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Perquisition | Journaliste

Qui a causé cet incroyable dérapage ?

Qui a causé cet incroyable dérapage ?
photo le journal de Montréal, Éric Yvan Lemay

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Il y a enfin quelqu’un qui s’est réveillé dans notre beau système de justice et qui s’est rendu compte que ça n’avait aucun sens d’accuser au criminel notre journaliste Éric Yvan Lemay pour vol et trafic de renseignements identificateurs.

Il était temps.

Le Québec était en train de faire rire de lui en dehors de ses frontières depuis que Reporters sans frontières et l’Agence France Presse avaient rapporté l’affaire à travers le monde... pendant que plusieurs journalistes d’ici dormaient au gaz après avoir été bernés par d’habiles communicateurs policiers qui leur faisaient croire à l’existence de vidéos extrêmement incriminantes.

Tellement incriminantes qu’on a appris, mardi soir, qu’il n’y aura aucune accusation dans cette enquête minable.

Il faut réellement fabuler pour penser qu’un journaliste commet un acte criminel en prenant un document dans un corridor pour aller le photographier en guise de preuve pour ses lecteurs. Soutenir aussi qu’un journaliste commet un « trafic de renseignements » en diffusant des documents caviardés sur un site Internet est une pure hallucination.

Ridicule, aberrant et je dirais même burlesque.

Quelles seront les conséquences ?

Mais ce n’est pas comique pour autant, car toute cette histoire risque de laisser des séquelles.

J’espère que j’ai tort, mais les fonctionnaires, employés de sociétés d’État, d’entreprises privées et autres sources traditionnelles des journalistes penseront-ils dorénavant qu’ils risquent une accusation de vol s’ils « sortent » des documents ? Les journalistes qui demandent l’aide de leurs sources pour avoir accès à des documents sensibles seront-ils accusés de complot pour vol ?

Paranoïaque, moi ? Plus rien ne m’étonnerait avec ce que j’ai vu depuis le début de l’année au Québec :

  • une enquête policière pour trouver la source d’un chroniqueur dans l’affaire du ripou Ian Davidson,
  • un enquêteur de la SQ suspendu par ses patrons pour avoir donné de l’information à une journaliste de TVA,
  • et finalement la perquisition abusive et injustifiée chez Éric Yvan Lemay.

Du jamais vu au Québec.

Une perquisition abusive

Notre spécialiste du domaine de la santé ne cherchait pourtant qu’à démontrer que des documents confidentiels sont laissés sans surveillance dans certains hôpitaux du Québec. Non pas pour son bénéfice personnel, mais pour l’intérêt du public qui a droit à davantage de confidentialité.

Ce reportage faisait d’ailleurs partie d’un dossier plus large qui mettait en lumière différents problèmes de confidentialité des informations dans nos hôpitaux.

Cela fait partie du travail journalistique d’enfreindre au besoin certaines règles pour tester le système, si l’intérêt public le justifie. L’histoire médiatique du Québec et du Canada est remplie d’exemples.

Mais comment en sommes-nous venus là dans ce cas-ci ?

Comment des policiers ont-ils pu penser qu’ils faisaient la bonne chose en suivant et surveillant un journaliste durant sept jours, épiant même les allées et venues de sa femme qu’ils ont suivie jusqu’à son travail, et finalement en allant perquisitionner chez lui au petit matin ?

Devant ses enfants, ils ont saisi des vêtements et pris sa main en photo, comme s’il s’agissait d’une pièce à conviction pour un crime horrible.

Ils lui ont lu ses droits et l’ont mis en détention pour ensuite pouvoir le garder à distance et fouiller durant deux heures dans son ordinateur.

Ce qu’ils ont vu d’autre, on ne le saura sans doute jamais. Mais c’est à suivre.

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