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Précarité d'emploi

Une plaie pour les travailleurs québécois

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Photo Agence QMI / Archives

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À l'instar de l'Ontario, le Québec connaît bien la précarité dans le monde du travail. Environ 13 % des travailleurs de la Belle Province se qualifient pour un statut précaire.

La semaine dernière, la Commission du droit de l'Ontario a publié un rapport sur l'ampleur du phénomène. Le Québec n'y échappe pas.

Une étude publiée l'an dernier par le ministère du Travail indique que 450 000 personnes, soit 12,9 % des Québécois, ont un contrat précaire. Parmi les critères qui définissent cette précarité, on retrouve de moindres avantages sociaux, l'exposition récente au chômage et la crainte de perdre son emploi.

Moins de la moitié (46,6 %) des travailleurs précaires ont accès aux congés de maladie payés. D'autres avantages, comme les régimes de retraite et les horaires accommodants, leur sont hors d'atteinte.

Pour sa part, l'insécurité d'emploi touche 35,8 % des travailleurs, soit 1,3 million de personnes. Cette vulnérabilité est plus fréquente chez les travailleurs les moins scolarisés, ainsi que dans les entreprises de petite taille.

Selon l’étude, l'insécurité entraîne parfois des problèmes de santé. Elle rend le travailleur plus fragile devant le harcèlement psychologique.

Pire que les chiffres

Ces chiffres sous-estiment la précarité de façon importante, a expliqué Katherine Lippe, chercheure en droit de la santé et de la sécurité du travail à l’Université d'Ottawa et co-auteure de l'étude.

«L'échantillon couvre seulement les gens qui travaillent au moins 15 heures par semaine depuis huit semaines, a-t-elle dit. On ne voit pas les autres qui travaillent moins. Ils ont été évacués dès le départ.»

Mme Lippe a fait remarquer que les meilleures conditions de travail reviennent souvent à ceux qui ont le moins d'obligations. Ceux dont les responsabilités familiales sont exigeantes ne peuvent pas toujours occuper des postes à temps plein.

Appauvrissement

De plus, les gens s'appauvrissent depuis 20 ans, indiquait le Conference Board du Canada dans un rapport en juillet 2011. Selon ses chercheurs, la population canadienne s'enrichit, mais seule une minorité bien nantie en profite.

Le rapport souligne que le revenu médian après impôt des familles a augmenté de seulement 5,5 % à 48 300 $ de 1976 à 2009, ce qui est largement inférieur à l'inflation. Cette donnée exclut l'effet de richesse de la classe supérieure.

Ces chiffres ne surprennent pas Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté: «L'Institut de recherche et d'informations socio-économiques disait [dans une note publiée en 2010] que si la classe moyenne a maintenu son pouvoir d'achat, c'est en travaillant plus d'heures!»

Selon M. Petitclerc, une bonification des normes du travail pourrait être une solution aux maux des travailleurs.

Par exemple, a précisé Katherine Lippe, «on pourrait prévoir des dispositions afin de rendre les horaires de travail plus prévisibles. Certains commencent leur journée à 9 h le lundi et à 16 h le mardi. La loi pourrait régler cette question en partie, ce qui n'est pas présentement le cas».

«Il existe aussi une question entourant les agences de placement, qui peuvent faire à peu près ce qu'elles veulent, a poursuivi Serge Petitclerc. Leurs travailleurs ont toujours de l'emploi, mais les conditions sont inférieures à celles offertes aux employés permanents d'une même entreprise.»

L'enrichissement des travailleurs passe aussi par les conditions offertes par les nouveaux emplois, a ajouté le porte-parole. «Lors du débat télévisé des chefs dimanche, on parlait de la quantité d'emplois créés lors des dernières années, mais pas de leur qualité ou du revenu.» 

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