/opinion/columnists
Navigation
franc-parler

Le Québec coupé en deux

Coup d'oeil sur cet article

Pendant longtemps, j’ai été un Montréalocentriste. Je croyais que, dans la grande marche des choses, Montréal avait le bon pas et tout le reste de la province se trompait.

Ce n’est que lors de la campagne de 2007, quand j’ai fait le tour du Québec dans l’autobus de TVA et que j’ai pu échanger avec des gens des quatre coins de la province, que je me suis rendu compte que j’étais dans le champ.

Ce n’était pas le reste de la province qui était une anomalie : c’était Montréal. Les Montréalais s’intéressaient à des choses (le débat sur la souveraineté, par exemple) qui passaient 10 000 pieds par-dessus la tête de la majorité des Québécois.

UN PHÉNOMÈNE MONTRÉALAIS

Si je me fie à ce que j’entends ces temps-ci, on risque de se retrouver devant la même situation lors des prochaines élections.

À Montréal, on va parler jusqu’à plus soif de la crise étudiante, des carrés rouges et des frais de scolarité, alors que dans le reste de la province, le débat se situera ailleurs.

Pourquoi je vous dis ça ? Parce que ces temps-ci, je suis à l’extérieur de Montréal et les gens que je croise dans les cafés, les centres commerciaux et les salles de spectacles se foutent autant des carrés rouges que de leur première chemise.

Pour eux, la crise étudiante qui a monopolisé le discours public pendant quatre mois était d’abord et avant tout un phénomène typiquement montréalais, comme Québec Solidaire, Luc Ferrandez et les escaliers en colimaçon.

Oh, bien sûr, ça a brassé à Québec, à Victoriaville et à Sainte-Thérèse, et on a pu entendre le bruit des casseroles un peu partout, mais ça n’a jamais autant chiré qu’à Montréal. Et lorsque la pagaille a pris entre les manifestants et la police à Victo, c’était parce que les anarchistes montréalais avaient nolisé des autobus et décidé d’exporter leur hargne en région.

C’EST L’ÉCONOMIE, STUPIDE !

De quoi parlent les gens que je croise, ces temps-ci ?

Des mêmes sujets qui ont mené l’ADQ au seuil du pouvoir en 2007, c’est-à-dire le gaspillage, la mauvaise utilisation des fonds publics, la lourdeur de la bureaucratie, les sentences bonbons et la corruption.

Autant il m’est difficile de faire un pas à Montréal sans que quelqu’un me lance une insulte ou un regard haineux, autant en région, les gens se précipitent pour me féliciter pour les chroniques que j’ai écrites pendant la crise.

Dans la métropole, je suis un imbécile inféodé aux puissances capitalistes et néolibérales, alors qu’en région je suis le porte-voix de la majorité silencieuse qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

L’HOMO BANLIEUSUS

Joseph Facal me l’a dit l’autre jour : « Viens vivre dans le 450, Richard, tu vas avoir la paix. L’Homo banlieusus n’est pas encore contaminé par ces lubies, il garde les deux pieds bien ancrés dans la réalité. Il travaille, paie des taxes, en veut pour son argent et ses enfants vont à l’école... »

À Montréal, on méprise ce discours réaliste. On le trouve fat, stupide, ringard. Le discours quétaine des imbéciles heureux qui ne s’intéressent qu’à leur tondeuse.

En région, c’est le discours montréalais, plus idéologique, qu’on ridiculise et qu’on trouve déconnecté.

Une province, deux mondes.

 

Commentaires