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Crucifix

Le maire de Saguenay attaque Djemila Benhabib au sujet de ses origines

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MONTRÉAL – Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a tenu mercredi matin des propos xénophobes à l’encontre de la candidate du PQ dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, une intellectuelle qui se bat contre l’intégrisme musulman et milite depuis plusieurs années en faveur de la laïcité. Il a dit se méfier d’une personne qui «arrive d’Algérie».

«Nous les mous, les Canadiens français, on va se faire dicter comment se comporter, comment respecter notre culture par une personne qui arrive d’Algérie. On n’est même pas capable de prononcer son nom», a affirmé Jean Tremblay, mercredi matin sur les ondes du 98.5 FM. Ses propos ont été dénoncés tout au long de la journée par la classe politique.

Le maire Tremblay, qui veut que la prière soit maintenue avant chaque conseil municipal dans sa ville, réagissait à la position de Djemila Benhabib. La jeune candidate péquiste, qui était aux côtés de Pauline Marois, mardi, à l’occasion de l’annonce de la création d’une charte de la laïcité au Québec en cas d’élection du PQ le 4 septembre, souhaite voir disparaître les signes religieux et les lieux de prières des institutions publiques et parapubliques.

«Je n’aime pas que ces gens-là (sous-entendu les immigrants) arrivent ici pis établissent leurs règles. Qu’on aille toucher à leurs règles pour le fun», a ajouté le maire Tremblay en ciblant la candidate péquiste, qui est arrivée au Québec depuis la fin des années 1990.

«Ils vont faire disparaître la religion et notre culture de partout», a également déclaré le maire de Saguenay.

«Je ne souhaite pas répondre au maire Tremblay et je ne veux pas que le débat se cristallise sur ma petite personne», s’est contentée de commenter Djemila Benhabib un peu plus tard mercredi matin lors d’une conférence de presse dans sa circonscription de Trois-Rivières.

«C’est anecdotique, ne nous arrêtons pas à l’anecdotique, a-t-elle supplié un peu plus tard, visiblement émue, à TVA Nouvelles. J’ai une expertise sur la laïcité, je veux débattre de cette question là, mais dans la sérénité et l’harmonie, et en évitant les dérapages.»

Elle a également précisé avoir été citée hors contexte par les médias et que «le crucifix, [elle n'en a] jamais fait une fixation», ajoutant qu’elle se rangeait derrière les positions de son parti.

«Maintenant, s'il y en a qui ont le goût de me faire un procès parce que je me suis prononcée par le passé, parce que j'ai pris position, je trouve que ce serait très malvenu. Car on lancerait le signal que les intellectuels ne seraient plus les bienvenus en politique et je ne pense pas que notre société y gagnerait», a-t-elle expliqué.

Réactions

Québec solidaire s’est fendu mercredi après-midi d’un communiqué pour également condamner les «propos xénophobes» de Jean Tremblay.

«Voilà du racisme qui n'a pas sa place dans le débat public, a dit la co-porte-parole de QS Françoise David. Il est temps que M. Tremblay arrive au 21e siècle.»

La chef du PQ, Pauline Marois, a réclamé de son côté des excuses du maire de Saguenay.

«Il démontre qu’il a une complète méconnaissance du cheminement de Djemila Benhabib, qui est exemplaire quant à son intégration à la société québécoise, a-t-elle dit. Je crois que ce sont des propos complètement inacceptables et irresponsables. Il devrait s’en excuser.»

«Je pense que M. Tremblay a dérapé», a commenté pour sa part le chef de la CAQ, François Legault, lors d’un point de presse à Montmagny, dans la région de Chaudière-Appalaches.

«Je pense que la candidate du Parti québécois ne méritait pas de tels propos. Tous les Québécois sont égaux, et doivent être traités de la même façon», a-t-il ajouté, en considérant lui aussi que M. Tremblay devrait s’excuser.

Pas d’excuses

«C’est enfantin de demander des excuses, a rétorqué Jean Tremblay lors d’une entrevue à TVA Nouvelles dans laquelle il a réaffirmé ses propos. Non, je ne m’excuserai pas.»

Sans approuver la forme, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, est venu apporter son soutien sur le fond à son collègue de Saguenay, en affirmant que «c’est ce que la majorité des gens pensent de façon silencieuse».

M. Lévesque a toutefois souligné qu’il ne faut pas stigmatiser les immigrants. «Les gens qui contestent l’histoire et les traditions du Québec sont une minorité, mais cette minorité, ce sont le plus souvent des Québécois». Il a pris pour exemple la citoyenne québécoise «pure souche» qui était parvenue à faire abolir la tradition de la prière au conseil municipal de Trois-Rivières.

Du côté du Parti libéral, invitée à réagir aux affirmations du maire de Saguenay, la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, a esquivé les questions pour se concentrer sur une critique en règle du projet de charte de la laïcité de Pauline Marois. La candidate dans la circonscription de l’Acadie a dit ne pas vouloir diviser les Québécois, estimant que la Charte des droits et libertés se suffisait à elle-même.

 

 

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