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Étudiants, vous allez perdre !

«Dans quel monde ces leaders étudiants déconnectés du réel vivent-ils ? »

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Que les choses ont changé depuis dix jours ! J’écrivais alors que ma tête n’était pas avec les étudiants dans le dossier des frais de scolarité, mais que mon cœur l’était. Ne serait-ce que parce que j’ai déjà été jeune et que j’enseigne.

Il y a tout juste une semaine, je parlais encore des étudiants comme de « sympathiques et dé-solants enfants-rois », malheureusement incapables de voir que la hausse des frais de scolarité n’avait rien que de raisonnable. L’important était une bonification réelle du régime des prêts et bourses.

Au jour d’aujourd’hui, ma sympathie s’est complètement évaporée. Grisés par l’action et totalement gonflés d’eux-mêmes, les leaders étudiants n’en appellent maintenant à rien de moins qu’un printemps québécois élargi à un tas d’autres revendications toutes plus chimériques les unes que les autres.

L’objectif est la chute du gouvernement de Jean Charest, auquel on fait la faveur de ne pas demander immédiatement sa démission. On a le culot d’accuser Line Beauchamp de jeter de l’huile sur le feu en mettant sur la table la bonification du régime des prêts et bourses!

Leaders déconnectés

Dans quel monde ces leaders étudiants déconnectés du réel vivent-ils ?

À l’instar de bien des Québécois, je réserve désormais ma sympathie aux jeunes qui en valent vraiment la peine. Comme cet étudiant de l’Université Laval qui s’est battu pour une injonction contre les piquets de grève l’empêchant de suivre ses cours.

Avec courage et dignité, Laurent Proulx a montré qu’il n’est pas un perdant comme ces enfants-rois à qui on n’a manifestement jamais dit NON. Désolé si je pète votre balloune, romantiques et fougueux leaders étudiants, mais vous allez perdre...

Vous allez perdre parce qu’il existe quelque chose qui s’appelle le principe de réalité.

Vous allez perdre parce que vous confondez une certaine sympathie de la population à votre égard - c’était au départ mon cas- avec un appui profond qui n’existe pas pour vos revendications.

Aucun intérêt politique

Vous allez perdre parce que le gouvernement Charest n’a aucun intérêt politique à accepter vos revendications - seraient-elles même justifiées. Sa fermeté à votre égard représente au contraire l’une de ses seules bouées de sauvetage dans un contexte préélectoral difficile.

Vous allez perdre parce qu’il y a un nombre croissant d’étudiants plus réalistes qui vous laissent tomber.

Vous allez perdre parce que l’augmentation modérée des frais de scolarité qui ont été gelés beaucoup trop longtemps se défend parfaitement – on ne fera que revenir à ce que cela coûtait en 1968. Belle en théorie, la gratuité ne crée en pratique que de la médiocrité et de la complaisance.

Vous allez perdre parce qu’il existe quelque chose qui s’appelle la démocratie québécoise. Ce sont des élections - et non vos ridicules prétentions - qui vont permettre aux Québécois de se débarrasser bientôt, s’ils le désirent, d’un gouvernement Charest que vous aidez objectivement à se maintenir au pouvoir.

Alors que nous avons désespérément besoin de jeunes gagnants capables d’être réalistes, quelle tragédie que ces leaders immatures « jusqu’au-boutistes » qui mènent toute une génération à la défaite.

Ce ne sont pas seulement les frais de scolarité qu’il faut réformer. C’est tout un système d’éducation qui produit des perdants professionnels.

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