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Hassidiques

Des amours régimentées

Les défroqués remettent en cause les lois hassidiques qui régissent la vie conjugale

Des amours régimentées
photo Émilie Dubreuil, Le Journal de Montréal Bain rituel des Satmars d’Outremont, le Mikvah, où vont s’immerger les femmes pour se purifier.

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« Ma nuit de noces a été une véritable catastrophe. Quelques heures avant mon mariage, un rabbin m’a expliqué de façon très évasive ce qui allait se passer, mais comme j’étais absolument ignorant de la biologie, je ne comprenais rien », se souvient le blogueur Shulem Deen, alias Hasidic Rebel, qui a quitté il y a dix ans le groupe des Skvers de New York, aussi présent à Outremont.

« Ça ne marchait pas, je ne savais pas quoi faire. »

Au bout de trois semaines d’essais et d’erreurs, le jeune homme découvre comment aimer sa femme. Encore très pieux à l’époque, il suit à la lettre les instructions.

Les hassidiques obéissent à une sorte de petit catéchisme de la vie sexuelle appelé « lois de la pureté conjugale », qui régit les relations entre un homme et une femme.

« La relation sexuelle est planifiée. On le fait le vendredi soir. Ça fait partie des choses prescrites pour la Shabbat, notre jour de repos. Nous prenons du plaisir en mangeant et nous faisons l’amour. »

Selon les communautés, en plus du vendredi, un autre jour de la semaine est consacré à l’union physique des époux.

« Chez nous, c’était le mardi. Ensuite, il faut le faire selon les normes. Si mon souvenir est bon, on nous enseigne de consacrer 4 à 5 minutes aux baisers, 5 minutes de caresses et 5 minutes de pénétration. »

L’acte sexuel doit demeurer une chose sacrée et le plaisir être raisonnable. En général, il doit se dérouler après minuit et se faire dans le noir. La contraception, sauf pour raisons médicales, est interdite.

L’homme doit porter, pendant l’amour, un châle de prière, le Tzitzis. La femme garde une pièce de vêtement léger qu’elle retrousse.

Superstitions

La masturbation est absolument interdite puisque la semence ne doit pas être perdue. Éjaculer en pure perte est considéré comme un péché.

« Quand j’étais encore pieux, me donner du plaisir ne m’a même jamais traversé l’esprit, tellement cet acte était considéré comme diabolique », se souvient Shulem Deen.

Certains ont des superstitions quant au sexe oral. « Ce n’est écrit dans aucune loi, mais il y a beaucoup de gens qui croient que de voir les parties génitales d’une femme peut porter malheur et que les enfants qui naîtront de son sexe seront aveugles », déplore le blogueur.

Les relations sexuelles ne peuvent avoir lieu que deux semaines par mois, car le reste du temps, la femme est considérée comme impure.

Le calcul se fait à partir du premier jour des menstruations. À la fin de celles-ci, la femme doit compter sept jours, au bout desquels, elle ira s’immerger dans un bain rituel pour se purifier. C’est le Mikvah.

À Montréal, presque chaque groupe a son bain qui, traditionnellement, doit être rempli d’eau de pluie.

« Ce bain est supervisé par des femmes vieillissantes qui inspectent votre corps avant que vous vous immergiez dans l’eau », raconte Deborah Feldman qui a quitté, il y a deux ans, la communauté Satmar de New York.

Le bain des Satmars est situé sur la rue St-Urbain à Montréal.

Lois rigides

Nick Moster a quitté les Belz de New York à cause de ces lois du mariage qu’il jugeait anachroniques.

« Ma femme prenait très au sérieux les règles de la pureté. Cela veut dire que pendant les deux semaines de son impureté, je ne pouvais pas, par exemple, lui passer un objet directement. Même un enfant ne doit pas passer des bras de son épouse à ceux de son mari, si on est dans la période de séparation. »

Moster est sévère lorsqu’il évoque ces règles. « C’est malsain et tordu. Ce n’est pas dans la Bible, ce sont des lois qui ont été écrites par des Rabbins qui ne sont pas plus saints que vous et moi. Quand on commence à ouvrir les yeux et autoriser notre esprit à se poser des questions, tout cela nous apparaît comme des absurdités. »

Nick Moster explique que pour renforcer la séparation de l’homme et de la femme pendant les jours interdits, plusieurs couples dorment dans des lits une place séparés par une table de nuit. Au cas où le désir serait trop fort.

Des doutes

Le jeune homme a été jusqu’à un certain point chanceux. La femme qu’on lui a présentée était malade. « J’avais demandé une femme en santé à celle qui planifie les unions. Quand j’ai vu ma future épouse, je n’ai pas eu le courage de demander si elle avait des problèmes de santé. »

Or, après trois mois, découragés de ne pas avoir réussi à enfanter, les jeunes mariés consultent. La conclusion : la jeune femme est stérile.

De gros nuages pèsent sur le couple qui décide de se séparer.

Nick retourne chez ses parents, mais il pose désormais trop de questions. Pourquoi ceci, pourquoi cela. Il leur fait valoir qu’à la base, il ne voulait pas se marier et qu’il n’envisage pas de le refaire de sitôt.

Les parents ont alors peur que les doutes formulés par leur fils ne contaminent ses frères et sœurs et le mettent à la porte.

Aujourd’hui, Nick s’en félicite.

Il est tombé amoureux de Myriam, elle aussi une défroquée du hassidisme. Ensemble, il découvre des amours plus légers.

Sauter la clôture

Élevée à Outremont, Florence a côtoyé toute sa vie des Juifs hassidiques. Il y a cinq ans, dans un parc, elle fait la rencontre d’un magnifique jeune homme qui portait le chapeau de fourrure et les vêtements prescrits.

« Ç’a été le coup de foudre. Nous avons discuté, puis il m’a demandé mon adresse. Il est venu souvent me rendre visite en tout bien, tout honneur. Mais, un jour nous avons franchi l’étape de la sexualité. »

« Il se sentait très coupable, parce qu’il était très religieux. Mais, il me disait que ça lui faisait du bien de vivre l’amour physique avec une femme qu’il aimait. Qu’il aurait voulu pouvoir choisir cette femme qui partagerait sa vie. »

L’amour est très valorisé par la religion juive qui le conçoit comme la réunion de deux âmes séparées. « Le garçon était d’un romantisme que je n’ai pas croisé chez les libéraux. »

Florence a dû s’en séparer. Le Rabbin de son Roméo l’a convaincu que s’il quittait la communauté, il serait comme un poisson rouge hors de son bocal.

 

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