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Religion | Témoignages

Quitter les hassidiques

De plus en plus de juifs hassidiques quittent leurs communautés

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Les hassidiques vivent au cœur de Montréal, mais coupés du monde, sans radio, ni télévision. Ils ne parlent souvent que le yiddish et ne s’intéressent pas aux non-juifs dont ils se méfient. Pourtant, de plus en plus, certains défroquent. Le coupable, c’est Internet.

« Je suis Québécois. J’ai grandi à Montréal, mais à 18 ans, je ne savais même pas ce qu’était le hockey. Alors, imaginez Maurice Richard ou René Lévesque ! Chez moi, personne ne sait qui ils sont. »

Yussef, 25 ans, vit aujourd’hui à l’extérieur du Canada. À 18 ans, il a décidé de quitter sa communauté hassidique pour goûter à la liberté.

Yussef n’est pas le véritable prénom de ce jeune homme. Comme la plupart des défroqués que nous avons rencontrés, il nous a demandé de taire son identité. « Ce n’est pas pour moi, c’est pour ma famille qui pourrait subir l’opprobre », dit-il.

Besoin d’aide

Sachant à quel point « sortir » est un parcours plein d’embûches, Malkie Schwartz, de la communauté loubavitch (la plus ouverte de toutes) a fondé, il y a neuf ans à New York, Footsteps. L’organisme est spécialement conçu pour les hassidim en voie de rompre.

Ce n’est pas un hasard, si l’idée d’assistance est venue de cette ville, premier centre hassidique au monde après Israël. Montréal est le second pôle en Amérique du Nord.

Depuis 2009, Footsteps a constaté une augmentation de 35 % du nombre de défections. Plusieurs de leurs clients viennent des communautés du Québec.

L’accès à Internet explique, en grande partie, cette augmentation de départs.

« La plupart des groupes hassidiques avaient réussi à maintenir leurs membres coupés du monde extérieur en interdisant la radio, les journaux ou la télévision. Internet est plus difficile à contrôler », indique Lani Santo, directrice de Footsteps.

Levi Riven a quitté les loubavitch, il y a dix ans. Selon lui, Internet constitue une brèche inédite dans la frontière culturelle érigée par les hassidiques. « Les gens doivent l’utiliser pour travailler. Ils y ont accès de façon discrète dans leurs téléphones ou à la maison, c’est une fenêtre sur le monde. »

Briser la solitude

Sur la Toile, on trouve des sites entièrement consacrés à la défection hassidique. Là, les gens qui veulent sortir de leurs communautés peuvent se rencontrer virtuellement et s’entraider.

Un des pionniers de cette brèche 2.0 est le blogueur Shulem Deen, alias Hasidic Rebel. Depuis qu’il a ouvert son site, en 2003, il reçoit une centaine de courriers électroniques de demandes d’assistance par année.

« Écrire m’a sauvé la vie. J’étais persuadé que j’étais le seul hassid au monde à avoir des doutes sur le dogme. J’étais tellement malheureux. Internet m’a permis d’entrer en contact avec des gens comme moi. Aujourd’hui, j’en aide d’autres », explique-t-il.

Les hassidim
sont arrivés ici en majorité pendant la Seconde Guerre mondiale.
20 000

Près de 20 000 hassidim et ultra-orthodoxes habitent le Québec aujourd’hui.

10

Au Québec, on compte dix groupes hassidiques distincts appartenant à des communautés transnationales de taille très variables. Certains regroupent des centaines de milliers d’adeptes à travers le monde, d’autres à peine quelques milliers.

4

La population hassidique du Québec est répartie sur quatre territoires. Outremont : 33 %, Côte-des-Neiges et Snowdon : 20 %, Boisbriand : 15 %

49 000

La population hassidique et ultra-orthodoxe de Montréal augmente de 5 % par année. On prévoit que d’ici 2030, ils seront 49 000.

Le hassidisme apparaît au 18e siècle en Europe de l’Est.
Ce qui distingue essentiellement un hassidim d’un juif ultraorthodoxe est son allégeance à un rebbe.
Un rebbe est à la fois le chef spirituel et politique d’un groupe hassidique. C’est lui qui dicte les orientations du groupe.
Le seul rebbe hassidique présent sur le territoire québécois est celui des tash de Boisbriand.
Les groupes hassidiques ne sont pas homogènes. Certains sont plus ouverts : les loubavitch de Côte-des-Neiges sont les plus perméables au monde moderne.
D’autres sont très fermés. Les satmar (fenêtres givrées du YMCA du Parc) et les tash de Boisbriand sont les groupes les plus hermétiques.
La langue utilisée par les hassidiques est le yiddish, dialecte des juifs de l’Europe de l’Est. Cette langue a quasiment disparu après l’Holocauste.
Les hassidiques ne valorisent pas l’éducation séculière pour leurs garçons qui doivent se consacrer à l’étude du Talmud. Cela pose un problème d’employabilité. Le taux de pauvreté chez les hassidim est beaucoup plus élevé que dans la population en général.
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