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La complexité d'Israël

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Je me suis toujours intéressé à Israël, l’État du peuple juif. Parce qu’à la différence de ceux qui s’imaginent une hégémonie juive toute puissante, contrôlant clandestinement les États-Unis comme la finance mondiale, j’ai toujours été frappé par la précarité de ce pays.

Le peuple juif est une petite nation. C’est-à-dire qu’il s’agit d’une nation consciente de sa précarité. L’histoire l’a même convaincu que certains souhaiteraient l’exterminer. Encore aujourd’hui, des fanatiques croient qu’un monde sans juifs serait meilleur.

Cela ne veut pas dire qu’Israël est impuissante militairement. Ou qu’elle n’a pas d’alliés. Mais il s’agit d’une nation enracinée dans un environnement géopolitique hostile, attachée à son identité, qui s’est battue pour sa souveraineté. Pour moi, Israël était un pays très québécois.

Je reviens d’Israël*. J’en ai découvert la singularité. Milan Kundera a déjà défini l’Europe comme la civilisation qui conjugue le maximum de diversité dans un minimum d’espace. La même formule peut s’appliquer pour Israël. À la puissance mille.

UNE IDENTITÉ NATIONALE FASCINANTE

Jérusalem est un des deux pôles identitaires du pays. Le christianisme, le judaïsme et l’islam s’y croisent. Les lieux saints se côtoient à quelques mètres. Cette diversité n’en est pas qu’une de religions, mais de civilisations.

Les vieux peuples ont une très longue mémoire. Nous, modernes, seulement occupés à jouir de l’instant présent, nous l’ignorons. Nous croyons toujours que le passé est mort, à peine bon pour les musées que nous fréquentons pour nous divertir les jours de pluie.

Je commence à croire que si on ne pense pas en siècles, le conflit israélo-arabe est incompréhensible. Lorsque le mouvement sioniste s’est lancé à la fin du 19e siècle, il annonçait que le peuple juif retournait dans un pays qu’il n’avait jamais oublié depuis 2000 ans.

Avec une identité religieuse et culturelle vieille de milliers d’années, Israël a su créer une identité nationale fascinante. Elle transpire chez ceux qu’on rencontre. Il suffit de voyager pour comprendre que la personnalité d’un individu est profondément marquée par sa culture.

LES ARABES ATTENDENT QUE ÇA PASSE

Inversement, les Arabes semblent convaincus d’une chose : comme les royaumes chrétiens des croisés sont passés, Israël passera aussi. Patience. Ils sont prêts à tolérer les Juifs comme une minorité religieuse. Ils ne veulent pas d’une souveraineté juive au Proche-Orient.

Les Palestiniens disent: nous étions là depuis toujours, on nous a chassés. Et de fait, on peut parfaitement soutenir Israël sans oublier que le récit enchanté de sa création a quelques angles morts. Nous sommes devant deux légitimités contradictoires. On ne les réconciliera pas.

Ici, la question nationale est une question de vie ou de mort. C’est pour se délivrer d’une telle pesanteur que Tel Aviv l’hypermoderne se distingue autant de Jérusalem que des kibboutz ou des régions sécuritaires. L’histoire est tragique? À Tel Aviv, on vit dans l’instant. On veut jouir.

Les apprentis sorciers croyant qu’il suffit d’une solution miracle pour résoudre le conflit ne comprennent pas ses profondeurs. Je suis revenu de là convaincu d’une chose. La vraie paix est impossible. Il n’est pas interdit de souhaiter que la guerre devienne improbable.


* L'auteur s'est rendu en Israël dans le cadre d'un voyage d'études à l'invitation du Centre consultatif des relations juives et israéliennes

 

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