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Legault perdu dans le brouillard

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François Legault doit commencer à sérieusement s'inquiéter. À son premier rendez-vous avec l'électorat, sa Coalition Avenir Québec obtenait de très décevants résultats lors des élections complémentaires tenues la semaine dernière. Dans la circonscription d'Argenteuil, le candidat-vedette de la CAQ, l'ex-député bloquiste Mario Laframboise, terminait loin en troisième place, avec un maigre 21 % des voix (9 % de moins que le candidat adéquiste en 2007).

Puis, samedi, Le Devoir publiait un sondage Léger Marketing encore plus dévastateur pour la CAQ. Pour la première fois depuis que cette maison sonde les cœurs au sujet du nouveau parti, moins de 20 % des Québécois disaient désormais l'appuyer. Pire : dans le fief historique de l'ADQ à Québec, les libéraux devancent les caquistes par 14 %.

MANQUE DE TEMPS

Les élections pourraient être déclenchées aussitôt qu'à la mi-août pour un appel aux urnes le 17 septembre prochain.

Ça laisse bien peu de temps aux caquistes pour renverser la tendance lourde. On voyait déjà très peu ses porte-parole pendant que l'Assemblée nationale siégeait. Imaginez pendant les vacances estivales...

Le travail sera aussi plus ardu pour tenter d'amasser des fonds ou recruter de grosses candidatures.

DISPARU DANS LA BRUME

Dans son bilan de fin de session, Legault avouait candidement que la CAQ est présentement dans le « brouillard ».

Il soulignait que « le nom Coalition Avenir Québec n'est pas encore connu » et qu'il faudrait donc « davantage associer le parti à François Legault ». Habituellement, quand un politicien se rend compte qu'il doit stratégiquement réaligner le tir, il le fait. Il n'en parle pas à voix haute.

Legault doit enfin se rendre compte que ce fut une grave erreur d'enterrer l'ADQ et de repartir sous un nouveau nom. Il a fallu près d'une décennie à Mario Dumont pour que les citoyens cessent de lui demander si ADQ signifiait Aéroport De Québec.

L'ADQ trainait certes un passé mais elle s'était définie aux yeux de l'électorat. On savait l'ADQ notamment préoccupée par l'équité entre les générations, ouverte au privé en santé et nationaliste. Bref, un parti autonomiste de centre-droit.

Il faudra bien plus qu'ajouter « Équipe François Legault » à la suite du nom de son parti pour le sortir du brouillard.

DISSIPER L'AMBIGÜITÉ

Quand l'ex-ministre péquiste dit qu'après s'être débarrassé du débat fédéraliste-souverainiste, il ne faut pas le transformer en un débat gauche-droite, il ajoute smog, vapeur, bruine et crachin autour de lui.

Préfère-t-il un débat entre le vide et le néant?

Le « nouveau », le « changement », le « pragmatisme » ou « l'efficacité » peuvent bien être répétés à satiété. Ça ne constituera jamais le fondement idéologique ou la vision d'une nouvelle formation.

Il y a pourtant de la place sur l'échiquier politique actuel pour un parti capable d'articuler une vision d'un Québec moins interventionniste.

Plusieurs électeurs n'attendent qu'un signe tangible que Legault s'inscrit dans cette tradition adéquiste. Sans cela, la CAQ restera un concept marketing sans substance ni attrait.

Quand on voit une boîte sur une tablette dont on ignore totalement le contenu, on la laisse là, peu importe son logo fluo et multicolore, même si son principal vendeur est le plus populaire des politiciens.

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