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Découvrir la Hollande à bord d’un vieux cargo

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AMSTERDAM – La Hollande est un pays d’eau. Ses nombreux canaux qui lui donnent un air si romantique ne sont pourtant pas le fait d’une nature inspirée, mais bien celui de l’ingéniosité des hommes, qui ont ainsi pu sauver leur pays.

Au petit matin, le Anna Cornelia avance doucement sur le canal. Quelques lève-tôt emmitouflés dans leur couverture, les doigts serrés autour d’un café fumant, tentent de percer le brouillard pour apercevoir les moulins à vent, les écluses, les maisons de ferme, les troupeaux de vaches, dont certaines sont étendues sur le sable de la plage. Au retour, j’apprendrai qu’elles sont percluses de rhumatismes en raison de leurs séjours prolongés sur ces terrains humides.Un arrêt à la station de pompage à vapeur Cruquius, datant de 1932 et devenue un musée, permet de mieux comprendre la difficile relation de la Hollande avec l'eau, une amie, mais aussi une ennemie.

Dans ce pays, situé un peu plus de quatre mètres en dessous du niveau de la mer, où il pleut souvent, l’eau inonde facilement les terres. Le territoire a donc été gagné sur la mer au moyen de polders (étendues artificielles de terre) protégés par des digues, des barrages et des écluses construits au fil de du temps. Il en résulte de nombreux canaux qui quadrillent tout le pays et qui s’avèrent un bien meilleur moyen de découvrir la Hollande que les autoroutes où le trafic est intense et fait perdre un temps précieux.

Autre moyen fort prisé des Néerlandais, la bicyclette. Faut-il s’étonner qu’en 2004, un homme ait eu l’idée de combiner ces deux moyens de locomotion et d’offrir des périples mariant le vélo et de vieux cargos ?

« J’opérais déjà la compagnie International Bicycle Tours quand, en 2004, j’ai eu l’idée de simplifier la vie des cyclistes en les transportant à bord d’une vieille barge », raconte Frank Behrendt, le président fondateur.

L’idée est excellente. Libérés du poids du sac à dos et de la nécessité de chercher un hôtel où passer la nuit, les cyclistes abandonnent la barge au matin et se dirigent vers la prochaine destination en profitant pleinement de la beauté des petits villages traversés. Pendant ce temps, le capitaine conduit la barge au point d’arrivée des cyclistes tandis que le second prépare le repas qui les accueillera.

Un confort modeste

Nous voyageons sur un ancien cargo mis à l’eau en 1912 qui a été réaménagé en barge de plaisance. En fait, Frank Behrendt explique qu’il utilise six différentes barges, toutes âgées de plus de 80 ans. Inutile de préciser qu’il ne s’agit pas d’un cinq étoiles. À plusieurs endroits, on aperçoit la rouille et, ici et là, la peinture s’écaille, mais le moteur ronronne.

La vie à bord n’offre pas beaucoup de divertissement. Alors que les bicyclettes sont rangées sur la plateforme avant, une salle à dîner réunit tout le monde à heure fixe pour un repas au menu unique et un grand salon permet de se détendre avant de regagner les cabines. Ces dernières possèdent deux petits lits à une place, mais ont toutes une salle de bain privée. Chaque passager est responsable de son entretien (faire le lit, changer les serviettes, vider la poubelle, etc.).

La formule a rapidement connu le succès. Frank Behrendt a ainsi pu développer d’autres produits, plus culturels, pour répondre à la demande. Ainsi sont nés le « Circuit des anciens maîtres en Hollande », les « Maîtres flamands en Belgique », l’« École de Barbizon en France », et l’« Art italien et les villas en Italie ». Tous ces circuits se font en bateau et comportent parfois une ou deux nuits d’hôtel. Un guide expérimenté accompagne le groupe tout au long du circuit.

Une tournée des musées

N’ayant jamais de toute ma vie enfourché une bicyclette, c’est en suivant la Route des anciens maîtres néerlandais que j’ai découvert ce type de croisière au départ d’Amsterdam. Contrairement aux cyclistes qui jouissent de la nature pendant toute la journée et utilisent la barge comme hôtel, notre groupe abandonnait cette dernière pour assister à des conférences sur les vieux maîtres (Rembrandt, Vermeer, Jan Sten) permettant de mieux apprécier les visites et d’admirer les œuvres d’art uniques de merveilleux musées, comme le Musée Van Gogh et le Rijks Museum d’Amsterdam, le Musée Franz Hals à Haarlem, et le Mauritshuis Muséum à La Haye.

Également au programme, la visite de cathédrales riches d'histoire, de petites villes médiévales où ont vécu ces peintres ou qui les ont inspirés, sans oublier l’incroyable Flora Holland d’Aalsmeer où près de 100 000 producteurs des Pays-Bas vendent leurs fleurs et plantes par le biais d’un marché au cadran (sorte d’encan électronique). À la tombée du jour, tout le monde se retrouve à bord pour manger et dormir.

Au matin, très tôt, la barge repart vers la prochaine destination. Comme il faut être présent à l’heure d’ouverture des musées, la croisière s’effectue très tôt, d’où le petit matin brumeux et frisquet.

Quelques semaines après le retour, plusieurs membres du groupe qui sont restés en contact mentionnent le souvenir impérissable que leur ont laissé les heures où ils sont restés à bord alors que la barge glissait doucement sur l’eau. Le silence environnant, troublé uniquement par le clapotis de l’eau, le gazouillis des oiseaux et le bruit des ailes des canards qui s’envolent effrayés à l’approche de ce monstre de 45 pieds et tous ces merveilleux paysages qui leur ont révélé une Hollande différente, un peu comme s’ils avaient connu l’envers du décor.

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