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Votez pour Timi

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Nous sommes privilégiés. Nous avons le pouvoir de voter pour nos dirigeants politiques et il est de notre devoir de citoyens responsables de le faire chaque fois que nous sommes sollicités. Alors, demain, allez voter. Et si vous ne le faites pas pour vous, faites-le pour Timi.

Mais qui c’est ça, Timi? Bien peu de gens le savent. Je l’ai rencontré au début de l’année 1991, à l’aéroport d’Abu Dhabi, dans les Émirats arabes unis. J’étais alors en route pour le Qatar, quelques jours avant que la première guerre du Golfe éclate, afin de couvrir l’éventuel conflit pour le compte du Journal de Québec.

Timi, lui, s’était retrouvé coincé à l’aéroport, en route pour l’Inde, le pays où il s’était réfugié pour fuir le Tibet sous occupation chinoise.

Sans papier et sans droit

Timi (son nom est trop compliqué pour que je l’écrive au complet) arrivait de Genève, en Suisse, où il avait participé à un sommet quelconque sur le Tibet et les problèmes que vivait son peuple, sous domination chinoise depuis les années 50.

Lors de son transfert d’avion, à Abu Dhabi, les autorités locales l’avaient soumis à un interrogatoire long et pénible qui lui avait fait manquer son transfert et il devait attendre un prochain vol.

Il faut dire que cette région du Golfe était passablement perturbée, à quelques jours d’une guerre quasi certaine.

Or, Timi, le Tibétain, n’avait pas de passeport. Seul un papier rédigé en français et en anglais, émis par l’Organisation des Nations unies (ONU), l’identifiait et lui permettait de se rendre de Suisse en Inde. Alors, à chacun de ses transits d’avion, il était interrogé longuement et on lui faisait une fleur en lui permettant de poursuivre son voyage au bout de quelques heures ou de quelques jours.

Un homme très politisé

Lorsque je l’ai vu dans l’aéroport, avec un militaire armé tout près de lui, il m’a souri et m’a fait signe, me demandant par gestes si j’avais une cigarette. À cette époque, ce vice était permis dans les aéroports. Je me suis dirigé vers lui et, sous l’œil inquisiteur de son gardien, je lui ai tendu un paquet et un briquet avant de m’asseoir à ses côtés.

Nous avons parlé pendant trois heures, avant qu’on appelle mon vol pour Doha, au Qatar.

Il m’a appris qu’il était coincé là depuis deux jours et pensait pouvoir repartir quelques heures après moi, pour Karachi, au Pakistan, avant de finalement rejoindre Calcutta, en Inde, sa ville d’adoption « temporaire ». Il comptait retourner au Tibet, qu’il avait dû quitter une dizaine d’années plus tôt parce que ses activités politiques faisaient de lui une personne « étroitement surveillée » par les occupants chinois. Il travaillait ardemment à la libération de son peuple et se disait très heureux de converser avec un journaliste venu d’un pays démocratique, qui avait « la liberté de presse et le droit de vote ». Je me souviens encore de ses paroles.

Un geste important

Timi était un homme très politisé. Un enseignant d’une trentaine d’années, qui voulait retourner chez lui pour trouver de nouveaux élèves et continuer de promouvoir l’éducation et la démocratie.

Lorsque mon vol a été appelé, nous avons échangé nos adresses et nous sommes promis de garder le contact.

Après mon retour de la guerre du Golfe, j’ai eu des nouvelles de Timi. À trois reprises. Il s’était finalement rendu à Calcutta et, l’année suivante, il retournait au Tibet. Que s’est-il passé rendu chez lui?

Je n’ai jamais eu sa nouvelle adresse ni entendu parler de lui.

Avant 1991, je votais parfois par habitude. Depuis, je vote pour Timi... chaque fois.

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