/news
Navigation
Panel de l’INM

Que cache le conflit étudiant pour durer si longtemps?

INM
Photo Emmanuel Delacour / Agence QMI Dans un exemple éloquent de démocratie participative, des dizaines de citoyens ont participé le mercredi 13 juin 2012 à un panel de l’Institut du Nouveau Monde (INM) au sujet de la crise étudiante.

Coup d'oeil sur cet article

Dans un exemple éloquent de démocratie participative, des dizaines de citoyens ont participé mercredi à un panel de l’Institut du Nouveau Monde (INM) au sujet de la crise étudiante.

La question était simple : « Que cache le conflit étudiant pour durer si longtemps? » Cependant, la réponse, s’il y en eut une, n’était pas si évidente.

Pour démêler le contexte dans lequel s’est développé ce conflit, cinq panellistes ont été invités à aborder la question.

« Je crois qu’il est possible d’affirmer qu’au départ, M. Charest ne s’attendait pas à ce que le mouvement prenne de l’ampleur et qu’il perdure », a lancé Marcos Ancelovici, professeur adjoint au département de sociologie de l’Université McGill.

Ce dernier a remarqué qu’aujourd’hui le gouvernement Charest désire que la crise perdure, afin de profiter d’une polarisation idéologique entre le Québécois.

Par ailleurs, le sociologue s’étonne de « l’innovation tactique » des étudiants qui a permis de donner un élan prolongé au mouvement, ajoutant qu’ils ont su garder les protestations intéressantes.

Malaise politique

Pour sa part, Mathieu Bock-Côté, chroniqueur au « Journal de Montréal », croit que le malaise politique dans lequel s’est retrouvée la société québécoise après l’échec du référendum de 1995 a pavé la voie à de nouvelles énergies politiques. « On l’a vu avec la montée des “lucides” de Lucien Bouchard, puis de l’ADQ, de la CAQ et enfin du NPD, il y a un désir chez les Québécois pour du nouveau », a expliqué M. Bock-Côté.

De plus, celui-ci a souligné l’incompétence du gouvernement qui a permis au mouvement de s’étendre au-delà de la question des droits de scolarité et qui « ne sait plus comment nommer cette crise ». Ce manque de stratégie politique pousse M. Bock-Côté à penser que le gouvernement Charest a désormais « déclassé celui de Duplessis en tant que plus mauvais gouvernement du Québec du XXe siècle aux yeux des Québécois ».

Ancien président de la FEUQ lors du conflit étudiant de 2005, Pier-André Bouchard St-Amand ne voit que trois possibilités de dénouement à cette crise : des élections, des négociations ou un essoufflement du mouvement.

Selon lui, c’est la ligne dure adoptée par le gouvernement, convaincu que les étudiants ne persisteraient pas dans leurs actions s’il réprimait le mouvement, qui a mis de l’huile sur le feu. « La goutte qui a fait déborder le vase, c’est la rupture des négociations et la loi 78 », a-t-il soutenu.

Manque de stratégie chez les étudiants

Madeleine Gauthier, professeure honoraire au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS, croit quant à elle que si la crise perdure encore aujourd’hui c’est à cause d’un manque de stratégie politique de la part des étudiants.

« On le voit bien dans les sondages, les étudiants ont perdu la bataille de l’opinion publique au sujet des droits de scolarité. De plus, pourquoi n’ont-ils pas condamné immédiatement la violence dès le début du conflit? Le gouvernement en a rapidement profité pour s’imposer en tant que représentant de l’ordre social », a-t-elle affirmé.

Finalement, Diane Lamoureux, professeure de sciences politiques à l’Université Laval, a constaté que les Québécois n’ont pas pris part à un débat sur l’éducation supérieure depuis très longtemps ce qui a peut-être laissé un manque à rattraper.

Mme Lamoureux a abondé dans le même sens que ses collègues pour aussi souligner que la réponse policière trop importante n’a fait que cristalliser le conflit qui s’est transformé en un débat sur le respect de la dignité politique.


Commentaires