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Avec Aron

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Le 1er mai, je vous parlais de Raymond Aron, un philosophe français qui a écrit des textes particulièrement lucides sur les événements de Mai 68.

Je vous citais des passages tirés de ses Mémoires. Mais Aron a aussi écrit un ouvrage complet sur Mai 68, intitulé La Révolution introuvable : réflexions sur la révolution de mai, publié chez Fayard.

Je me le suis fait parvenir et j’y ai trouvé quelques perles qui — toutes proportions gardées, bien sûr, le « printemps érable » n’étant pas Mai 68 — s’appliquent à la situation actuelle.

DROITE TROP FORTE, GAUCHE TROP MOLLE

« Je lisais les pages du Monde, et je me demandais : suis-je encore en France ? Ce pays en proie à un délire collectif, est-ce encore la France ? Je n’ai pas été le seul à éprouver ces sentiments.

« Beaucoup de mes collègues de gauche ont retrouvé avec joie, avec enthousiasme, avec une fraîcheur de jeunesse, les souvenirs de la Commune de Paris. Ils ont admiré les graffitis de la Sorbonne, ils ont jugé cette jeunesse “généreuse, ardente, merveilleuse”.

« Mes réactions étaient exactement opposées. Je ne voyais à l’horizon que du malheur : ou un régime de droite renforcé, ou un gouvernement de style front populaire dominé par le communisme. »

Oublions la menace d’un retour du communisme, qui était réelle en 1968, mais qui ne l’est plus maintenant. Mais ce que craignait Aron était que cette révolution improvisée pousse la France hors du centre, où elle logeait depuis plusieurs années, pour la projeter soit trop à droite, soit trop à gauche.

Ça ressemble à ce qui se profile à l’horizon : aux prochaines élections, nous risquons de nous retrouver soit avec un gouvernement libéral musclé, qui se verra récompensé pour avoir eu le « courage » d’adopter la loi 78, soit avec un gouvernement péquiste mou, prêt à toutes les concessions pour faire plaisir aux syndicats et aux « militants professionnels » qui l’ont porté au pouvoir.

Bonjour le choix.

Qui sait ? Cette impasse risque d’avantager la CAQ.

LE CHAT DANS LE POTEAU

Autre réflexion intéressante : le regard que porte Aron sur le rôle des syndicats dans la crise qui a enflammé Paris.

« Les syndicats ouvriers sont revendicateurs, mais non révolutionnaires. Ils savent que tout désordre, tout bouleversement violent entrainent inévitablement une diminution de la production et, par conséquent, un affaiblissement du niveau de vie de ceux qu’ils représentent.

« À la différence de la jeunesse dorée du XVIe arrondissement, ils sont favorables à la société de consommation. Ils luttent pour l’amélioration de la condition ouvrière, pour une participation plus grande dans les affaires du gouvernement ou des entreprises, mais pas pour une révolution. »

Au Québec, les syndicats ont utilisé les étudiants pour lancer un avertissement au gouvernement. Mais se pourrait-il que les « vieux leaders » syndicaux se sentent dépassés par les événements ?

Après tout, plus de perturbations à Montréal, c’est moins de tourisme. Et moins de tourisme, c’est moins de jobs pour leurs membres...

Est-ce pour ça que Michel Arsenault de la FTQ a recommandé aux leaders étudiants de « descendre le chat qu’ils ont fait grimper en haut du poteau » — bref, de négocier et de « faire des concessions » ?

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