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Chroniques d’un exaspéré

Où sont les engagements pour augmenter nos taux de diplomation ?

Chroniques d’un exaspéré

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Au Québec, un garçon sur trois et une fille sur quatre ne possèdent aucun diplôme à l’âge de 20 ans. Comment une société riche peut-elle tolérer des scores aussi pauvres ? C’est une des questions que souhaite poser un expert de l’éducation à nos politiciens.

Depuis plus de 30 ans, Égide Royer s’intéresse aux élèves ayant des troubles du comportement.

Psychologue scolaire et professeur en enseignement à l’Université Laval, auteur de nombreux ouvrages, il publie Chronique d’un passionné, un livre sur les questions les plus urgentes à régler en éducation. Mais l’ouvrage aurait aussi pu s’intituler... « Chroniques d’un exaspéré ».

Huit de ces questions sont adressées à nos politiciens en campagne électorale (voir tableau). Mais selon cet expert, jusqu’ici la campagne passe complètement à côté des véritables enjeux en éducation.

« On parle des frais de scolarité à l’université, alors que la question ne touche même pas un garçon sur trois et une fille sur quatre parce qu’ils ne réussissent pas leur secondaire », rappelle-t-il.

Les piètres taux de diplomation que le Québec traîne depuis 1995 ne bougent pas et nos politiciens ne semblent pas voir l’urgence d’agir, dénonce-t-il. « C’est absolument inacceptable, je deviens exaspéré de répéter les mêmes choses depuis 20 ans. Les données ne peuvent pas être plus claires ! »

Seule la CAQ se dit favorable à la création d’un ordre professionnel des enseignants. « Pourquoi les autres partis politiques refusent-ils ? », demande Égide Royer.

Les candidats des trois formations politi­ques que nous avons interrogés semblent compter énormément sur l’ajout de ressources supplémentaires (orthopédagogues, psychologues) pour mieux encadrer les élèves en difficulté. Le Parti québécois promet notamment l’embauche de 600 professionnels supplémentaires pour encadrer ces élèves. Une mesure qui coûterait 37 millions $.

L’école obligatoire jusqu’à 18 ans

Égide Royer affirme que les solutions qu’il propose ne sont pas nécessairement onéreuses. Il suggère notamment que l’école soit obligatoire jusqu’à l’âge de 18 ans, comme c’est le cas en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Allemagne et dans 21 États américains, une mesure mise de l’avant par le président Obama.

« Ça ne coûte pas plus cher ! Les écoles et les élèves sont là et l’école jusqu’à 18 ans pourrait faire bouger les taux de diplomation de 3 ou 4 % », avance-t-il.

Cette idée ne semble pourtant pas encore avoir fait son chemin dans l’esprit des aspirants au pouvoir, ce qui désole l’auteur. « Au Québec, un jeune ne peut pas s’acheter de la bière et des gratteux dans un dépanneur, mais il peut sacrer son camp de l’école à 15 ans sans que rien se passe ! »

Égide Royer ne semble pas du tout convaincu que nos politiciens ont saisi l’importance d’agir au plus vite.

1 - Que prévoit votre parti pour prévenir les troubles de lecture et de comportement chez les enfants de 3 à 5 ans, pour faire du dépistage et les accompagner jusqu’à la maternelle ?
C.L. › Des ressources supplémentaires seront octroyées pour permettre de dépister les problèmes avant la scolarisation.
S.G. › Pour que le dépistage commence tôt, nous proposons la prématernelle aux plus de 4 ans à temps plein pour les parents qui le souhaitent.
M.P. › Nous proposons un projet expérimental pour former des groupes scolaires en milieu défavorisé chez les 4 ans et plus.
2 - Que prévoit votre parti pour accorder un suivi systématique des lecteurs débutants et une intervention continue auprès de ceux qui éprouvent des difficultés en lecture ?
C.L. › Notre parti croit à l’autonomie des établissements et plus particulièrement au jugement professionnel des enseignants pour accorder ce suivi systématique.
S.G. › Nous proposons l’embauche de 600 professionnels supplémentaires pour accompagner les élèves dans la réussite scolaire.
M.P. › On le fait déjà ! La lecture, c’est la clé. Nous avons un plan d’action dont je n’ai pas les détails.
3 - Que prévoit votre parti pour augmenter les exigences académiques pour être admis au baccalauréat en éducation et créer un ordre professionnel des enseignants ?
C.L. › La CAQ veut mettre en place un ordre professionnel qui s’assurera d’encadrer les exigences de cette profession.
S.G. › Nous ne croyons pas qu’un ordre professionnel soit utile; nous croyons à un système de mentorat entre anciens et jeunes enseignants.
M.P. › Plus de formation c’est bon. La voie choisie est la formation continue. Un ordre professionnel est quelque chose dont nous devrons discuter avec les enseignants, mais nous ne rejetons pas l’idée.
4 - Que prévoit votre parti pour porter une attention particulière à l’échec scolaire des garçons en intervenant très tôt et pour valoriser la contribu­tion des hommes en éducation ?
C.L. › Donner plus d’autonomie à une école lui permettra de faire les choix de ressources et de projets répondant mieux aux goûts des garçons; on donne aussi davantage de pouvoir et d’intérêt à la profession d’enseignant.
S.G. › Un crédit d’impôt pour une activité sportive est un facteur qui peut soutenir la réussite scolaire. Et l’embauche de 600 professionnels supplémentaires peut y contribuer.
M.P. › Bien sûr la lecture est un élément important. C’est dans notre stratégie globale de 2009. Nous croyons qu’il faut valoriser globalement la profession des enseignants, autant hommes que femmes.
5 - Que prévoit votre parti en vue d’une intervention intensive, dès la première secondaire, auprès des jeunes qui arrivent avec des retards d’apprentissage et des problèmes de comportement ?
C.L. › Par des ressources professionnelles accrues telles que l’orthopédagogie, l’orthophonie, la psychologie, l’ergothérapie et le soutien par les techniciens en éducation spécialisée.
S.G. › Encore une fois, l’embauche de 600 professionnels supplémentaires peut contribuer à soutenir un personnel essoufflé.
M.P. › Cibler ceux à risques qui arrivent et faire un suivi est tout à fait correct. Ça se fait déjà beaucoup dans les écoles et nous avons les moyens de le faire.
6 - Que prévoit votre parti pour utiliser la période estivale pour combler les retards scolaires, plutôt que le redoublement ou la promotion automatique ?
C.L. › Ce choix doit appartenir à l’équipe-école qui déterminera les meilleures façons de faire pour répondre aux besoins des élèves et des parents.
S.G. › Nous n’avons pas d’opinion arrêtée là-dessus; nous visons la réussite.
M.P. › Nous ne favorisons pas le redoublement, mais c’est le choix des parents et de l’école. Utiliser l’été n’est pas mauvais en soi; il faudrait voir comment aménager tout ça.
7 - Que prévoit votre parti pour rendre la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à 18 ans, comme c’est le cas en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Allemagne et dans 21 États américains, tel que souhaité par le président Obama.
C.L. › Non ce n’est pas prévu. Il ne s’agit pas d’obliger les élèves à rester à l’école jusqu’à 18 ans, mais plutôt de les intéresser à y demeurer en améliorant les parcours scolaires.
S.G. › Nous sommes prêts à l’examiner; nous voulons consulter, voir la faisabilité et les coûts engendrés.
M.P. › Ce n’est pas dans nos projets. Notre politique est de mettre tous les incitatifs en place pour maintenir les jeunes à l’école.
8 - Que prévoit votre parti pour permettre à tous les jeunes du secondaire, handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, de fréquenter les écoles privées ou à vocation particulière ?
C.L. › La CAQ veut rendre le réseau public plus performant. En y ajoutant plus de services, nous favorisons nécessairement la réussite d’un plus grand nombre.
S.G. › Nous voulons modifier le financement des écoles privées pour intégrer et soutenir les élèves en difficulté. Nous allons forcer leur intégration dans ces écoles.
M.P. › Nous avons déjà demandé aux écoles privées d’intégrer les enfants en difficulté. Notre message est passé; on m’informe qu’un colloque sera organisé là-dessus.
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