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Plutôt mourir !

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Il paraît qu’on meurt comme on a vécu. C’était sans doute vrai pour la plupart des gens. Mais ce vieil adage ne tient plus la route.

On ne meurt pas comme on veut. On meurt comme on peut. Et souvent, on n’y peut rien. On meurt dans un corridor d’hôpital après avoir passé des heures à se lamenter. On meurt seul chez soi sur le plancher de sa cuisine. Ou placé en CHSLD, ces mouroirs gouvernementaux où l’horai­re des repas dépend de la convention collective, où des bribes d’humanité traînent ici et là. Les visites, justifiées par la bonne conscience ou l’héritage, y sont rapides. On y attend la mort comme une sentence qui n’en finit plus de tomber. Cette mort-là est une insulte à la vie vécue. Si c’est cette mort-là qui m’attend, je vous le dis tout de suite : je la refuse. Je n’en veux pas. Comme l’humoriste Serge Grenier, je ferais des nœuds dans mes draps pour m’échapper de cette cage.

Choisir sa mort

Se suicider est illégal. Le suicide en fin de vie est décrié par la société. Ce serait contre nature. C’est surtout dérangeant de savoir qu’autant de gens vieillissants portent un regard sombre sur le reste de leur vie. On peut trouver que c’est antisocial et un indicateur d’une société malade, c’est pourtant la triste réalité. Le suicide est en baisse au Québec et c’est tant mieux. Mais on doit s’inquiéter du fait que de plus en plus de gens de 65 ans et plus passent à l’acte.

Pourquoi certains se sentent-ils obligés de prendre les grands moyens pour mettre un terme à ce qui n’est plus qu’un semblant de vie ? Ça en dit long sur le peu de respect accordé à nos vieux. Et ne me dites pas que c’est irrespectueux de les appeler comme ça. On a beau palabrer sur l’âge d’or et ses vertus, on se ment à nous-mêmes. Nos « aînés » sont des laissés pour compte. On ne sait pas quoi faire avec. Ils dérangent, ils coûtent cher et en plus ils gémissent. L’individualisme a remplacé la compassion. Voilà pourquoi certains décident froidement de s’enlever la vie. Par manque de soins et d’amour.

La maladie numéro 1 de la vieillesse, c’est la solitude. L’ennui qui pèse. Comme une roche sur le cœur. Entourés des siens, bien traités, pourquoi les gens âgés voudraient-ils mourir ? C’est la fin de l’espoir qui tue.

Je refuse de manger mou

Un jour, ça va être notre tour. On sera vieux, seul, malade, en perte d’autonomie, à quêter des soins de santé. Voulez-vous qu’on vous prenne en pitié, qu’on vous attache à votre fauteuil, qu’on ait hâte que vous débarrassiez le lit pour faire la place à un autre ?

Moi non.

Pendant qu’il en est encore temps, décidons d’une vieillesse un peu plus tolérable. Comment ? Dès demain débute la tournée régionale sur le suicide et les aînés qui va faire le tour du Québec. On va parler du tabou du suicide des vieux et tenter de comprendre pourquoi certains préfèrent mourir plutôt que de vivre leur vieillesse. J’espère qu’on va vite parler des solutions. Il faudra faire preuve d’ouverture. Personnellement, je réclame le droit de décider. L’idée d’être sénile, incapable de reconnaître mes enfants, de manger mes excréments, ça me donne la nausée. Plutôt mourir !

 

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