/opinion
Navigation

Recette de cocktail libéral

Coup d'oeil sur cet article

Jean Charest décide de suspendre la session des étudiants boycotteurs afin de donner le temps à tous de se calmer pendant l’été et revenir à de meilleurs sentiments dans trois mois.

Mais pourquoi le gouvernement a-t-il également senti le besoin de brimer nos libertés individuelles dans cet exercice, notamment notre précieuse liberté d’expression?

L’État utilise souvent des crises créées par son laxisme ou son interventionnisme excessif pour accroître son emprise sur nos vies.

CUISINE ÉTATIQUE

Quand une crise financières frappe de plein fouet, l’État débarque avec ses gros sabots pour s’attaquer à nos libertés économiques. Rappelez-vous : les gouvernements ont profité de la crise financière mondiale en 2008 pour adopter des programmes de relance économique, faire exploser les déficits et même aider les banques ou les constructeurs d’automobiles. Ils ont violé notre portefeuille pendant qu’on s’inquiétait de l’effondrement des marchés.

Le Léviathan en profite aussi en situation de crise sociale et débarque avec ses grosses bottes afin de brimer nos droits civiques. Les politiciens en manque de popularité sur-légifèrent pour se donner l’image rassurante de bons pères de famille.

Les syndicats de policiers, qui ne pensent qu’à leurs intérêts corporatistes, applaudissent. La population apeurée hoche du bonnet et réclame qu’on la prive de certaines libertés. Aux lendemains d’émeutes, plusieurs sont prêts à sacrifier certains droits fondamentaux au nom d’une éphémère tranquillité.

Pourtant, pour paraphraser Benjamin Franklin, quand on troque la liberté pour la sécurité, on n’en mérite aucune.

LISTE DES INGRÉDIENTS

La loi 78 adoptée et sanctionnée vendredi dernier pourrait facilement servir de modèle pour expliquer comment produire une mauvaise législation liberticide.

Un mélange explosif en six étapes :

1) Présentez une loi spéciale qui discrimine et ne s’applique qu’à certains, ce qui est contraire à l’esprit même du droit. Une loi devrait être par définition générale et abstraite, s’appliquer à tous, en toute situation.

2) Drapez-vous dans la vertu en titrant cela "Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement". Il vous sera plus facile après d’accuser vos opposants d’être anti-éducation.

3) Rendez public le texte à la toute dernière minute pour que les débats commencent quand les députés ont à peine eu le temps de le lire, encore moins d’y réfléchir ou de consulter des experts.

4) Faites croire aux crédules qu’ils s’agit d’une législation temporaire. Les gouvernements ont utilisé le même argument pour créer l’impôt...

5) Même si ça fait trois mois que vous laissez pourrir la situation, inventez un sentiment d’urgence. Passez au travers toutes les étapes en moins de 24 heures afin d’éviter de tenir une commission parlementaire ou de laisser le temps à certains finfinaux d’exposer des effets pervers ou à la population de réaliser que vous aviez déjà tous les outils législatifs pour agir.

6) Votez en bloc ce paquet de mesures dans un seul projet de loi fourre-tout (suspension et conditions de reprise des cours, loi et ordre, mesures pénales, etc.).

Bien mélanger et servez tout ça très chaud dans les rues de Montréal. Vous aurez un beau cocktail libéral qui rivalise avec les Molotov des casseurs.

Commentaires