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La Santé publique au cœur du trafic aérien

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Les citoyens qui vivent à l’ombre des avions s’inquiètent de ne pas en connaître les risques pour leur santé, quatre ans après que la Direction de santé publique de Montréal (DSP) eut lancé une étude d’impact du trafic aérien.

« J’aimerais que la DSP me dise si c’est à cause des avions que je suis malade », confie Roger Trottier au Journal. Ce résident de Bois-Franc, à Ville Saint-Laurent, souffre d’hypertension depuis qu’il habite ce secteur et a récemment été le premier de sa famille à combattre un cancer.

Militant au sein de l’association Citoyens pour une qualité de vie (CQV), il réclame depuis des années, une enquête indépendante sur l’activité aéroportuaire, ce qui n’a jamais été fait à Montréal. Il doute de l’indépendance de celle que mène actuellement la DSP.

L’association reproche notamment aux chercheurs de n’avoir fait aucune mesure des niveaux de bruit au sol. « On n’avait pas les moyens. Il aurait fallu quelques centaines de capteurs et autant de gens pour les écouter et discriminer le bruit des avions des autres bruits », explique le Dr Stéphane Perron, qui participe aux recherches.

La DSP a plutôt eu recours aux ingénieurs de SNC-Lavalin pour créer des courbes de bruit par ordinateur, une méthode utilisée par de nombreux autres chercheurs. Sur la base des mouvements aériens enregistrés par les tours de contrôle, la firme a ainsi créé des courbes très similaires à celle produites annuellement par Aéroport de Montréal (ADM). Or, les courbes de bruit d’ADM ne reflètent pas la réalité, selon CQV, puisqu’elles confondent les populations survolées et celles subissant des nuisances.

L’influence d’ADM

« La DSP se fait dicter la marche à suivre par ADM. Tout semble conçu pour qu’ADM gagne du temps et évite de révéler les données réelles sur le bruit, pour poursuivre sans entrave ses projets d’expansion », dénonce l’ex-maire de Lachine et membre de CQV, Jean-Marc Hétu.

M. Hétu reproche à la DSP d’accorder trop d’espace à la société privée dans son processus de recherche. Pour lui, cela permet à l’aéroport Montréal-Trudeau d’y être juge et partie et de contrôler les résultats et les recommandations qui en émaneront.

ADM est membre du comité consultatif mis en place par la DSP. À ce titre, dans une lettre adressée à la Santé publique en mars 2010, l’entreprise met en doute la démarche de l’institution publique et conteste la conclusion d’une recension des écrits effectuée par les chercheurs.

Dans cette lettre obtenue par le Journal, ADM réclame que la conclusion de la recension soit revue. Cette recension concluait sans détour que « l’exposition au bruit aérien constitue un risque pour la santé de la population exposée ».

La DSP se défend

« Nous les avons écoutés comme nous écoutons tous les acteurs impliqués, mais il se peut que nos conclusions ne leur plaisent pas », corrige le directeur de la DSP, le Dr Richard Massé, qui nie que la position d’ADM ait influencé ses chercheurs.

Dans sa lettre, Aéroport de Montréal estime par ailleurs que la DSP n’a pas le droit d’enquêter sur les activités d’une entreprise ni de lui imposer ses conclusions. Mais là encore, le Dr Massé balaie la critique du revers de la main.

« Leur interprétation du cadre juridique n’est pas la nôtre. Quand un problème nous est rapporté, nous avons le devoir de faire enquête, c’est ce que nous faisons », précise-t-il. Prévoyant déposer son rapport cet automne, il assure que ce document comprendra des recommandations touchant les municipalités et les citoyens concernés, mais aussi l’aéroport Montréal-Trudeau.

 

Lettre d’ADM à la DSP
(extraits)
«
Nulle part, les lois en vigueur octroient-elles aux directeurs de santé publique de pouvoir enquêter sur les activités spécifiques d’une entreprise, comme c’est le cas présentement, ni de pouvoir imposer ses éventuelles conclusions. »
«
ADM s’oppose donc formellement à ce que soit rendu public le document de travail s’il doit être accompagné de cette conclusion... (l’exposition au bruit aérien constitue un risque pour la santé de la population exposée). »
«
... le souhait exprimé par ADM va au-delà du seul rapport de recension et porte plus globalement sur la démarche entreprise (...), de façon à préciser les paramètres de la démarche et de la recherche en cours... »
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