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Les vrais gagnants sont...

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Ce matin, beaucoup de monde se demande quoi penser de cette fin de conflit étudiant. D’une part, nous sommes très heureux de voir enfin retourner en classe les élèves qui boycottent leurs cours depuis trop longtemps.

De l’autre, on se questionne tous pourquoi ça traîne depuis près de trois mois. Faudra-t-il désormais prendre la rue afin de semer la terreur lors de manifs violentes si on souhaite être entendu par ce gouvernement?

TOUS MEURTRIS

Il suffisait d’une négociation de vingt heures pour en arriver à une entente. Le premier ministre Jean Charest, les leaders étudiants et quelques commentateurs soutenaient hier que tous en sortent gagnants. Rien n’est plus faux!

Le gouvernement libéral sauve la face en maintenant sa hausse des frais de scolarité mais fait tout de même des concessions avec la CLASSE. Les représentants étudiants peuvent clamer que leur boycott a « porté fruit » puisqu’ils obtiennent une nouvelle entente qui prévoit une réduction des frais afférents à la suite d’éventuelles économies dégagées dans la gestion des universités. Ils avalent néanmoins la hausse des droits de scolarité de 1 778 $, étalée sur sept ans.

Les vrais gagnants ne seront donc pas les étudiants, ni les libéraux et encore moins les contribuables.

LE PARRAIN

Les vrais gagnants sont ceux qui ont concocté la crise et, paradoxalement, la sortie de crise : les trois grandes centrales syndicales!

Dès le départ, les associations étudiantes ont été « prises en charge » par leurs grands frères syndicaux. Les centrales comptaient parmi les premiers à appuyer publiquement les revendications étudiantes. Elles finançaient aussi généreusement les jeunes activistes.

Rappelez-vous qu’on a même appris que des syndicats étrangers finançaient le boycott. Par exemple, plus de 50 000 $ furent transférés du Syndicat canadien de la fonction publique d’Ontario à la CLASSE.

Plus les manifestants sont nombreux et bruyants dans les rues, plus le syndicat estime qu’il peut faire pression sur le gouvernement, le menacer et l’intimider à son tour.

DES INTRUS?

Qu’est-ce que les président de la FTQ, de la CSN et de la CSQ (Michel Arsenault, Louis Roy et Réjean Parent) faisaient autour de la table de négo vendredi et samedi? Quand on sait que 78 % des dépenses dans nos universités vont à payer les salaires de leurs membres, voulaient-ils s’assurer de ne pas faire leur part dans l’entente entre étudiants et gouvernement?

Au lieu de défendre l’intérêt de ceux qui étudient, les leaders étudiants semblent avoir laissé le renard syndical s’occuper de leur poulailler.

Le plus long conflit étudiant de l’histoire du Québec n’aura, dans ce sens, pas été totalement inutile. Il aura permis aux tribunaux de démontrer que chaque étudiant à le droit d’accéder à ses cours, peu importe ce que souhaitent les syndicalistes-étudiants. Il a aussi sûrement réveillé quelques étudiants afin de leurs faire réaliser qu’ils auraient intérêt à se débarrasser du renard corporatiste qui prétend vouloir leur bien.

Il a finalement soulevé une question lourde de conséquence sur notre réalité politique : Est-ce que ce sont les centrales syndicales qui mènent le gouvernement, les associations étudiantes et le Québec? On en a vraiment eu l’impression ce week-end!

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