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La gauche utopiste est de retour

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La grève étudiante s’inscrit dans un mouvement social mondialisé. On en a vu les premiers signes majeurs, il y a quelques mois, avec les indignés. On le voit aussi avec les manifestations en Europe contre les politiques d’austérité.

Nous assistons à la renaissance de la gauche utopiste. Non pas qu’elle était disparue, mais depuis vingt ans au moins, elle n’avait plus l’initiative. Elle avait perdu son souffle. Elle ressentait encore intimement la défaite du grand rêve socialiste.

À la manière de Tony Blair, le centre gauche s’était rallié au capitalisme et préférait la promotion du multiculturalisme à celle du socialisme, la défense des « minorités » à l’augmentation du salaire des ouvriers.

La gauche radicale s’était perdue, quant à elle, dans l’activisme altermondialiste. Elle se réunissait dans de grandes kermesses contestataires et folkloriques lors des sommets internationaux. Elle ne parvenait pas à constituer une force politique durable.

La donne change

La crise du capitalisme mondialisé change la donne. L’anticapitalisme prend du mieux. L’utopisme ressuscite. Il génère même une forme de néo-socialisme électoralement porteur, comme on l’a vu avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon, en France.

La gauche décomplexée ne veut plus faire semblant de croire à l’économie de marché. On pourrait y voir un spasme idéologique d’une social-démocratie radicalisée qui ne veut pas payer ses comptes. La dette ? Une conspiration de la finance mondiale.

Il s’agit d’une fuite en avant. D’un déni de réalité. Ceux qui se rallient à cette gauche décomplexée ne veulent pas répondre autrement aux problèmes de notre société. Ils veulent changer notre rapport au réel, comme par magie. Pourtant, l’endettement public est démesuré. Et suicidaire. Il gâche le présent et mine l’avenir. L’État providence est épuisé. On découvre aussi qu’il est irréformable. Les sociétés qu’il rassemblait se fragmentent. La paix sociale est partout compromise.

Surtout, la gauche utopiste discrédite les institutions démocratiques. Elle préfère le peuple de la rue au peuple des urnes. Elle rêve quelquefois d’une insurrection populaire. On pourrait parler d’une gauche populiste. Si on suit sa politique, cette gauche néo-socialiste nous conduira à l’impasse. Dans la compétition géopolitique mondiale, l’Occident ne peut se noyer dans un mélange de lyrisme révolutionnaire, de social-démocratie bureaucratisée et d’hédonisme libertaire.

Désir légitime

On évitera toutefois de condamner en bloc les peurs qu’elle exprime maladroitement. Elles ne sont pas déraisonnables. Un désir s’affiche : celui d’être protégé dans un monde qui nous échappe. Ce désir est absolument légitime. J’ajoute qu’elle cherche à réinjecter de l’idéal dans une société qui a réduit la politique à une activité gestionnaire souvent minable. Une société qui fait de la consommation compulsive un substitut à sa dépolitisation et l’effondrement des valeurs traditionnelles.

Si la « droite » veut contenir cette poussée, elle devra ne pas s’enfermer dans une pensée gestionnaire, strictement économique, non plus que se perdre dans la vénération totémique d’un capitalisme mondialisé qui multiplie les dérapages. Sans renier le marché, elle devra le transcender.

Elle n’a pas à défendre l’ordre établi par simple réflexe défensif. Elle devra se demander ce qui mérite d’être défendu dans notre civilisation et brandir ses propres idéaux collectifs, plutôt que se replier dans un individualisme borné. Serait-elle même capable de les reconnaître ?

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