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Lettre à Xavier Dolan

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Cher Xavier,

Je te considère comme notre petit génie national lorsqu'on entre dans les sphères cinématographiques internationales.

Tes talents de comédien, scénariste ou réalisateur nous ont tous, à un moment ou un autre, épatés.

Jeudi dernier, tu sortais cependant de ta zone de confort pour t'égarer dans le monde politique. Tu signais une lettre d'opinion dans Le Devoir afin d'attaquer la plus récente publicité libérale qui montre Pauline Marois en train de taper des couvercles de chaudrons.

Que tu appuies le Parti québécois, les carrés rouges et les casseroles, ça passe. Que tu descendes dans l'arène politique pour tenter d'utiliser ta notoriété d'artiste au profit d'intérêts ultra-partisans, passe encore.

Que tu traites cependant les citoyens qui votent différemment de toi d'imbéciles, là il y a des maudites limites.

PROPOS INACCEPTABLES

Tu accuses les électeurs libéraux de suivre Jean Charest avec une « aveugle assiduité » et tu te demandes si « réélire ce gouvernement, n'est-ce pas admettre notre imbécilité consentante? »

Je n'ai personnellement JAMAIS voté libéral et j'espère jamais y être contraint. Cela étant dit, on vit en démocratie et les gens jouissent du privilège de choisir leurs élus. La règle de base est justement le respect de l'opinion de ceux qui pensent différemment.

Xavier, l'univers politique n'est pas le milieu culturel. Tu ne jouis pas d'une certaine immunité en raison de ta célébrité. Tu ne peux pas nous regarder tous collectivement de si haut, ni même démontrer autant de condescendance et de mépris pour le peuple, celui-là même qui paie tes subventions et son billet d'entrée pour visionner tes films.

Ta plus récente intervention politique donne l'impression que tu mords la main qui te nourrit, tout en souhaitant nous dicter comment voter.

VOIR GRAND

Tant qu'à moi, tu peux ben te prendre pour le nombril du monde ou péter toute la broue que tu veux. Je dirais même que, du haut de tes 23 ans, ton côté décomplexé et égocentrique me plaît. Ça prend du front tout le tour de la tête pour te rendre à Cannes avec ton dernier film et te dire déçu de te retrouver dans la section « Un certain regard » plutôt qu'en compétition pour la Palme d'Or. Bravo!

Parce que je suis aussi ignare en matière de cinéma que tu peux l'être en matière de politique, je ne te rendrai pas la monnaie de ta pièce et ne m'improviserai pas critique de Laurence Anyways. (En passant, notre langue maternelle n'est pas suffisamment riche pour te permettre de trouver un titre en français?)

CHER DU TICKET

Ce que j'analyse, moi, ce sont généralement les politiques publiques, les programmes gouvernementaux. Quand je calcule les montants en subventions et crédits d'impôt obtenus pour ton dernier film, de la part notamment de la SODEC et de Téléfilm Canada, j'arrive au chiffre de 400 $ par spectateurs.

Je ne sais pas si ça signifie qu'on a affaire à un navet qui enregistre un échec au box-office ou s'il s'agit d'un chef-d'œuvre inestimable et incompris du grand public.

Je vais laisser le soin aux « imbéciles » de contribuables de juger.

Sans rancune,

Éric

 

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