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La SQ a-t-elle tant de temps à perdre ?

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La tête entre les deux jambes, la Sûreté du Québec a remis à notre journaliste Éric Yvan Lemay les vêtements que ses policiers avaient été saisir chez lui, devant ses enfants, il y a trois semaines.

Sa casquette de bandit, son manteau de voleur, sa chemise à carreaux de cambrioleur et son sac à dos de trafiquant international de renseignements (!) sont maintenant de retour dans sa garde-robe...

Tout ceci devait servir à l’identifier sur des bandes vidéo, lui qui ne s’est pourtant jamais caché d’avoir consulté et photographié des documents afin de prouver, dans le cadre d’un reportage exposant des problèmes de confidentialité dans des hôpitaux, que des dossiers de patients traînaient sans surveillance dans des corridors.

Les policiers lui ont offert d’aller reporter tous ses effets personnels. C’était bien gentil de leur part, soudainement, mais notre spécialiste des questions de santé leur a poliment dit qu’il les avait assez vus chez lui.

Il est donc allé les récupérer lui-même au poste de la Sûreté du Québec de Boucherville, là où on a mené cette enquête policière minable qui passera certainement aux annales comme un incroyable cas d’amateurisme.

UNE PERQUISITION ABUSIVE QUI N’A SERVI À RIEN

Le pire dans toute cette affaire, c’est que les policiers n’auront même pas pris connaissance de la « preuve » qu’ils sont allés saisir au domicile des Lemay.

En effet, tout ce qui y avait été saisi ce jour-là a vite été mis sous scellé lorsque le Journal a contesté la légalité de la perquisition. Or, pour mener à terme cette enquête qui semblait pourtant si importante, il aurait au moins fallu que les policiers attendent que cette question légale soit débattue devant le tribunal.

Ensuite, ils auraient pu soumettre un dossier complet au bureau du procureur pour que celui-ci décide si, oui ou non, des accusations de vol ou de trafic de renseignements identificateurs devaient être portées.

Mais non ! Avant même le débat juridique, un policier a annoncé, mardi soir, par un simple coup de téléphone à Éric Yvan Lemay, qu’aucune accusation ne serait portée.

Bref, cette perquisition abusive n’a servi à rien !

POURQUOI D’ABORD ?

Ce qui nous conduit à LA QUESTION dans cette affaire : pourquoi d’abord avoir déployé toute cette énergie pour aller perquisitionner chez un journaliste qui ne faisait que son travail ? Pour l’accuser ? Ou pour l’intimider ?

Je vous rappelle les faits :

CINQ POLICIERS se sont présentés avec un mandat de perquisition à son domicile, le 15 mars, à 7 heures.

Pour cela, la SQ a suivi et mis sous surveillance Éric Yvan Lemay

12 FOIS EN SEPT JOURS.

Ils ont même suivi SA CONJOINTE jusqu’à son lieu de travail, soi-disant pour trouver le meilleur moment pour effectuer la perquisition (pourtant, pouvait-il y avoir un pire moment que devant ses jeunes enfants, avant leur départ pour la garderie ?)

Les policiers ont passé QUATRE HEURES dans sa maison.

Ils l’ont « mis en détention » (leur expression), après lui avoir dit qu’il pouvait appeler un avocat, pour ensuite fouiller SANS SURVEILLANCE dans son ordinateur PROFESSIONNEL.

Ils s’étaient présentés DEUX FOIS DEVANT UN JUGE pour obtenir ce mandat de perquisition, ayant raté leur coup la première fois en raison de l’absence des Lemay durant la relâche scolaire.

D’autres policiers ont ensuite mis beaucoup d’énergie à défendre leur perquisition, mettant même sur le site Internet de la SQ, POUR LA PREMIÈRE FOIS DE SON HISTOIRE, une vidéo expliquant la décision de perquisitionner. Vidéo que la SQ a dû retirer sur la demande des avocats du Journal, étant donné les faussetés qu’elle véhiculait et qui portaient atteinte à la réputation de notre journaliste.

DES QUESTIONS À POSER

La Sûreté du Québec a-t-elle autant de temps à perdre ? A-t-elle trop de policiers pour gaspiller ainsi l’argent des contribuables ? Manque-t-elle d’enquêtes à mener, notamment en matière de collusion et de corruption, de gangstérisme ou de pédophilie, pour déployer autant d’énergie pour un dossier qui allait évidemment ne mener nulle part ?

J’ai hâte d’entendre le directeur général de la Sûreté du Québec, Richard Deschenes, lorsqu’il viendra défendre ses crédits en commission parlementaire, le 19 avril prochain, à Québec. Je suis convaincu que les parlementaires lui poseront de bonnes questions sur ses priorités, ses méthodes et sur la possibilité que la SQ ait été instrumentalisée à d’autres fins dans ce qu’on peut maintenant appeler « l’affaire Lemay ».

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