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Alaska

Une croisière en eau glacée

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ANCHORAGE, Alaska | Quitter la canicule en entassant dans sa valise des vêtements chauds, des mitaines et des tuques pour s’élancer à la découverte de sommets enneigés et de glaciers ? C’est le pari que font, chaque année, des milliers de touristes désireux de se confronter à la nature sauvage de l’Alaska.

Si William Seward revenait sur terre aujourd’hui, il pourrait exiger des excuses et confondre ses détracteurs. Ils étaient nombreux à se moquer de lui quand, en 1867 alors qu’il était Secrétaire d'État sous le Président Andrew Johnson, il a acheté de la Russie cet immense territoire inhospitalier (1 518 800 km², soit plus de deux fois la superficie du Texas) pour la somme de 7 200 000 $.Cette transaction, baptisée la « Folie de Seward » s’est cependant avérée fort lucrative par ses ressources naturelles : l’or, le pétrole, la chasse, la pêche, sans oublier le tourisme qui constitue aujourd’hui l’un de ses principaux secteurs de l’économie.

Attirés par la majestueuse beauté des lieux, les touristes sont de plus en plus nombreux à choisir le confort des navires de croisière pour découvrir cet univers de glace (1 000 glaciers) et de feu (l’Alaska est situé sur le Cercle de feu, une zone qui encercle l’océan Pacifique, de volcans et de tremblement de terre). Avec près de 900 000 visiteurs l’an dernier, selon les chiffres fournis par Tourisme Alaska, cet état se retrouve cette année, selon Cruise line international, au premier rang du palmarès des destinations.

De ce nombre, 325 000 ont voyagé sur l'un des sept navires de Holland America Line, une compagnie qui offrait déjà l’opportunité de vivre la grande aventure des glaces en 1947, avant même que l’Alaska ne devienne un État.

Le choc de l’immensité

C’est donc la valise remplie de tuques, mitaines et de foulards que j’ai quitté la canicule montréalaise pour me retrouver à l’aéroport d’Anchorage entouré de sommets enneigés des monts Chugach.

Sur place, une navette attendait les voyageurs pour les conduire au complexe hôtelier Alyeska pour la nuit. Malgré la fatigue qui rend le lit très attirant, je vous recommande fortement, surtout si vous désirez conserver un souvenir inoubliable de ce court (trop) séjour, de vous offrir un repas au Seven Glacier, restaurant 4 Diamants AAA, que l’on atteint grâce au téléphérique (2 300 pieds au-dessus du niveau de la mer). Comme chacune des tables offrent une vue panoramique, on commence ainsi l’aventure de façon grandiose.

Le lendemain, c’est aux aurores que l’on entreprend les trois heures de routes nécessaires pour atteindre la petite ville de Seward où est amarré le « Ms Zaandam ». Long ce trajet ? Pas vraiment. Panoramique à souhait, la Seward Highway exige de garder l’œil ouvert pour admirer les magnifiques paysages, surveiller la présence (possible et désirée) d’ours, de caribous, d’orignaux, de chèvres de montagnes, ou pour s’étonner des dégâts laissés par l’énorme tremblement de terre de 1964 (9,2 à l’échelle de Richter) lesquels, même après toutes ces années, sont encore bien visibles.

À Seward, certains passagers retardent leur embarquement et optent pour des excursions à la rencontre des lions de mer, des dauphins, des baleines et, bien entendu, de leurs premiers glaciers. Pour les autres, une fois les formalités d'usage dûment remplies, c’est l’embarquement et l’installation.

S'il ne possède pas l'élégance extérieure de certains navires de luxe, le « MS Zaandam », s'avère, par son intérieur vaste et chaleureux, des plus accueillants.

Construit en 2000, il compte de nombreux espaces publics ; des boutiques, des bars, un salon de détente, une librairie, le Lido, un restaurant de style buffet, le Terrace Grill, sur le bord de la piscine, et trois restaurants avec service : le Canaletto, résolument italien ; le Rotterdam, le restaurant principal où l’on sert une cuisine internationale et le chic Pinnacle pour lequel il faut débourser un léger supplément (10 $ le midi et 25 $ le soir). Une fois par semaine, le Pinnacle devient Le Cirque, alors que l'on y sert un menu supervisé par le célèbre chef Sirio Maccioni de ce restaurant new-yorkais.

S'ajoutent à cela, la piscine intérieure et ses baignoires à remous, le gym, le Greenhouse Spa & Salon et la piscine extérieure qui sous ses températures froides trouvera tout de même des adeptes pour le bain de l’ours (saucette dans l'eau glacée), le temps d'une photo !

Un goût d’aventures

On ne va pas en Alaska pour les villes qui, bien que possédant chacune une histoire intéressante, n'offrent pas particulièrement d'attraits. D’ailleurs, il faut voir ces dernières, bourdonnantes d'activités à notre arrivée sur le port, redevenir silencieuses quand les navires s’éloignent. Pour apprécier le phénomène, il suffit de traîner sur le quai d'embarquement jusqu’à la dernière minute, surtout si notre navire est le seul à y être encore amarré.

On choisit l’Alaska pour ses paysages époustouflants, ses grands espaces et l’aventure qu’on y trouve. Et si les deux premiers jours se passent en mer à se détendre et à admirer les sommets enneigés, c’est véritablement lorsque le navire atteint la Baie des glaciers que la frénésie s’empare des passagers.

Chaudement emmitouflé, on prend quasiment racine sur le pont pour se repaître de cet environnement dramatique formé de pics rugueux, de fjords profonds et de glaciers. Malgré les nez rougis et les doigts engourdis à force de photographier sous tous les angles le glacier Marjorie, un immense mur de glace d’un bleu quasi irréel que les rayons du soleil font briller comme un diamant, on résiste en rêvant d’être témoin du détachement d’un morceau de glace qui, une fois dans l’eau, deviendra un iceberg.

Attirée par des éclats de rire venant de l’arrière du navire, je délaisse quelques instants le Marjorie et j’accours pour voir de jeunes loutres qui s’amusent follement à surfer sur les vagues provoquées par le navire. Un spectacle fascinant !

Pendant ce temps, à l'intérieur, devant ceux qui ont préféré observer le spectacle confortablement installés derrière les grandes fenêtres du salon, un Ranger du Parc National de Glacier Bay, le plus grand parc national des É.-U., et un autochtone de la tribu Tingit parlent de la géologie, de la culture et de l'histoire de ce territoire qui, il y a 218 ans, était encore entièrement couvert de glace. Dans ce sanctuaire naturel, aucune route, aucun véhicule, que des animaux et quelque 400 habitants.

Les jours suivants, quand le navire accoste à Haines, connue comme la ville des Aigles à tête blanche et choisie par Disney comme lieu de tournage du film Croc Blanc, ou à Juneau, ville créée par la Ruée vers l’or et qui, bien que capitale de l’Alaska depuis 1906, ne peut être jointe par la route, ou encore à Ketchikan, capitale du saumon au monde (en 1936, sept conserveries y produisaient 1,5 million de caisses de saumon en conserve), les groupes se dispersent et partent à l’aventure.

Il faut dire que Holland America Line offre 250 différentes excursions en Alaska. Certaines permettent d’approcher, de toucher ou d’escalader les glaciers tandis que d’autres font découvrir la faune, la pêche ou les us et coutumes des habitants qui ont choisi de vivre dans ce milieu hostile. Au retour, si le temps le permet, on s’offre une petite virée des villes (service de navettes) ou une tournée des boutiques de souvenirs et des bijouteries, nombreuses sur les quais.

Exténués, mais ravis, on termine la soirée par un cocktail au bar ou l'on se partage nos récits, dans l’un des restaurants où l’on s'offre un bon repas pour se disperser ensuite pour assister au spectacle (différents chaque soir), jouer au casino, voir un film, danser au bar ou simplement s'abandonner au confort de sa cabine pour lire, écouter un DVD, préparer sa journée du lendemain ou s’abandonner dans les bras de Morphée à rêver à d’immenses glaciers, des fjords profonds, des sommets enneigés et des animaux en liberté.

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