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Londres 2012

Un grand moment

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PHOTO AL CHAREST / AGENCE QMI Brittany Timko, Rhian Wilkinson et Christine Sinclair ont célébré le but de Diane Matheson en fin de rencontre, jeudi.

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COVENTRY, Angleterre - Christine Sinclair a jeté un regard vers le cadran : il restait deux minutes à écouler et elle se doutait que le Canada allait l’emporter.

La capitaine savait que son équipe avait traversé le pire : l’épuisement, la frustration, la colère, la domination française. «Leurs filles étaient épuisées, a mentionné l’entraîneur-chef John Herdman. Nous le savions.»

Et c’est arrivé.

L’un de ces moments grandioses du sport canadien qui fait arrêter le temps dans le pays. Un but en or pour une médaille de bronze. Et un nouveau nom à se souvenir : Diana Matheson a inscrit le filet qui a exalté la nation et qui a donné à l’équipe canadienne une médaille qu’elle n’était pas censée obtenir, dans un tournoi olympique où on lui a volé la chance de remporter l’or.

«Pouvez-vous y croire ?, a demandé Sinclair. Non.»

Dans le flou total après les célébrations d’après-match, Matheson n’a guère été plus claire. «Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé», a-t-elle mentionné.

Bientôt, elle le saura. Tout le pays le sait. La reprise sera présentée encore et encore. Ce n’était pas Paul Henderson et Équipe Canada en 1972. Ce n’était pas Sidney Crosby et son but décisif en prolongation à Vancouver. Cependant, c’est assez proche de ça et il est important qu’un événement particulier, imprévu, en quelque sorte réconfortant, puisse unir le pays durant ces Jeux olympiques d’été.

Cet événement fut la victoire de 1-0 du Canada contre la France dans le match pour l’obtention de la médaille de bronze au tournoi de soccer féminin. Peu importe qu’il s’agisse du soccer, peu importe la couleur de la médaille, cette équipe était à la bonne place au bon moment. Elle est devenue l’histoire des Jeux avec tant de vedettes émergentes : la capitaine Christine Sinclair, le charmant et fascinant entraîneur John Herdman, la petite Matheson, qui effectuait un retour après une opération au genou, et la gardienne Erin McLeod.

À ces Jeux, il n’y a pas eu d’histoires hollywoodiennes où le Canada s’est sauvé avec l’or, mais cette médaille de bronze ne sera jamais oubliée.

Un tir effectué par Sophie Schmidt à la 91e minute a dévié sur une défenseuse française avant de se retrouver devant Matheson. Le temps s’est pratiquement arrêté là. Elle le savait trop bien : le filet était désert. Il n’était pas question de rater la cible.

«Elle célébrait avant même que le ballon aille dans le filet», a expliqué Sinclair.

Ce fut le seul lancer du Canada en 91 minutes, le seul dont il avait besoin. La France a décoché 25 tirs vers la cage adverse et le désarroi se lisait sur le visage de l’entraîneur des perdants, Bruno Bini. «Actuellement, je me sers de mes yeux seulement pour pleurer. Sans aucun doute, la meilleure équipe a perdu.»

Voilà donc l’histoire de ce tournoi olympique. Le meilleur n’a pas toujours gagné. Ce qui semblait évident est devenu invraisemblable. Cette médaille me rappelle celle d’Annie Pelletier en 1996. «Cela vaut-il de l’or à tes yeux ?, questionnait-elle après sa compétition à l’époque. Pour moi, c’est comme une médaille d’or.»

Pour Herdman, qui n’a pas de médaille, mais qui en mérite pleinement une, c’est de l’or pur. Il a expliqué ce que cette victoire a suscité comme réactions au Canada et l’espoir qu’elle a créé.

«Si j’avais été un parent en face de ses enfants, nous aurions tous été fous de joie sur le divan et nous aurions sauté partout, a-t-il affirmé. Il y a certains moments qui rassemblent les familles. Et je vois tous ces papas et ces mamans dans leurs jardins, en train de s’échanger le ballon avec leurs filles. Ce groupe de joueuses voulait laisser cela en héritage. Ça semble un peu bizarre, mais c’est ce que nous nous sommes dit avant le match. On voulait laisser notre marque.»

 

 

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