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Tragédie de Munich

Le Comité olympique refuse de commémorer les attentats de 1972

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AFP Ankie Spitzer

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LONDRES – Quand le mari d’Ankie Spitzer a quitté la maison pour les Jeux olympiques d’été, un événement qui devait rapprocher tous les pays du monde, elle était loin de croire qu’elle ne le reverrait plus jamais. C’était il y a 40 ans.

 

Au cours des quatre dernières décennies, Spitzer n’a rien demandé au Comité international olympique. Rien d’autre qu’un court, qu’un seul moment de silence, de respect, une sorte de reconnaissance publique de la mémoire des 11 athlètes et entraîneurs israéliens, incluant son époux Andrei, qui ont été assassinés durant un attentat terroriste lors des Jeux de 1972, à Munich.

Spitzer a demandé au CIO de rendre hommage aux vies perdues et cette année, alors qu’on commémore le 40e anniversaire de la pire tragédie olympique, d’autres se sont manifestés, plus publiquement que jamais, espérant que le comité souligne la mémoire de ces morts lors de la cérémonie d’ouverture, vendredi, à Londres.

Plusieurs branches du gouvernement canadien ont écrit des lettres au Comité olympique, lui disant qu’il était temps. Des membres du gouvernement américain ont fait de même. Incluant le premier ministre Stephen Harper et le président Barack Obama, qui ont été clairs à ce sujet : il est temps de se lever et de dire quelque chose.

Plutôt que cela, on retrouve le silence, l’indifférence, l’arrogance et les politiques du CIO.

La légende Paul McCarthney chantera «Hey Jude» vendredi pour accueillir la planète entière à Londres. Le président du CIO Jacques Rogge a toutefois refusé de déroger du spectacle prévu pour ce qu’il considère comme une distraction négative.

Tout ce qu’a demandé Ankie Spitzer à Rogge, c’est un moment. Elle a certes trouvé chez le président du comité une oreille attentive. Mais c’est tout ce qu’elle a eu.

«Nous sommes outrés qu’ils aient ainsi refusé cette demande, qui ne provient pas seulement de nous, mais de tellement de gens partout dans le monde, a déclaré Spitzer par voie de communiqué. Nos maris ont été assassinés à Munich. Observer une minute de silence en leur mémoire prouverait à la planète entière que le CIO lutte aussi contre le terrorisme.»

Sur la chaîne NBC, durant la cérémonie d’ouverture, Bob Costas a déjà mentionné qu’il tiendrait sa propre minute de silence quand l’équipe israélienne marchera dans le stade, peu importe ce qu’en pense le CIO ou son employeur. Sur CTV, le légendaire hôte Brian Williams a déjà convenu qu’il ferait référence aux attentats de 1972, mais sans dire de quelle manière.

Le monde le verra. Le monde l’entendra.

Mais le CIO, lui, a plutôt choisi de se cacher, la tête de leurs dirigeants profondément plongée dans le sable. Le meurtre de 11 Israéliens est survenu à Munich sous leur gouverne et a été commis par des membres de pays qui participent à leurs Jeux.

C’était le moment opportun pour mettre fin à cette ambivalence.

Rogge a bien tenu un moment de silence dans le village des athlètes quand le drapeau israélien a été hissé au sommet de son mât. Mais c’était une cérémonie privée, pour les Israéliens, par des Israéliens. Le monde n’en a rien vu.

Il y a eu plusieurs autres petites cérémonies. Comme avant les Olympiques de 1996, quand un service a été tenu dans une école secondaire juive d’Atlanta, quand des enfants ont livré des discours et ont écrit des chansons, des enfants tous nés bien longtemps après 1972. Mais tout ce qu’ils ont appris de l’histoire, c’est ce qui s’est produit de mal pour en venir aux événements de Munich.

Ce genre de compréhension et de sensibilité qu’a fui, historiquement, le CIO.

Il y avait plus de 1000 personnes à cette cérémonie tenue à Atlanta, il y a 16 ans. Des athlètes américains, canadiens, israéliens étaient de l’auditoire. Mais aucun membre du Comité olympique, même s’ils avaient été invités.

Il y a eu un rassemblement semblable tenu à Sydney, où des lampions ont été allumés. Encore, même s’ils avaient reçu une invitation, aucun membre du CIO n’y était.

Rogge a déclaré que la cérémonie d’ouverture n’était pas une place pour laisser libre cours à sa tristesse. Mais il y a deux ans, à Vancouver, un hommage a été rendu à Jack Poole, figure centrale des Jeux de 2010, décédé quatre mois auparavant.

Mais sa mort, faut-il noter, n’avait aucun lien avec les Olympiques.

Ce sont les décès liés aux Jeux que Rogge refuse de commémorer, un côté de l’organisation qui n’est pas attrayant du tout.

 

 

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