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Hassidiques

Mariages arrangés

La tradition des unions planfiées dérange des jeunes

Mariages arrangés
Photo courtoisie Deborah Feldman a publié l’an dernier un livre qui a beaucoup fait parler de lui sur sa décision de quitter les Satmars.

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À l’heure des rencontres Internet, l’union entre hommes et femmes hassidiques a la couleur du passé. Les mariages sont arrangés, la sexualité orientée vers la procréation. Bienvenue au pays des amours planifiées.

« Dans mon souvenir, la rencontre a duré une quinzaine de minutes à peine. Je devais dire oui ou non. »

« J’ai accepté de l’épouser, même si c’était un mariage dont je n’avais pas envie. Ma famille en avait décidé ainsi et, dans notre mentalité, on se soumet à la volonté parentale », raconte Shulem Deen, celui que les défroqués du monde entier connaissent sous son nom de blogueur, Hasidic Rebel.

À 37 ans, l’écrivain new-yorkais, qui a quitté son groupe hassidique depuis près de 10 ans, se souvient avec tristesse de ce mariage avec une jeune femme qu’il ne connaissait pas.

« J’étais malheureux comme les pierres. Je n’aimais pas ma femme, même si on réussissait quand même à s’entendre correctement. C’était vraiment un mariage de raison. »

Marchandage

Dans le monde hassidique, les jeunes filles sont mariées autour de l’âge de 18 ans et les jeunes hommes au début de la vingtaine. Quand leurs enfants atteignent cet âge, la famille engage une femme dont le métier est de trouver le bon parti.

Les prix pour ce service varient entre 1 000 et 5 000 dollars.

Pendant quelques mois, on fera des propositions à la famille. Les hommes les plus convoités sont les plus pieux, les plus purs. On prend aussi en compte le succès des mariages de la fratrie.

« On se dit que si les frères et sœurs sont heureux en couple, on a plus de chance de tomber sur quelqu’un de doué pour la conjugalité. On considère aussi la fortune de la famille et son lignage. Il y a une sorte d’aristocratie chez les hassidiques et les familles plus nobles se marient entre elles », explique Shulem Deen.

L’amour au hasard

L’attraction physique n’est pas nécessairement au rendez-vous de ces unions : « Ça dépend des choix qu’on vous offre. Il est possible que la chance soit avec vous et que l’amour de votre vie se trouve parmi le choix proposé. Il est aussi probable qu’elle n’y soit pas. On n’a pas vraiment le choix. »

Si le désir de vivre des amours plus modernes n’est souvent pas la raison principale du départ des jeunes hassidiques de leurs communautés, la tradition des mariages arrangés joue souvent un rôle important dans la décision de quitter un groupe hassidique.

Partir avant

Yussef a quitté sa communauté de Montréal d’abord pour étudier. Mais, aussi parce qu’il refusait de faire sa vie avec une femme qui lui serait imposée.

« J’avais 18 ans, et je voyais ma vie défiler devant moi. Bientôt, on me chercherait une femme avec qui je devrais avoir autant d’enfants que possible. Comme j’avais déjà cessé de croire en Dieu, je ne pouvais plus accepter cette coutume. Alors, je suis parti avant qu’il ne soit trop tard »

Le fait que les jeunes filles soient mariées plus tôt que les garçons explique qu’elles soient moins nombreuses à quitter le mouvement. Selon l’organisation new-yorkaise Footsteps, qui aide les hassidiques qui veulent quitter leurs groupes, seulement un déserteur sur trois est une fille.

Quitter sa famille

« Remettre en question la foi et la tradition dans lesquelles nous avons été élevés est un long processus », explique Yehouda, qui est devenu athée au début de la trentaine, mais qui demeure toujours auprès des siens.

« Comme on est mariés très jeunes, l’idée de partir vient souvent après que nous ayons fondé une famille, ce qui rend le départ encore plus difficile. »

Depuis son départ, Hasidic Rebel a dépensé près de 35 000 $ en frais d’avocat pour pouvoir garder le contact avec ses cinq enfants. Récemment, il s’est résigné à faire son deuil. Son ex-femme ne respectait pas les droits de visite. Les déserteurs ne sont pas bien vus par ces tribunaux religieux.

« On est complètement rejeté, comme si on était morts. »

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