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De Ouagadougou à Havre-Saint-Pierre

Originaire du Burkina Faso, le père Akoum fait son chemin dans une paroisse québécoise depuis quatre ans

De Ouagadougou à Havre-Saint-Pierre
Photo courtoisie Le père Akoum fait partie de la congrégation des Eudistes à Havre-Saint-Pierre. Arrivé il y a quatre ans, il est frappé, entre autres, par le maté­rialisme des gens de sa région.

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« Havre-Saint-Pierre, c’est loin et il n’y a pas grand monde. Des fois, je trouve ça long. En Afrique, un village, ça grouille de vie. »

Depuis 1903, les services pastoraux du Havre sont assurés par les Eudistes, congrégation dont le père Akoum fait partie. Mais lui, contrairement à ses prédécesseurs, vient du Burkina Faso.

« Quand je suis arrivé ici, il y a quatre ans, c’était au mois d’avril, il y avait encore de la neige un peu partout, mais la chose qui m’a le plus frappé, c’est l’éloignement. »

D’ailleurs, il n’hésite pas à se payer régulièrement des petites virées en ville, à Sept-Îles ou Baie-Comeau, pour faire le plein d’activités culturelles.

« Avant, j’étais aumônier dans une ville étudiante où il y avait beaucoup d’action. Ça me manque un peu, c’est plutôt tranquille ici », soupire l’homme de dieu.

Les communautés d’Havre-Saint-Pierre et de Port-Menier à Anticosti ont attendu leur nouveau prêtre pendant neuf mois.

Démarches complexes

« Les démarches pour l’obtention du visa étaient complexes », explique le missionnaire. Après cette longue attente, il a été accueilli et intégré comme un fils de la région.

« Au début, il y avait certaines personnes réticentes, mais je crois que c’est derrière nous. Parfois, j’oublie même que je suis un étranger, qui plus est, que je suis noir ! Je joue aux cartes avec mes paroissiens. Je fais de la motoneige. Et quand je vais au garage, je traîne un peu avec les gars qui sacrent devant moi et me demandent ensuite pardon. On rigole. »

Les ouailles du père Akoum sont conscientes que son exil constitue un sacrifice. Ils savent que pour eux, l’homme a quitté sa famille et sa culture.

« Il y en a qui ont mis ma photo sur leur table de prière et ont une pensée pour moi quand ils s’adressent à Dieu. »

Des citoyens matérialistes

« Il est très sociable, dit Théoharris Ganas, qui est propriétaire de Chez Julie, un des deux restaurants de l’endroit. C’est un des trois Noirs ici. C’est bon, ça aide à l’ouverture d’esprit des gens. Depuis qu’il est là, on entend plus parler de l’Église. C’est important ça, un gros morceau de notre passé et de notre présent et il faut que ça demeure vivant. »

Le père Akoum pose un regard aiguisé sur sa nouvelle société. « Je me permets aujourd’hui de faire des commentaires à mes paroissiens sur la qualité de leur langue. Je trouve qu’ils malmènent le français. »

L’Africain est aussi frappé par le matérialisme des gens de sa région. Les habitants d’Havre- Saint-Pierre ne vivent plus de la pêche depuis longtemps, mais bénéficient du boom minier, ce qui a enrichi ses habitants de façon notoire.

« Ils achètent des quatre roues, ils ont des écrans plats, vont en vacances dans le sud. Je constate une sorte de laisser-aller au point de vue spirituel. »

Le père Akoum, comme bien d’autres étrangers, vient d’un pays où les Églises sont encore pleines.

« Le rejet de l’Église, il faut apprendre à le gérer, à écouter, à comprendre ce qui s’est passé ici. »

 

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