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Pomme pourrie de la construction

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L’émission J.E. a dressé vendredi un portrait peu flatteur de Gérard Cyr, président du Conseil provincial des métiers de la construction (International).

Des travailleurs anonymes affirment devoir verser de 150 $ à 250 $ par semaine au syndicat pour pourvoir exercer leur métier. Des tirages moitié-moitié rapporteraient même hebdomadairement des milliers de dollars à M. Cyr.

Après ça, on voit et entend dans le reportage le gorille syndical Cyr jouer aux gros bras pour défendre ses privilèges en insultant, avec un vocabulaire ordurier, tous ceux qui protègent l’intérêt public.

Outrées, la ministre du Travail, Lise Thériault, et la présidente de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux, ont vivement réagi. La CCQ et l’Unité permanente anticorruption mèneront chacune une enquête. En attendant, Gérard Cyr a été suspendu du conseil de la CCQ et une ligne téléphonique demeure accessible aux travailleurs qui voudraient informer les enquêteurs.

Faut faire plus

La ministre Thériault a eu le courage l’automne dernier d’abolir le placement syndical sur les chantiers de construction du Québec. Elle doit maintenant redonner la liberté d’association aux travailleurs de cette industrie.

Nos lois du travail donnent le monopole de la main-d’œuvre à des caïds qui l’utilisent pour se graisser la patte. C’était comme ça au temps de Dédé Desjardins sur le chantier de LG-2, à la Baie-James; c’était comme ça plus récemment avec Jocelyn Dupuis à la FTQ-Construction et c’est vraisemblablement encore comme ça avec Gérard Cyr. Les noms, les années et les syndicats changent, mais la corruption et la collusion demeurent.

Il ne suffit pas de remplacer un bourreau syndical par un autre. L’objectif doit être de libérer les travailleurs pour permettre à chacun de choisir librement s’il veut se syndiquer.

D’ailleurs, avant même le placement syndical aboli, la CSN-Construction réclame déjà une ridicule permanence d’emploi dans une industrie qui ne s’y prête absolument pas. Les syndicats se pensent vraiment rois et maîtres de la construction chez nous.

Voisin ontarien

L’industrie ne vit pas de chaos en Ontario. Là-bas, certains décident de se syndiquer, d’autres ne s’associent pas à ces organisations et travaillent sans attache.

Ce n’est pas normal, ni souhaitable, qu’au Québec, les syndicats contrôlent le nombre d’employés et leur productivité. Ici, le syndicat décide qui travaille où, quand, comment, à quel rythme. Le résultat, on le connaît : intimidation, violence, fraude et dépassements de coûts.

Depuis plus de 40 ans, les relations de travail dans la construction relèvent non pas du Code du travail, mais de la loi R-20 qui oblige quiconque veut travailler dans ce secteur à payer des cotisations syndicales, pas à être compétent.

C’est la pomme pourrie dans le panier des relations de travail qui contamine le reste depuis quatre décennies sans qu’aucun politicien ait le courage d’abolir ce régime mafieux.

Mme Thériault, maintenant que vous avez ouvert la canne de vers, n’arrêtez surtout pas votre travail à mi-chemin. Allez au bout de votre logique et permettez enfin aux travailleurs de l’industrie de la construction d’adhérer librement ou non à des organisations syndicales modernisées, transparentes et démocratiques!

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