/news/currentevents
Navigation
Affaire Magnotta

La famille de Lin Jun est dévastée

Jun
Photo: Facebook Jun Lin.

Coup d'oeil sur cet article

WUHAN, Chine – L’Agence QMI présente une entrevue exclusive réalisée par l’agence chinoise Quirky China News racontant la jeunesse de Jun Lin et présentant les réactions à son décès de personnes qui l’ont connu.

Après avoir appris la terrible nouvelle de la mort de leur fils, les parents de Jun Lin se sont rendus à Wuhan, ville de la province de Hubei, en Chine, où il résidait avant son départ pour le Canada. Les autorités locales leur ont remis lundi leurs premiers passeports à vie puisque, comme beaucoup de chinois, ils n’ont jamais voyagé à l’étranger.

La famille s’envolera sous peu vers le Canada afin de faciliter l’enquête, y compris les vérifications avec l’ADN.

Après le divorce de ses parents, Jun Lin et sa jeune sœur ont vécu avec leur mère à Wuhan, alors que leur père a déménagé à Changsha, dans la province du Hunan, en Chine méridionale.

La jeune sœur de Jun Lin a raconté au téléphone qu’elle a déménagé avec sa mère à Xianning après avoir été admise à l’université de cette ville.  « Notre famille passe un très mauvais moment depuis l’annonce et nous discutons de la façon de traiter avec ça. »

La sœur de Jun Lin a refusé d’accorder d’autres entrevues. « Ma mère est effondrée. J’espère que les médias ne vont pas la déranger et la laisser en paix. »

Un voisin de la vieille maison de Lin Jun, un dénommé M. Zhang, a déclaré que la mère de Jun Lin, Du Gui, âgée de 60 ans, n’était pas revenue à la maison depuis des années.

Un bon garçon

Dès qu’il a appris la nouvelle du décès, l’oncle de Jun Lin, Du Jianguo, s’est précipité à Xianning. Il a déclaré qu'il connaissait bien son neveu, qu’il a décrit comme un bon garçon, avec un devoir filial envers ses parents.

« Il pouvait abandonner quoi que ce soit, mais il devait laisser ses parents avoir une bonne vie.  Bien qu'il travaillait à Pékin et qu’il ne venait à la maison qu’une fois par an au cours de la Fête du Printemps, il envoyait régulièrement des présents par la poste. Il y a deux ans, il a amené toute sa famille à Pékin et ils ont eu de très bonnes vacances là-bas », a-t-il raconté.

L’oncle s’est dit très triste en apprenant la nouvelle, ajoutant qu’il ne pouvait en dire davantage.
Jun Lin est diplômé de l'Université de Wuhan, avec une majeure en sciences informatiques. Après l'obtention du diplôme, il est allé travailler à Pékin, la capitale.

« Il y a travaillé pendant quatre à cinq ans et il avait un bon salaire là-bas. Il pouvait gagner 9000 yuan par mois (environ 1470 $ CAN), il y a plusieurs années », a déclaré son voisin, M. Zhang.

M. Zhang a ajouté que Jun Lin avait également acheté un appartement à Pékin et qu’il avait quitté la Chine pour le Canada il y a un an.

Vague souvenir

Les résidants du quartier n'ont pas vu Jun Lin pendant de nombreuses années et ils n’avaient qu’un vague souvenir de lui alors qu’il était à l’école primaire.

La grand-mère, du nom de Yang, a déclaré que Jun Lin était un beau garçon lorsqu’il était enfant et un premier de classe. « C'était un garçon très gentil et nous l'aimions tous. »

Zhang Chaoyi était un bon ami de Jun Lin à Pékin. Il a appris la fin horrible de son ami sur Weibo, qui est la version chinoise de Twitter.

Zhang Chaoyi connaissait Jun Lin parce qu’ils jouaient aux cartes ensemble chez un ami. Zhang a dit qu'il prenait souvent des repas avec Jun Lin. Zhang a décrit Lin comme un homme avec « une très belle personnalité,  qui travaillait dur ».

Zhang Chaoyi a indiqué que Jun Lin travaillait à titre d’ingénieur chez Microsoft en Chine et qu’il avait aussi quelques emplois à temps partiel. Après le départ de Jun Lin pour le Canada, les communications ont été moins fréquentes entre les deux.

Un autre ami de Jun Lin à Pékin, qui préfère garder l'anonymat, a déclaré qu’il était ouvert et plein d'humour et que tous les gens autour de lui l’aimaient. Il a fait aussi dit que Jun Lin l’amenait nager tous les mercredis et samedis.

Après la baignade, il lui faisait essayer de la nourriture qu’il aimait et lui faisait visiter des lieux qu’il trouvait intéressants. « Il était une personne pure et aimable. Il était très sincère avec ses amis et il nous a apporté beaucoup de bonheur. »

Difficile à accepter

Les amis de Jun Lin disent qu’il était une personne très agréable et qu’il est difficile d'accepter le fait qu'il ait été assassiné d’une manière aussi effroyable.

Un autre ami de Jun Lin, surnommé Qin, qui est aussi de Wuhan, a dit qu'il avait connu Jun Lin lors d’une tournée en Thaïlande en 2007. Il a dit que Jun Lin était très gentil, et ils ont gardé le contact par l'intermédiaire de courriels et du téléphone. Qin se souvient que son dernier contact avec Jun Lin a eu lieu le 17 mai dernier.

Il ajoute que Jun Lin a vécu à Shanghai pendant un certain temps après son séjour à Pékin. L’an dernier, après son départ pour Montréal, Jun Lin a fait savoir à son ami qu’il s’ennuyait et qu’il était parfois déprimé au Canada.

Qin assure toutefois que son ami Jun Lin ne lui a jamais mentionné le nom de « Magnotta », ni à d’autres amis.

Sur Weibo, Jun Lin était identifié sous le nom de « Big bad man Justin » (Da Huai Dan Jia Si Ding). Le compte a cessé d’être mis à jour à 21 h 34 le 16 mai dernier. Entre son premier message le 10 mai 2010 et son dernier, il a publié 1312 messages dépeignant sa vie au cours des deux dernières années.

On constate sur son compte Weibo qu’il aimait prendre des images de lui-même, parfois drôles. On découvre aussi dans ses messages qu’il a déposé une demande d’immigration technique en 2009.

Avant sa mort, Jun Lin travaillait dans une épicerie de Montréal. Le 22 janvier dernier, il a publié deux photos de son lieu de travail sur Weibo, avec le commentaire : « travaille dur ».

Sur son compte Weibo, il y a aussi plusieurs photos d'un chat, qui devait être son animal de compagnie. Il a surnommé le chat « Frère Andy » sur Weibo.

Le 22 avril dernier, Jun Lin a publié une photo d’un wagon vide du métro de Montréal et il a intitulé cette image : « Homme de nuit mangeant un train ».

Vie homosexuelle

Une vieille connaissance a publié sur le web, dimanche, des commentaires à propos de la vie homosexuelle de Jun Lin en Chine.

« J’ai fait sa connaissance il y a environ 14 ans. J’étais étudiant à l’Université Wuhan. Un jour, un ami est venu me rendre visite accompagné de Jun Lin. Ce fut notre première rencontre. Je me souviens qu'il était très mince, mais avec de grands yeux et un grand nez. Il était un garçon très timide et craintif. Mon ami est tombé en amour avec lui et a souvent eu la chance de sortir avec lui. Donc, nous sommes parfois sortis ensemble ».

« Mon ami m'a raconté certaines histoires sur Jun Lin. Il avait une sœur, qui est de 12 ou 13 ans plus jeune que lui. Ses parents sont pauvres et vivaient difficilement à Wuhan. Il n’avait pas une bonne mère, elle le battait souvent. »

Selon lui, Lin Jun a vécu plus tard avec un homme diplômé du collège médical de Tongji, qui louait une maison près de l'Université de Wuhan. Jun Lin a déménagé de son dortoir et a emménagé dans l'appartement de l'homme. Cet homme est venu à l'appartement une fois ou deux fois par semaine pour faire l'amour avec lui. Cet homme était un bisexuel.

Séparation

« J'ai discuté avec cet homme en ligne et je savais qu'il avait une petite amie stable et qu’il n’a jamais rien eu de sérieux avec Jun Lin, qui n’était pour lui qu’une poupée sexuelle.  Jun Lin devait toutefois beaucoup aimer cet homme, au point de lui faire rencontrer sa mère à la maison. Cet homme était grand et beau. Plus tard, ils se sont séparés. Une scène commune dans le monde gai. Après leur séparation, Jun Lin a été déprimé pendant un bon bout de temps », a poursuivi l’homme.

« Ma rencontre suivante avec Jun Lin remonte à 2006 ou 2007, lorsqu’il m’a invité à me baigner avec un ami. Je l’ai rencontré par hasard à l’Université des langues étrangères de Pékin et je savais qu’il demeurait dans cette ville. Étonnamment, il était devenu un homme musclé, vêtu d'un gilet blanc serré, l’icône typique de l’homme gai», a-t-il écrit. « La dernière fois que je l'ai rencontré, c’était dans une épicerie. Il faisait des courses avec un autre gars musclé. Je l'ai vu de loin, il a hoché la tête et s’est éloigné. »

«Hier, j'ai su qu’il était la victime lorsque j’ai vu qu’un ami offrait ses condoléances en ligne. Je me demandais si cette tragédie aurait pu être évitée. Si la Chine adoptait une attitude plus encourageante plutôt que des points de vus discriminatoires à leur endroit, est-ce que plusieurs d’entre eux traverseraient l’océan pour chercher un amour irréaliste dans un paradis virtuel ?  Oui, les homosexuels peuvent se marier au Canada, l'Australie admet les relations homosexuelles, et l'Amérique est sur le point de reconnaître légalement le mariage gai. Mais les amis gais chinois que je connais dans ces pays ne sont pas tous heureux. Enfin, tout ce que je veux dire, c'est que j'espère que chaque ami gai pourra trouver la paix et l’amour dans son pays ».

 

Luka rocco Magnotta
Le Canada prépare son extradition
Le Canada planche sur la demande de rapatriement du présumé « démembreur », Luka Rocco Magnotta. Les procédures d’extradition peuvent être longues et un faux pas peut allonger davantage le processus.
Selon la loi allemande, la notice rouge Interpol « constitue une demande provisoire du Canada pour son extradition. »
Le ministère de la Justice du Canada doit faire une demande d’extradition officielle après l’arrestation de Magnotta. Il s’agit d’une étape qui peut se faire rapidement.
Le pays demandeur doit indiquer les chefs d’accusation, étayer les preuves et prouver qu’il est en mesure de traiter le cas. Le dossier doit être bien documenté avec une preuve complète.
L’accusé peut contester ou non la demande d’extradition. Dans le cas d'une contestation, les délais sont variables, mais peuvent s'avérer longs et fastidieux.
L’accusé peut aussi accepter d’être extradé vers son pays, ce qui coupe court à ces procédures et accélère son rapatriement.
Dans le cas de Magnotta, il devrait demeurer détenu durant les procédures.
Magnotta n’ayant vraisemblablement pas la citoyenneté allemande, il n’aura pas la protection automatique du pays.
L’accusé pourrait être rapatrié au Canada, soit dans un avion privé, ou encore sur un vol commercial. Dans ce dernier cas, c'est le commandant qui a le dernier mot et décide s'il fait monter le passager à bord de son avion. Dans les deux cas, le suspect est menotté et accompagné de policiers.
«
Une personne peut toujours renoncer aux procédures judiciaires et accepter que les autorités le renvoient dans le pays d’où il provient. »
— Me Giuseppe Battista
«
Il ne faut pas qu'ils manquent leur
coup. Le dossier doit être à la satisfaction du tribunal allemand. »
— Me Marc Labelle
«
Si Magnotta conteste, ça pourrait prendre des mois » parce que « les dossiers d'extradition, c'est des relations diplomatiques, et l'Allemagne pourrait ne pas s'empresser (d'extrader Magnotta) dans l'hypothèse où elle a pu être froissée par le Canada dans le dossier Schreiber. »
— Me Alexandre Bergevin
Commentaires
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.