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Londres 2012

Une histoire de famille

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Photo REUTERS/Mariana Bazo Émilie Fournel prendra part aux compétitions de kayak lors des présents Jeux olympiques.

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ETON DORNEY, Grande-Bretagne – La kayakiste Émilie Fournel était une adolescente lorsqu’elle a fouillé dans le sous-sol de la résidence de sa grand-mère, même si celle-ci lui avait déconseillé de le faire.

Un sous-sol rempli de boîtes mystérieuses où l’on pouvait faire d’intéressantes découvertes. Elle n’a pas écouté sa grand-mère.

«Le sous-sol de ma grand-mère, il y a des trésors là-dedans, a-t-elle expliqué. Mon frère (Hugues, également kayakiste) et moi, on y est allés. Ma grand-mère disait: "c’est plein de poussière en bas. N’allez pas là".»

L’athlète de 25 ans prendra part aux compétitions du 200 et du 500 mètres aux Jeux de Londres. Son frère Hugues, qui a 24 ans, y sera aussi, pour le 200 et le 1000 mètres en biplace, avec Ryan Cochrane.

Émilie estime qu’elle devait avoir 15 ou 16 ans à l’époque. Elle commençait sa carrière de kayakiste, qui l’a menée deux fois aux Olympiques jusqu’à maintenant.

Ils ont réellement trouvé des trésors dans le sous-sol de leur grand-mère.

«C’était comme des bijoux, mieux que de l’argent», a résumé Hugues.

Dans ces boîtes poussiéreuses, ils ont mis la main sur des effets appartenant à leur père Jean, lui-même un kayakiste, qui a participé aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 (leur mère Guylaine pratiquait aussi ce sport et a pris part aux Jeux panaméricains).

Mort très jeune

Jean Fournel était également pompier et il est mort jeune, de la leucémie, à 40 ans, alors qu’Émilie n'avait que 11 ans.

«Nous étions en train de fouiller dans des trucs bizarres et nous avons trouvé une boîte dans laquelle il y avait plein de vieille affaires qui appartenaient à mon père, a raconté Émilie. Il y avait un journal personnel. C’était comme dans un film. Une boîte de carton dans le fond du sous-sol de ma grand-mère.»

Ce journal contient plusieurs écrits de son père sur son parcours en kayak.

«J’ai lu quelques pages, a expliqué Hugues. C’était très émouvant. C’était la meilleure façon d’obtenir des conseils de notre père. Il n’a jamais pu nous voir grandir et devenir les athlètes et les personnes que nous sommes maintenant. Il se levait le matin et il écrivait tout : quand il était allé au lit, quel était son pouls, ce qu’il a mangé, les exercices qu’il a faits dans la journée. C’est assez impressionnant en fait. On peut voir qu'il était un athlète assez organisé.»

Dans ces pages, Émilie a pu découvrir ce qu'était la vie de son père, établir une sorte de connexion.

«C'est ce qui est le plus près de recevoir des conseils de sa part, a-t-elle observé. Je n'ai jamais eu la chance d'en avoir. Certaines personnes trouvent lassant de recevoir des conseils de leur père, mais quand tu n'en a pas, c'est à ce moment-là que tu en veux.»

Émilie a aussi pu découvrir quelle était la personnalité de son père, à travers ses notes détaillées qui relatent comment il se sentait, ce qu'il pensait.

«Ses émotions sont là, on voit qu'il était parfois frustré et je me suis dit : "tiens, il réagissait comme ça aussi. C'est normal et il s'est rendu aux Olympiques aussi", a-t-elle raconté. Il y a des jours où c'est plus difficile. C'était difficile pour lui aussi et il a tout de même réussi. Le jour suivant, il disait: "on y va. Je suis prêt pour l'entraînement".» C'est elle qui a le journal. Hugues a peur de l'égarer.

«Ma soeur le garde parce que je perds tout. C'est trop précieux pour que je le perde», a-t-il avoué.

Des souvenirs toujours en tête

Il a toutefois quelques souvenirs de son père en sa possession. Une veste qu'il a portée lors de la cérémonie d'ouverture et un t-shirt que son père a enfilé lors des Jeux de 1976. Hugues l'a déjà porté durant des compétitions, mais il ne sait toujours pas s'il utilisera lorsqu'il se retrouvera dans l'eau, lundi.

«Je l'ai porté plusieurs fois, a-t-il précisé. Je l'ai amené. Je n'ai pas encore décidé si je vais le porter pendant la course. On verra. Je ne suis pas superstitieux, ce n'est pas quelque chose que je dois porter. Je sais que je l'ai, qu'il est dans mon sac. C'est ce qui me donne de la force.»

Le t-shirt et la veste sont des objets tangibles, réels pour Hugues. Ses souvenirs de son père le sont moins, puisqu'il n'était qu'un enfant lorsqu'il est décédé.

«Je me souviens de moments particuliers, a-t-il relaté. J'ai des souvenirs de lui qui m'amène à un match de hockey, où je m'endormais et me réveillais, des choses comme ça. On allait à l'aréna, il traînait mon sac de hockey et je transportais mon bâton. Il m'a appris à lancer la rondelle. Il était un bon joueur de hockey.»

La victoire avant tout

Hugues Fournel a essayé toutes sortes de sports dans sa jeunesse avant de choisir le kayak.

«Voir ma soeur se qualifier pour les Jeux en 2008, à Montréal, dans le même bassin où mon père a fait sa compétition olympique, c'est là que je me suis dit: "ok, je suis un rameur. Je pense que j'ai le talent pour ça." Quatre ans plus tard, nous sommes ici.»

«Nous sommes ici pour gagner, a-t-il enchaîné. Chaque fois qu'on y va, on n'a peur de personne. On y va pour la victoire à chaque course. On est aux Olympiques. Je suis plus que content d'être ici, mais je ne me soucie pas du côté "wow" des Olympiques. Ce qui compte, c'est ma performance.

«Quand c'est difficile, je n'ai qu'à me retourner et ma soeur va être là.»

Les deux vont penser à leur père.

«Il y a du bon dans chaque mauvaise chose, dans la vie, a observé le jeune homme. Il s'agit de le trouver.»

 

 

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