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35 ans après

Incapable de pardonner

Jacques Robichaud est toujours hanté par l’accident qui a tué cinq membres de sa famille

Incapable de pardonner
Photo Le Journal de Montréal, Cynthia laflamme Jacques Robichaud regarde quotidiennement la photo des membres de sa famille qu’il a perdus dans un accident. Sa plus jeune sœur, Michelle, au milieu du cadre, avait 15 ans. Son frère Pierre, 27 ans, en haut à gauche, était fiancé à Luce Forest, 23 ans, en haut à droite. En bas à gauche se trouve Yvon, 30 ans, et en bas à droite, Gilles, 20 ans.

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Trente-cinq années n’auront pas suffi à apaiser la peine d’un homme qui a perdu cinq membres de sa famille dans un tragique accident ni à pardonner au conducteur responsable du drame.

« Je me demande comment il a pu vivre avec ça sur la conscience », demande avec rancune Jacques Robichaud, qui avait 33 ans lorsqu’il a perdu une sœur, trois frères et une belle-sœur dans un violent face-à-face, le 23 avril 1977, sur la route 158 à Crabtree, dans Lanaudière.

Ce jour-là, Jacques Robichaud s’est rendu, avec sa plus jeune sœur et son frère, au cinéma de Joliette, où il a rejoint d’autres membres de sa famille pour assister à la projection de L’âge de cristal. M. Robichaud n’est toutefois pas resté pour la deuxième projection et c’est son frère Pierre qui devait ramener tout le monde.

Réal Lauzon avait quant à lui passé la journée du 23 avril 1977 dans un rallye automobile, puis la fête s’était poursuivie à la cabane à sucre Chez Pépère, à Saint-Jacques, dans Lanaudière. Il avait apporté sa caisse de bière pour la soirée, mais il maintient encore aujourd’hui n’avoir pris qu’une ou deux bouteilles.

Sa voiture zigzaguait

Il a quitté la cabane à sucre sans sa femme, qui désirait rester plus longtemps pour danser. Un automobiliste et son amie ont alors suivi ­pendant cinq minutes Réal Lauzon sur la route 158, en direction de Joliette. Ils ont remarqué que la voiture zigzaguait et roulait à gauche.

Puis, la voiture de Réal Lauzon a percuté une camionnette qui s’amenait en sens ­inverse dans une courbe, près de Crabtree, tuant son conducteur, pour ensuite heurter la voiture de Pierre Robichaud, tuant sur le coup les cinq occupants.

La femme de Lauzon a demandé, de son côté, à un homme présent à la cabane à sucre de la ramener chez elle. En cours de route, ils sont arrivés sur les lieux de l’accident. Ce sont eux qui ont conduit Lauzon à l’hôpital.

Haleine d’alcool

Le médecin qui a reçu le conducteur survivant a constaté une haleine d’alcool, mais aucun test sanguin n’a été effectué en raison de son état. Le coroner Michel Desroches a tenu des audiences publiques pour enquêter sur cet accident. Après avoir écouté tous les témoignages, il a déclaré Réal Lauzon criminellement responsable de cet accident et que l’alcool était en cause. Aucun procès au criminel n’a toutefois suivi.

Néanmoins, les conséquences sont ­ressenties encore aujourd’hui, raconte

M. Robichaud, la gorge nouée et les larmes aux yeux. Il a dû, à travers la tourmente, élever ses deux jeunes filles. Contremaître retraité dans une ­manufacture de vêtements, M. Robichaud ­regarde la photo des défunts chaque jour, un ­rituel sacré à ses yeux.

La mère de Jacques Robichaud était ­incapable de parler pendant la semaine du

23 avril 2012, marquant le 35e anniversaire du tragique événement, et elle a toujours du mal lorsque le sujet tabou vient autour de la table.

« Les autres enfants se sont distancés. On ne peut pas en parler, confie M. Robichaud. Il n’y a pas une journée qu’on n’y pense pas. »

Et il ajoute : « Je ne lui pardonnerai jamais. »

cynthia.laflamme@quebecormedia.com

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