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Une drôle de commémoration

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Après le jubilé d’Élizabeth qui a coûté quelque 7,5 millions de dollars aux Canadiens, nous voilà depuis un mois dans les célébrations entourant la commémoration de la « guerre » de 1812, qui devraient coûter quelque 70 millions de dollars en trois ans.

Le ministre du Patrimoine canadien, M. James Moore, avait estimé les coûts de l’événement à 28 millions de dollars, en octobre 2011, mais ceux-ci ont presque triplé depuis.

Soixante-dix millions de dollars pour célébrer le début d’une guerre qui ne fut, somme toute, qu’une série d’escarmouches ne faisant ni gagnants ni perdants, selon plusieurs historiens consultés. D’habitude, on célèbre plutôt la fin d’une guerre ou une grande victoire, mais le gouvernement conservateur en a décidé autrement.

Message du PM

Sur le site du Patrimoine canadien, le premier ministre Harper invite les citoyens à souligner ce grand moment de l’histoire. « Le mois de juin 2012 marquera le 200e anniversaire de la déclaration de la guerre de 1812, une guerre où les autochtones, les milices locales, les milices de volontaires et les régiments de langue française et anglaise ont combattu côte à côte afin de défendre le Canada contre l’invasion américaine. La guerre nous a permis de devenir un pays libre et indépendant, uni sous la Couronne et respectueux de notre diversité ethnique et linguistique. »

De fait, comme ce fut le cas lors des deux guerres mondiales du XXe siècle, les autorités, incarnées par le gouverneur du Bas-Canada de l’époque, George Prevost, ont dû recourir à la conscription pour que les Canadiens français aillent au combat. Les Britanniques se sont notamment servis du clergé et des journaux pour parvenir à enrôler les Canadiens français. Et après bien des désertions et même une émeute à Lachine, toujours selon les historiens, ces derniers se sont battus pour défendre leurs terres bien plus que pour protéger la Couronne.

Deux solitudes

D’ailleurs, n’en déplaise au premier ministre Harper et aux gens du Patrimoine canadien, cette « guerre » de 1812, soulève sans doute davantage les passions au Canada anglais qu’au Québec. Les Américains voulaient profiter des guerres napoléoniennes en Europe pour agrandir leur territoire en s’attaquant aux colonies britanniques. À l’exception de la bataille de Châteauguay, où Salaberry et ses hommes ont repoussé l’invasion brillamment, en octobre 1813, les combats terrestres se sont surtout déroulés dans la région des lacs Érié et Ontario. Nos livres d’histoire n’en parlent presque pas, contrairement aux ouvrages anglophones.

Rien pour célébrer très fort de ce côté-ci du pays ou pour réunir les deux solitudes.

Les Américains se sont retirés dès que Napoléon s’est affaibli, en 1814, amenant les Britanniques à signer avec eux le traité de Gand, qui mettait fin aux hostilités entre les deux pays et restaurait toutes les conditions d’avant-guerre.

Mauvais choix

Célébrer ce type d’événement plutôt mineur aux vues de l’histoire avec autant de faste (70 millions de dollars ce n’est pas rien) me semble tout à fait inadéquat. L’engouement du gouvernement conservateur pour la Couronne et les questions militaires sont indéniables, mais il me semble que les Canadiens pourraient davantage se retrouver autour d’un événement plus rassembleur.

Le Canada « officiel » aura 150 ans en 2017. Je pense qu’on aurait dû attendre cette occasion pour commémorer dignement une année nettement plus importante. Le choix aurait été plus judicieux. Mais peut-être que M. Harper voulait absolument fêter quelque chose parce qu’il craint de ne plus être en poste cette année-là...

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