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Des goélands sur un cornet de frites

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La bonne nouvelle, c’est que les maires des 82 municipalités composant la Communauté métropolitaine de Montréal sont finalement parvenus à s’entendre sur un point. La moins bonne nouvelle, c’est qu’ils s’entendent tous pour réclamer une nouvelle hausse des taxes sur l’essence....

Alors que les politiciens provinciaux multiplient largesses et promesses comme des gagnants du Loto en goguette, les « parts » de l’amélioration des transports en commun, l’éternel parent pauvre, semblent monter en flèche.

Pauline Marois prolongera le métro sans attendre, Jean Charest est prêt à rénover les stations de métro et à créer des corridors dédiés, Amir Khadir voit déjà un TGV...

Alors, les maires de l’agglomération montréalaise, qui ne s’entendent d’habitude jamais sur rien qui soit important – péages sur les routes, répartition des coûts des services, etc. –, ne veulent pas être en reste.

Une belle unanimité

C’est donc avec une belle unanimité qu’ils ont proposé, hier, leur recommandation au futur gouvernement pour favoriser « le développement d’un réseau de transport public du XXIe siècle. »

Leur recette est relativement simple. Il s’agit de taxer tous les automobilistes du Québec pour 260 millions de dollars de plus par année qu’ils ne paient déjà. Principalement en haussant de 2 cents le litre la taxe sur l’essence partout au Québec, avec une hausse supplémentaire d’un demi-cent le litre à Montréal.

Les villes recommandent aussi de hausser les frais d’immatriculation des véhicules, modulant cette hausse en fonction du poids et de la cylindrée.

Cette dernière mesure emballe le maire de Laval, M. Gilles Vaillancourt : le propriétaire d’une petite voiture paiera moins; quelqu’un qui tient à avoir un gros SUV paiera plus...

(Un autre avantage, politique, de ce type de hausse, sur laquelle les maires sont restés plus discrets, c’est que la taxe serait perçue par Québec ; les maires empochent, sans même y laisser d’empreintes digitales...)

Et que feraient les maires, avec ces 2,6 milliards de dollars additionnels sur 10 ans pour améliorer le transport en commun ?

Leadership, ou arnaque ?

Ils ne le savent même pas ! Pas encore...

« Nous parlons maintenant d’une seule voix, et nous allons identifier rapidement les projets prioritaires », dit le maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Donnez-nous l’argent d’abord, nous déciderons de quoi faire avec ensuite ? De quoi on parle, ici, de leadership, ou d’arnaque ?

Rompre d’avec l’automobile, même partiellement, pour adopter le transport en commun est, pour chaque individu, une décision difficile et radicale. C’est une rupture d’avec un ancien mode de vie, qui a ses avantages (confort, flexibilité) et ses inconvénients (coûts, encombrements).

Il faut approcher cette décision avec créativité, car elle oblige une ré-invention de nos attentes, de nos façons de faire et de nous organiser. Pourtant, passer aux transports en commun est une décision que de plus en plus de gens prennent, en ville et en banlieue, pour une variété de raisons, économiques, pratiques, écologiques...

En recourant à la même vieille formule éculée de demander plus d’argent et de nouvelles taxes, sans même pouvoir dire ce qu’ils en feraient, les gouvernements municipaux démontrent qu’ils n’ont simplement pas fait le quart du chemin à faire pour développer une pensée moderne et pertinente sur la question du transport en commun.

Demandons-leur d’abord de réfléchir à un plan qui saurait convaincre un plus grand nombre d’adopter le transport en commun.

Ensuite, on parlera d’augmenter les taxes... ou de couper ailleurs dans les dépenses des villes...

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