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Tourner la page ?

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De passage en Gaspésie, la semaine dernière, Pauline Marois a dit qu’elle voulait « tourner la page » sur le fiasco de la Gaspésia.

« Je souhaite fermer la plaie qui est toujours ouverte », a lancé la chef du PQ.

Le fiasco de la Gaspésia est l’un des plus gros scandales de l’histoire moderne du Québec

UN FIASCO SPECTACULAIRE

On comprend la volonté de Mme Marois de vouloir passer à autre chose. Le fiasco de la Gaspésia est l’un des plus gros scandales de l’histoire moderne du Québec. Trois cents millions de dollars de fonds publics ont été engloutis dans le projet sans qu’un seul emploi permanent n’ait été créé.

Certains disent que Bernard Landry, qui était alors premier ministre, est le grand responsable de ce fiasco spectaculaire. D’autres affirment que son successeur, Jean Charest, devrait également être pointé du doigt.

Que ce fiasco soit bleu, rouge ou mauve (une combinaison des deux), une chose est sûre : il est le résultat de la politique interventionniste préconisée par Pauline Marois et François Legault.

LA CORNE D’ABONDANCE

Comme l’a affirmé le rapport Lesage, qui a fait l’autopsie de ce ratage financé par nos impôts :

« Le démarrage du chantier a été précipité pour des raisons d’opportunisme politique. Sa rentabilité était marginale dans les meilleures conditions, et soumise à des risques technologiques, économiques et financiers évidents, mais dont on n’a pas voulu tenir compte. »

« L’État, dans sa précipitation, a agi sans se soucier de la rationalité économique. Une idéologie interventionniste et des motifs électoralistes, sans doute, ont inspiré son intervention. »

« En bout de ligne, les fonds publics deviennent corne d’abondance. Dans ces gros projets impliquant majoritairement des fonds publics, les gouvernements sont manifestement en conflit d’intérêts. Ils assument, en effet, le rôle double et contradictoire de promoteurs principaux des projets et de gardiens de l’intérêt public. »

« Papiers Gaspésia n’est pas une entreprise d’État, même si elle en a l’apparence et qu’elle n’a toujours vécu que des fonds publics. En vérité : c’est une structure sans pilote et si les choses vont mal, le citoyen avale la pilule; par contre, si elles vont bien, le secteur privé en profitera. Tous les risques sont transférés au public, représenté par des gestionnaires qui ne sont pas aguerris au domaine. Le Québec a connu d’autres gouffres sans fond comme celui-là. Il est temps d’apprendre de nos erreurs. »

DEVOIR DE MÉMOIRE

Mme Marois veut tourner la page sur ce fiasco ?

C’est son choix.

Je crois plutôt qu’au lieu d’enterrer le fantôme de la Gaspésia, il faut au contraire l’exhumer, afin de nous rappeler les dangers de l’interventionnisme économique.

Comme l’a écrit l’économiste Pierre Fortin en avril 2006 :

« La triste histoire de la Gaspésia n’est pas une occurrence unique au Québec. Partout dans le monde, les grands projets engageant des fonds publics ont une forte propension à produire de tels fiascos. »

« Le Danois Bent Flyvbjerg a préparé une synthèse de 600 grands projets publics réalisés depuis 1927 sur cinq continents. Non seulement dans 90 % des grands projets, les coûts sont-ils sous-estimés de 50 à 100 %, mais les intervenants déforment la réalité systématiquement et stratégiquement... »

SUJET À DÉBAT

J’espère qu’il sera question d’interventionnisme économique lors des débats. Et qu’on ressortira le souvenir de la Gaspésia...

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