localisé

Radars photo
Photo d'archives Les radars photo semblent avoir un effet dissuasif temporaire.

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MONTRÉAL – Québec a beau vanter leur efficacité en matière de sécurité routière, les radars photo ne semblent avoir qu'un bien court effet sur la tentation des automobilistes à peser sur l'accélérateur.

À peine dépassée la zone de contrôle, plus d'un véhicule sur trois roule déjà à 10 km/h ou plus au-dessus de la limite de vitesse permise. Voilà ce qu'ont constaté des journalistes du 24H qui, postés à proximité des trois radars photos installés sur l'île de Montréal, ont noté la vitesse de plus de 300 voitures, camions et autobus à l'aide d'un cinémomètre à laser semblable à ceux utilisés par les policiers.

Premier constat évident, dès qu'ils ont franchi la zone sensible, plusieurs conducteurs ne perdent pas de temps pour accélérer de nouveau. En fait, 36 % d'entre eux atteignent une vitesse de 10 km/h et plus au-dessus de la limite légale après n'avoir souvent parcouru que deux kilomètres.

«Les accidents ont diminué de 20 à 30 % autour des radars photo, a toutefois assuré le porte-parole du ministère des Transports du Québec, Guillaume Beaurivage. Ça prouve à quel point l'expérience est positive.»

«Dix à quinze kilomètres à l'heure de plus sur une voie rapide, dans des conditions idéales, il n'y a pas vraiment de problème, personne ne va se faire arrêter pour ça, a renchéri Robert Poëti, spécialiste en sécurité routière. Mais en zone résidentielle, c'est inacceptable.»

Vitesse moyenne supérieure à la limite

Et justement, rue Notre-Dame Est, où un radar photo mobile est déplacé sur un tronçon de dix kilomètres, la vitesse moyenne observée pour un échantillon de 101 véhicules a été de plus de 63 km/h, dans une zone pourtant limitée à 50 km/h.

Postée à une courte distance de la fin de la zone de surveillance par radar photo, l'équipe du 24H y a capté des automobilistes filant allègrement à près de 85 km/h.

Une situation similaire a été observée en bordure de l'autoroute 15 sud où a été installé, près de la sortie Atwater, le radar photo le plus payant pour Québec. Au 31 décembre dernier, ce seul appareil a été à l'origine de l'émission de plus de 55 000 constats d'infractions – plus du tiers des constats émis pour les 15 radars photo en fonction dans la province – représentant des amendes totalisant 11 millions $.

Mais bon nombre de conducteurs semblent maintenant savoir comment déjouer le système. À peine 2,5 kilomètres passé l'appareil photo, quatre véhicules sur dix se déplaçaient déjà à plus de 80 km/h sur cette voie rapide menant au pont Champlain où la limite légale est fixée à 70 km/h, a-t-on pu noter.

Plus efficace en ville

Le troisième radar photo sur l'île de Montréal est situé sur le chemin McDougall, dans Westmount. Il a été installé au milieu d'une longue courbe en pente prononcée, qui se termine par un feu de circulation où le passage des piétons semble parfois hasardeux. Un panneau y suggère de rouler à 35 km/h, mais la vitesse permise est de 50 km/h.

À cet endroit, le radar photo semble avoir eu l'effet escompté. Près du quart des automobilistes roulaient au-delà de la vitesse permise environ 200 mètres après avoir passé la zone surveillée, mais seulement deux des 106 véhicules observés atteignaient une vitesse supérieure à 60 km/h.


L'effet kangourou, un phénomène connu

Que des automobilistes ralentissent avant d'arriver à la hauteur d'un radar photo puis qu'ils reprennent de la vitesse dès qu'ils ont dépassé l'appareil est un phénomène connu des autorités et on lui a même collé un nom original: l'effet kangourou.

Les vitesses observées par le quotidien 24H à proximité des radars photo sur l'île de Montréal n'étonnent donc pas outre mesure au ministère des Transports du Québec (MTQ). Son porte-parole, Guillaume Beaurivage, a d'ailleurs indiqué que le phénomène a été pris en compte lors de l'étude du projet pilote qui a conduit à l'implantation permanente des radars photo.

«C'est ce qu'on appelle l'effet kangourou, a-t-il indiqué. C'est un effet qui tend à diminuer au fil du temps. Nous avons procédé à des tests pendant deux ans et le rapport conclut que c'était mineur comme impact.»

«Ce n'est pas pour rien que M. Pierre Moreau (ministre des Transports) a récemment annoncé la permanence de cette mesure. On sait que les excès de vitesse ont diminué de 64 % là où il y a des radars fixes», a insisté M. Beaurivage.

Toutefois, ce que le porte-parole omet de signaler, c'est que si le rapport d'évaluation du projet pilote soulignait bien une baisse de 12 km/h de la vitesse moyenne là où on avait installé des cinémomètres photographiques fixes, la baisse n'était plus que de 2 km/h à une distance de 1 à 2 kilomètres de part et d'autre de ces mêmes radars photo.


Plus de radars mobiles, la solution?

Aucunement surpris du respect éphémère des limites de vitesse autour des radars photo, le spécialiste en sécurité routière Robert Poëti croit que cela devrait inciter le gouvernement à recourir à plus de radars mobiles.

Ce serait plus efficace, suggère-t-il, pour faire lever le pied aux automobilistes et améliorer le bilan routier. «Avec les radars fixes, il n'y a que les aveugles ou ceux qui ne savent pas que les radars photo existent qui se font attraper», a ironisé l'ex-agent de la SQ.

«Là où les zones de contrôle sont mobiles, les gens se disent qu'ils doivent faire attention. Ils vont ralentir sur une plus grande distance, plutôt que seulement sur une centaine de mètres», a-t-il dit, citant en exemple le radar photo de la rue Notre-Dame. Celui-ci est installé à divers endroits sur une portion de 10 kilomètres de l'artère montréalaise.

La poule aux œufs d'or

Si cet appareil reçoit la bénédiction de l'expert en sécurité routière, il n'en va pas de même pour celui de l'autoroute 15 sud qui n'a pas été installé dans un secteur où on déplorait plusieurs accidents mortels.

«Ce seul emplacement a rapporté autant que l'ensemble des 14 autres sur le territoire québécois. Ce radar photo est une poule aux œufs d'or, mais il ne répond pas vraiment aux objectifs avancés au début du projet pilote. Il n'améliore pas la sécurité routière», a déploré Robert Poëti.


 

Combien ça rapporte
Rue Notre-Dame est

11710 constats d’infraction pour :

1 002 144 $
Chemin McDougall

3627 constats d’infraction pour :

413 024 $
Aut. 15

55130 constats d’infraction pour :

11 086 262 $

Rue Notre-Dame Est
Limite de vitesse 50 km/h
Véhicules contrôlés 101
Au-dessus de la limite 97
10 km/h ou plus au-dessus
de la limite 67
Vitesse moyenne
63,3 km/h
Plus haute vitesse captée 84 km/h

Chemin McDougall
Limite de vitesse 50 km/h
Véhicules contrôlés 106
Au-dessus de la limite 25
10 km/h ou plus au-dessus
de la limite 2
Vitesse moyenne
47,2 km/h
Plus haute vitesse captée 61 km/h

Autoroute 15 Sud
Limite de vitesse 70 km/h
Véhicules contrôlés 96
Au-dessus de la limite 82
10 km/h ou plus au-dessus
de la limite 40
Vitesse moyenne
76,2 km/h
Plus haute vitesse captée 93 km/h
À peine 4 % des contraventions contestées devant le tribunal ont mené à un acquittement.

Chaque mois, en moyenne, une quarantaine de camions, trois autobus, 94 taxis et 147 véhicules loués sont pris en défaut par un radar photo.

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