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Le courage de Pauline Marois

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J’allais intituler cette chronique Le courage de Pauline Marois et l’urticaire de Jean Lapierre, mais ça aurait été trop long. Je veux vous dire que, pour le PQ, c’est le moment de tenir bon avec ses résolutions linguistiques et culturelles. La preuve que le PQ a retrouvé la bonne voie? Ses adversaires sortent leur vieille cassette d’insultes éculées.

À The Gazette, on hurle à la « xénophobie ». Quant à Jean Lapierre, il a ressorti l’expression « purs et durs » pour parler des soi-disant « extrémistes » du Parti québécois qui auraient pris le contrôle du navire péquiste. Depuis que Stéphane Gendron n’écrit plus dans les pages de ce journal, mon collègue le plus éloigné de moi par ses idées, c’est souvent Jean Lapierre, analyste à TVA et LCN, ainsi qu’au 98,5 à la radio.

Jean Lapierre, ce bon vieux père Ovide, spécialiste des ragots de perrons d’église, a bien sûr des antennes partout, puisqu’il a beaucoup collectionné les cartes de partis politiques. Cette semaine, mon cher confrère s’est permis de croire que Pauline Marois a cédé devant le « noyau dur » du PQ−Montréal-Centre... J’ai plutôt l’impression que notre père Ovide a mal avalé son noyau qui lui est resté collé dans la gorge tellement sa voix se perche haut quand il minimise l’anglicisation qui dénature la vie montréalaise.

L’aveuglement

Si j’ai bien compris les craintes de Jean Lapierre, il redoute qu’en freinant l’anglicisation catastrophique des « néo » en restreignant l’accès au cégep anglophone, on se retrouve avec des francophones unilingues et des anglophones bilingues... Le monde à l’envers.

Si Jean Lapierre veut se convaincre qu’il y a un problème d’anglicisation, il n’a qu’à faire un tour dans les boutiques tout près du restaurant Le Mas des Oliviers, où il aime à graviter parmi des banquiers et des joueurs de golf multimillionnaires : il va se faire aborder en anglais et, s’il rencontre des unilingues, ce ne seront pas des unilingues francophones.

Mon cher confrère pourrait aussi venir faire un tour chez Ménick, le barbier des sportifs, et faire une promenade sur la rue Masson pour aborder les gens afin de frayer un peu avec une autre classe sociale que celle des affairistes libéraux.

M. Lapierre sait-il que 40 % des Québécois francophones sont déjà bilingues? Sait-il que, dans plusieurs secteurs de Montréal ou de Laval, par exemple dans Saint-François, le nombre de locuteurs de l’anglais est passé de 20 % à 55 % en seulement cinq ans, de 2001 à 2006? Sait-il qu’on va introduire l’anglais intensif en 6e année du primaire dans le réseau francophone sans que l’équivalent soit exigé du réseau anglophone? Sait-il qu’il y a massacre de la langue partout et même à sa propre radio? Lorsqu’il y a massacre chez quelque espèce, c’est le devoir de l’État de faire cesser cette ignominieuse destruction : de là la pertinence d’une loi 101 adaptée aux réalités d’aujourd’hui.

L’exemple israélien

Le Québec n’est pas assez fort culturellement pour pouvoir se permettre d’abandonner le français pour le joual et ensuite l’anglais. Pendant ce temps, nos colonisés vont admirer Israël et l’Irlande, qui, eux, ont décidé de dire qu’ils ont une culture d’origine... mais pas nous?

En Irlande, on commence à réintroduire le gaélique dans la fonction publique. En Israël, pour se donner une langue commune, on a carrément ressuscité l’hébreu. Et, au Québec, il serait immoral de se donner des lois pour ne pas laisser mourir le français? Des lois pour ressusciter des langues mortes, ça va? Mais pas pour les sauver d’une mort certaine?

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