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Le dilemme de Djemila

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Ainsi, si l’on se fie aux rumeurs, Djemila Benhabib, championne de la laïcité, ennemie jurée des islamistes et blogueuse pour Le Journal, ferait bientôt le saut en politique pour se présenter sous la bannière péquiste.

Si c’est vrai, c’est une excellente prise pour le parti de Pauline Marois. Mais pour les gens comme moi qui apprécient le courage, le franc-parler et l’intelligence de cette femme hors du commun, pas sûr que ce soit une si bonne nouvelle que ça.

Nous avons tous besoin de sa franchise, de son courage et de sa lucidité

LIBERTÉ DE PAROLE EN VEILLEUSE

Car il y a un prix à payer pour faire de la politique lorsqu’on est une personne d’opinion comme mon amie Djemila Benhabib.

Certes, Djemila ferait une excellente ministre de l’Immigration si jamais elle gagnait ses élections et si sa formation était portée au pouvoir.

Mais elle devra aussi verser de l’eau dans son vin, mettre sa liberté de parole en veilleuse et coller son discours sur la ligne du parti. Parlez-en à Joseph Facal, il en a long à dire sur ce sujet. La plus belle chose qui lui soit arrivé lorsqu’il a quitté la politique, répète-t-il, est d’avoir pu ENFIN retrouver sa liberté de parole.

Dans Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, son dernier livre publié chez VLB, Djemila Benhabib affirme que le Québec devrait adopter une loi interdisant le port des signes ostentatoires religieux aux représentants de l’État.

Pas de problème, c’est ce que prône le PQ.

Mais elle affirme aussi qu’on devrait interdire le port du voile intégral au Québec. Loin d’être sûr que le PQ la suivra sur ce terrain. Le parti de Pauline Marois aura trop peur de passer pour le fossoyeur des libertés individuelles si chères à la gauche.

MES CRAINTES

Dans sa critique radicale de la naïveté de la gauche, de l’aveuglement des associations féministes, des dérives de l’élite multiculturelle, des dangers du communautarisme et de l’hypocrisie de l’islamisme, Djemila Benhabib ne mâche pas ses mots, et c’est tant mieux.

Nous avons tous besoin de sa franchise, de son courage et de sa lucidité.

Pourrait-elle parler aussi franchement si elle joignait les rangs d’un parti ? J’ai bien peur que non.

Quand on se lance en politique, on accepte de devenir le soldat d’une formation et de mettre sa fougue et son intelligence au service de celle-ci.

Vous me direz que si elle faisait partie du Conseil des ministres, Djemila Benhabib serait plus utile qu’elle ne l’est maintenant, puisqu’elle pourrait influencer concrètement le cours des choses, comme l’a fait Fatima Houda-Pépin quand elle a fait campagne pour bloquer l’adoption de la sharia en Ontario.

Vous avez peut-être raison. Personnellement, j’aurais peur que sa voix, si importante au Québec, s’affaiblisse à force de prudence, de réalisme et de pragmatisme politique.

LE VRAI POUVOIR ?

« Il faut en finir avec les sermons de victimisation grotesque et d’infantilisation à outrance des immigrants », écrit Djemila Benhabib dans son dernier essai.

Pas sûr qu’elle pourrait tenir un discours aussi tonique et aussi rafraîchissant si elle était ministre...

Joseph Facal dit qu’il a beaucoup plus de pouvoir maintenant qu’il n’en avait quand il était ministre.

Si c’est vrai, l’entrée en politique de Djemila Benhabib (avec toutes les contraintes que cela implique) serait une excellente nouvelle pour les barbus...

 

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