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Le non-débat

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Je croyais que toute l’histoire des frais de scolarité allait engendrer un débat intéressant, allumé, éclairant.

Je rêvais en couleurs.

On a fait comme on fait d’habitude : on est tombé dans l’insulte personnelle.

Il y a « les bons étudiants qui militent contre la méchante hausse ». Et tous les autres, qui sont des chiens sales finis.

Pas moyen d’avoir des débats d’idées, au Québec. C’est toujours l’injure, l’insulte, l’invective.

LA BAVE AUX LÈVRES

C’est toujours comme ça.

Pas moyen d’avoir des débats d’idées, au Québec. C’est toujours l’injure, l’insulte, l’invective. On n’échange pas,

on attaque. On bave, on crache, on vomit.

C’est à qui chiera le plus gros étron verbal.

Si vous voyiez les courriels et les tweets que je reçois depuis deux semaines, vous tomberiez en bas de votre chaise. C’est n’importe quoi.

Tout ça parce que je remets en question la doxa des leaders étudiants et m’interroge sur nos capacités de financer des programmes mur à mur.

Il semble que ce soit tabou, au Québec, de sortir la tête du troupeau et de voir si l’herbe est plus verte lorsqu’on la regarde sous un autre angle.

Non, ici, il faut bêler avec la meute. Sinon, couic, on vous tranche la gorge, la tête tournée vers l’UQAM.

LES BRUTES

Et si ce n’était que des imbéciles qui m’injuriaient, de pauvres âmes esseulées qui cherchent désespérément leur heure de gloire dans les égouts poisseux de la blogosphère...

Mais non. Il y a aussi plein de gens connus, qui dénoncent l’intimidation devant les caméras puis s’empressent de rentrer chez eux afin de sauter en bande sur la même victime.

Un chanteur. Une animatrice de Radio-Canada. Un journaliste de La Presse. Un journaliste du Soleil. Même une ex-journaliste du Journal de Montréal, qui passe ses journées à cracher des insultes de 140 caractères sur Twitter.

Toute une bande de petites mémères hystériques et fielleuses, qui patrouillent le web pour se trouver un bouc émissaire, attirées par l’odeur du sang, cherchant le scandale bien juteux qui leur permettra de se comporter en brutes en toute impunité, en ayant l’impression de ne pas être ce qu’ils sont, c’est-à-dire des harceleurs.

LES INQUISITEURS

L’écrivain français Denis Tillinac (Considérations

inactuelles, publié chez Plon) a raison :

« Méfie-toi des justes causes. Les lendemains qui chantent ne savent que des airs militaires... »

« La flicaille militante est inquisitoriale... »

« Prends tes distances avec le goût du jour... »

« Ne hurle pas à l’unisson de la meute, pense sans prothèses, baguenaude sans chaîne ni collier... »

« Dénonce les impostures en commençant par les plus dangereuses : celles des camés de la délation qui s’érigent en moralistes pour assouvir leur jouissance sado... »

« Les enquêteurs qui traquent le corrompu règlent toujours un compte intime... »

La seule façon de penser est de penser seul, pour soi, en se foutant du qu’en-dira-t-on.

Malheureusement, au Québec, petite société qui n’accepte pas la délinquance intellectuelle, on n’a de cesse de remettre dans le droit chemin ceux qui osent réfléchir dans des sentiers de traverse, loin de l’enclos...

TOUS DANS LE MÊME TON

Ici, avant d’énoncer une idée, on regarde toujours son voisin de gauche pour voir si on chante dans le bon ton, si on a la bonne note...

Résultat : on répète toujours les mêmes airs.

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