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Vidéo | Magnotta

Les élèves voulaient voir la vidéo

Un professeur leur a montré les images du meurtre dont est suspecté Magnotta

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« Il n’aurait pas dû, mais ne le renvoyez pas. » C’est le message que souhaitent désormais faire passer plusieurs élèves de 4e secondaire de Montréal, après avoir insisté auprès de leur professeur pour qu’il diffuse la vidéo du meurtre dont est suspecté Luka Rocco Magnotta.

D’après les témoignages de plusieurs élèves présents, le 4 juin dernier, lors du visionnement, l’enseignant Philippe Trahan a cédé face à la demande insistante de sa classe : la majorité souhaitait voir les images insoutenables de ce crime, où la victime est démembrée par son agresseur.

Au début de chacun de ses cours M.Trahan, 29 ans, qui enseigne l’histoire depuis moins d’un an à l’école secondaire Cavelier-de-LaSalle, consacre une vingtaine de minutes à l’actualité. Ce jour-là, le meurtre du jeune étudiant chinois à Montréal est arrivé sur le sujet.

« La plupart des élèves ont demandé à regarder la vidéo. Le prof était réticent, puis il a fini par accepter en proposant à ceux qui le souhaitaient de sortir », raconte Maude Aubin-Boivin qui était présente.

Sans détour, la jeune fille de 17 ans admet et condamne l’erreur de son professeur. Mais, elle ne souhaite pas son renvoi.

« Il a manqué de jugement, c’est certain. Il n’aurait pas dû accepter. Le suspendre OK, mais lui faire perdre sa job c’est un peu trop », confie-t-elle.

Jean-François Vautour, un de ses camarades, a décidé de prendre la défense de l’enseignant en lançant une pétition contre son renvoi.

« C’est un très bon professeur, qui ne laisse jamais personne de côté. Il a fait une erreur, mais il ne mérite pas ça », indique-t-il.

« Montrez pas ça ! »

Un autre élève présent dans la classe le jour du visionnement a réagi plus violemment. « Ce n’est pas une erreur de débutant, il savait ce qu’il faisait. Il pouvait y penser à deux fois. Il a juste voulu se faire bien voir des élèves », estime-t-il, préférant taire son identité.

« J’ai dit : “Montrez pas ça, ça ne se fait pas”, mais personne n’a écouté », poursuit-il, ajoutant qu’il a refusé de regarder les images.

Un long silence entrecoupé de quelques réactions de dégoût ont accompagné le visionnement.

« Le prof a sauté quelques passages, mais la classe a vu l’essentiel. Et pas sur un écran d’ordinateur, mais en grand format projeté au mur », déplore le même élève.

Congédiement envisagé

La direction de l’établissement a tout de suite mis en place une cellule psychologique. M.Trahan a quant à lui été immédiatement suspendu.

Il a livré sa version des faits, hier, devant la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Cette dernière a indiqué qu’il s’agissait d’un acte inadmissible pour lequel toutes les conséquences étaient envisagées, y compris le congédiement. Elle devrait prendre une décision dans les prochains jours.

La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne a elle aussi condamné l’acte.

« C’est épouvantable ! Je trouve ça effrayant, un manque de jugement total. Je ne vois aucune vertu pédagogique à l’intérieur d’une chose comme ça », a-t-elle réagi.

Le Service de police de la Ville de Montréal prend également l’affaire au sérieux. Aucune plainte n’a pour l’instant été déposée mais une enquête pourrait être ouverte sous peu.

- Avec la collaboration de Geneviève Lajoie, Bureau parlementaire et de
Daniel Renaud, Journal de  Montréal

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