/opinion
Navigation

Prévention impossible

Coup d'oeil sur cet article

Il faut se rendre à l’évidence. Que ce soit aux États-Unis, en Allemagne, en Norvège, au Québec ou ailleurs, un détraqué qui décide de tuer des gens a toutes les chances de parvenir à ses fins, peu importe les moyens mis en œuvre pour empêcher ce type de tragédie.

Au cours des dernières années, on a vu défiler de nombreux cas de massacres semblables à celui qui a retenu l’attention à Aurora, au Colorado, lorsque James Holmes a ouvert le feu dans un cinéma bondé d’admirateurs de Batman.

Ses avocats ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient plaider la folie pour expliquer son geste. Comment comprendre ces drames autrement, mais surtout, comment les prévenir? Je pense que c’est malheureusement impossible.

Explications multiples

En 1989, lorsque Marc Lépine a tué 14 jeunes femmes à l’école polytechnique de Montréal, on a beaucoup parlé du fait qu’il détestait les féministes et leur reprochait ses échecs.

En 1999, lors du massacre de Colombine, également au Colorado, deux jeunes ont tué 25 élèves et professeurs. Cette fois, on a parlé des deux meurtriers comme d’adolescents victimes de l’homophobie et de la tyrannie de leur entourage qui avaient agi par vengeance.

En 2007, à l’université Virginia Tech, un jeune Sud-Coréen a fait 33 morts. Diagnostiqué mentalement malade en 2005, l’homme de 23 ans était dépeint comme un marginal qui entretenait rage et colère contre la société.

Puis, en 2009, à Winnenden, en Allemagne, un adolescent a tué une quinzaine de personnes, élèves et professeurs. Cette fois, outre un désir de vengeance de l’auteur du drame, la violence véhiculée par la télévision et les jeux vidéo était aussi mise en cause.

Les cinq auteurs de ces quatre tueries, survenues en milieu scolaire, se sont suicidés.

Il y a eu ensuite le massacre de Norvège, qui a fait 77 morts et dont le responsable, Anders Behring Breivik, est dépeint comme un « suprémaciste » blanc très atteint psychologiquement.

Et maintenant, c’est au tour James Holmes, accusé d’avoir tué douze personnes en plus d’en blesser une soixantaine, de faire les manchettes. Les autorités ignorent les motivations qui l’ont amené à poser ces gestes, s’il en avait.

Ces deux derniers accusés, Breivik et Holmes, ont été pris vivants.

Une seule constante

Comme journaliste, j’ai suivi de près ces histoires alarmantes au fil des ans. Il y en a eu des dizaines d’autres qui ont fait moins de victimes et, par le fait même, ont été moins médiatisées. Dans la très grande majorité des cas, les auteurs de tels massacres se suicident. Mais il a des exceptions, comme dans les deux derniers exemples cités ci-haut.

Même chose pour les lieux des crimes. Souvent dans des écoles mais, dans les deux derniers cas, une île de camp de vacances en Norvège et un cinéma au Colorado. Quant aux armes utilisées, elles sont souvent acquises légalement, mais parfois, elles sont prohibées. Même quand les assassins ont annoncé leurs intentions, leur passage à l’acte surprend tout le monde.

Une seule constante revient dans tous les cas dont j’ai eu connaissance.

Tous les individus qui se livrent à de tels carnages sont par la suite décrits comme des personnes renfermées, sans entourage, dépressives et marginales. Des laissés pour compte la plupart du temps.

Au fil des ans, j’ai discuté du sujet avec des policiers, des avocats, des psychologues et des criminologues. Ils sont unanimes. Ces gestes sont impossibles à prévenir et à empêcher, parce que personne ne les voit venir... On ne peut que les constater et pleurer les victimes.

Commentaires