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Éoliennes | focus

Les éoliennes de la discorde

Un projet d’éoliennes à la limite de la frontière canado-américaine suscite la colère du maire et des résidents de Stanstead

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La paisible municipalité de Stanstead est perturbée par la lutte de ses résidents contre l’installation de deux gigantesques éoliennes tout près de leurs maisons, sur les terres de leurs voisins américains.

« Ça ne passera pas, nous allons arrêter ça », promet Lynda Hartley, une résidente du chemin Lagueux, à Stanstead, dans les Cantons-de-l’Est. De la fenêtre de sa maison, cette mère de famille voit très bien la frontière américaine, de même que l’endroit où serait installée l’une des deux éoliennes de 427 pieds de hauteur si le projet de la firme Encore Redevelopment du Vermont se concrétise. « Ils veulent me mettre ça drette ici, à 500 pieds devant ma maison. C’est fou ! », lance-t-elle, encore sous le choc.

En mars dernier, comme la plupart de ses voisins, Lynda Hartley a reçu une lettre d’un bureau d’avocats de Burlington l’informant que deux fermiers américains de Derby, au Vermont, ont accepté de louer leurs terres situées non loin de la frontière canado-américaine pour y installer des éoliennes à près de 100 mètres de certaines résidences québécoises.

« La lettre est en anglais, je ne comprenais pas trop, raconte Julie Fauteux, résidente du chemin Lagueux. On ne nous demande aucune permission, la décision a été prise du côté américain. C’est comme si on n’avait rien à dire, mais on va se battre, ils doivent comprendre qu’il y a du monde de l’autre côté de la frontière », prévient-elle.

Couper l’eau potable

Au Québec, des municipalités imposent une distance de 500 mètres entre une éolienne de grande taille et les habitations. Furieux, le maire de Stanstead, Philippe Dutil est même allé jusqu’à menacer de couper l’approvisionnement en eau potable aux résidences américaines alimentées par sa municipalité.

« Je voulais attirer l’attention et faire pression du côté américain », confie-t-il.

Selon le maire Dutil, les deux fermiers américains recevront chacun au moins 60 000 $ par année pendant 20 ans pour loger les éoliennes sur leur terrain.

« Il y a beaucoup d’argent à faire avec les éoliennes. En plus de la vente d’électricité, il y a les subventions offertes par le gouvernement américain », détaille Lynda Hartley. La dame, qui réside au même endroit depuis plus de 20 ans, refu­se une rencontre privée avec Chad Farrel, le président d’Encore Redevelopment qui l’a invitée à discuter. « Je sais qu’il veut essayer de m’acheter pour que je ferme les yeux sur les éoliennes. Mais je ne ferais jamais ça à mes voisins, on est une famille, ici ! », tranche- t-elle.

Des opposants américains

Du côté sud de la frontière, des Américains s’opposent également au projet éolien. Le 14 mai dernier, les élus du conseil municipal de Derby n’ont pas réussi à prendre position. Prudent, le maire Brian Smith dit vouloir davantage d’informations. « Moins d’émotion, plus de faits », a-t-il conclu. Un vote pourrait avoir lieu le 11 juin prochain.

« Ce n’est pas de l’énergie verte, c’est une honte ! », s’indigne Glenda Knye.

Selon cette résidente du village de Derby Center, au Vermont, ce projet d’éoliennes qui doit s’ériger près de sa maison ne vise qu’un seul objectif : « Money ! », dénonce-t-elle d’une voix rauque.

« Mes voisins peuvent penser ce qu’ils veulent, qu’ils m’appellent, ils ont mon numéro de téléphone », réplique Jayne Chase, l’une des deux propriétaires de Derby qui a accepté l’installation d’une éolienne sur son terrain. Visiblement irri­tée par l’attention médiatique des dernières semaines, Mme Chase a refusé de répondre à nos questions.

Un recul possible ?

Une manifestation d’opposants au projet réunissant 150 personnes des deux côtés de la frontière a eu lieu le 6 mai dernier. Devant le tollé que suscite la présence d’éoliennes, le président de Encore Redevelopment, Chad Farrel, tente de se faire rassurant. Les éoliennes ne seront pas installées comme prévu en juin ou juillet, mais cela ne signifie pas qu’il a l’intention de reculer. « On évalue les options, mais il serait prématuré de dire quelle stratégie nous allons adopter. On espère un compromis, mais on ne sait pas lequel », a-t-il indiqué.

En chambre, le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a déclaré que son gouvernement suivait la situation de près. En réponse à une question du député NPD de Compton-Stanstead, Jean Rousseau, le ministre dit vouloir défendre les intérêts des Canadiens et affirme avoir discuté avec le maire de Stanstead, le gouvernement du Québec et l’État du Vermont. « Le ministre Baird a demandé au Secrétaire parlementaire Jacques Gourde de travailler sur le terrain avec notre consul général à Boston », a précisé Joseph Lavoie, chargé des relations de presse du ministre Baird.

Rien n’est encore gagné, mais le maire Dutil se montre satisfait des progrès. « Ils se disaient : “C’est rien que des Québécois, c’est pas grave !” Ils ne pensaient pas qu’il y aurait autant d’opposition », se réjouit-il.

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