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Une marée se lève

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Qui n’a pas eu le sentiment, ces dernières années, que le Québec s’enfonçait dans la médiocrité ? Quand une société se sent impuissante, elle perd le goût du collectif. La politique semble alors baigner dans les eaux puantes de l’affairisme, de la corruption.

C’est avec ce climat mental que nous romprons le 4 septembre. Une page d’histoire s’écrira. Nous ne changerons pas seulement de gouvernement. Nous changerons probablement d’époque. Notre histoire comme peuple bifurquera.

La qualité des candidatures attirées par le PQ (Jean-François Lisée, Pierre Duchesne, Djemila Benhabib) et par la CAQ (Jacques Duchesneau, Gaétan Barrette, Dominique Anglase) confirme une chose : une marée se lève au Québec. Sommes-nous au seuil d’une nouvelle Révolution tranquille ?

Le PQ est en tête. S’il est majoritaire, il défendra l’identité québécoise. Pour d’excellentes raisons. Montréal s’anglicise. Le français régresse. Le multiculturalisme tourne en ridicule la majorité francophone. Les Québécois s’oublient comme peuple. Il est temps de renverser la tendance.

«Sommes-nous au seuil d’une nouvelle Révolution tranquille? »

J’ajoute : la panique que suscite l’élection possible du PQ chez les antinationalistes les plus hystériques est belle à voir. Quand les spécialistes du Quebec bashing entrent dans une transe haineuse, c’est parce que les Québécois sont à la veille de se lever.

La CAQ peut aussi gagner. Nul ne contestera l’énergie combattive de François Legault. La CAQ entreprendrait la grande réforme du modèle québécois. Le Québec s’est trop longtemps complu dans une social-démocratie qui fonctionne mal. Il s’est encroûté. Bureaucratisé. Il va mal.

On peut s’attendre à des années de tumulte. Car une société sclérosée comme le Québec ne se réforme pas dans la tendresse. Mais un jour ou l’autre, nous devrons passer par là. François Legault porte peut-être le grand cri de révolte des classes moyennes.

Je ne me forcerai pas pour dire du bien du Parti libéral. Il s’est présenté à l’élection sans projet. Chez les francophones, on le déserte. Il pourrait bien être réduit à ses assises anglophones et ultrafédéralistes. Le PLQ jouera peut-être son existence comme parti majeur le 4 septembre.

Inversement, s’il se maintient, cela confirmera qu’il est possible de gouverner le Québec sans l’appui des francophones. Nous verrions donc (encore une fois) comment le déficit de solidarité nationale chez les Québécois francophones peut les entraîner à perdre le contrôle de leur destin.

Voyons dans tout cela le bon côté des choses. La politique, ça devrait être ça. Moins de jambettes, plus de visions. Cette élection révèle la politique dans ce qu’elle a de mieux. Dans sa capacité de changer le destin des peuples.

Peut-être est-ce alors la leçon la plus importante. Les petits cyniques et les gros malins qui croient que tous les politiciens sont des « crosseurs » devraient ranger leurs sarcasmes et admirer l’exercice démocratique.

La politique consiste à mettre certaines idées et valeurs au pouvoir. À faire le choix d’une vision. De redonner l’envie d’exister ensemble comme peuple. Nouvelle Révolution tranquille, j’ai dit ? Peut-être aussi renaissance de la société québécoise.

Quant à moi, j’espère seulement une chose : que nous ne cesserons jamais de regarder dans un horizon pas trop éloigné un fleurdelisé enfin déployé, claquant au vent, annonçant un Québec enfin maître chez lui. Demain ? Après-demain ? J’espère.

 

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