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Santé

Le parti du malade

pénurie personnel
Photo Agence QMI / Archives De nombreux postes en soins infirmiers étaient disponibles

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Pour quel parti êtes-vous? On me l’a posé cent fois plutôt qu’une cette question ces derniers temps. J’ai beau ne pas m’occuper de politique, la politique, elle, s’occupe plutôt de nous, mes confrères et moi, et trop souvent, nous empêche d’appuyer le parti que nous avons choisi : celui du malade.

Nous sommes privilégiés de pouvoir jouir d’un réseau de santé comme le nôtre, mais les conditions économiques transforment son quotidien bien davantage que nos ministres ou nos parlementaires, et ses jours futurs s’annoncent plutôt sombres. Né à la fin des années 60, il approche la cinquantaine, n’a pas trop pris soin de lui sa vie durant, et se retrouve aujourd’hui malade. Très malade, et parmi les outils pour le soigner, le tournevis n’est pas nécessairement le bon. On lui demande déjà depuis longtemps d’en faire toujours plus avec moins. Épuisé, il nécessite désormais impérativement des soins, mais les avis sont nombreux et partagés sur ceux qui pourraient lui permettre de prendre du mieux.

CE QUI EST NÉCESSAIRE

Peu importe le parti qui sera élu demain, un médecin sera chargé de sa santé. Excellent. La tâche de celui-ci sera de rendre possible ce qui est nécessaire. C’est là tout l’art de la politique. Toutefois, qu’est-ce qui est nécessaire? Contrairement au ministre de la Justice dont le ministère foisonne d’avocats, celui de la santé est composé, à plus de 90 %, de travailleurs sociaux qui n’ont pas nécessairement la connaissance du terrain. Autant la population a besoin de médecins, autant le ministère a également besoin de spécialistes avertis pour poser un diagnostic et traiter les maux du réseau. Il suffirait peut-être d’être à l’écoute de ceux qui y travaillent.

Déjà, si tous les médecins qui pratiquent avaient l’obligation d’être attachés à un hôpital, il y aurait une meilleure compréhension de ce qui s’y passe. Pour ma part, je le sais. Mon travail consiste actuellement, trop souvent, à ne pas le faire ou à me battre pour le faire. Je n’ai pas été formé pour gérer, mais pour opérer. Ce que, dans notre établissement, mes confrères et moi avons omis de faire 4 800 fois dans la dernière année faute de moyens pour le faire.

L’ARGENT DES PROMESSES

La politique est comme l’apprentissage du patin à roues alignées. On va en partie où on veut aller et en partie où ces satanées chaussures nous mènent! C’est très bien et essentiel de promettre d’accueillir plus de patients en procurant un médecin de famille à chaque Québécois. La finalité est cependant de les traiter, et pour le faire, il faut impérativement que l’argent suive les patients... À cet égard, les signes vitaux du réseau n’annoncent rien de bon et un gros trou est en train de se former dans son ventre.

Un trou de plus d’un milliard de dollars d’ici 2015, sur la base de compressions imposées par le gouvernement dans le cadre de sa stratégie d’optimisation (!) des soins de santé (433 M$), d’une croissance budgétaire réduite en 2013-2014 (181 M$), de l’annulation du ticket d’orientation dans le dernier budget Bachand qui n’a pas été comblée par une autre méthode de financement (430 M$) et d’une réduction de près de 120 millions des transferts du gouvernement fédéral. Et on n’a pas encore souligné le financement des engagements annoncés dans le dernier mois. La raison et la politique n’empruntent pas toujours le même ­chemin.

Le temps n’arrangera pas les choses pour notre malade. Les soins qu’il attend n’arriveront probablement pas. La maladie, elle, n’attend pas. Elle est bien organisée. Tout ce dont elle a besoin pour achever son œuvre c’est du temps, justement. À cet égard, les listes d’attentes la servent bien.

ÉTATS GÉNÉRAUX SUR LA SANTÉ ?

La situation avec les étudiants qui réclament la gratuité des frais de scolarité est telle que l’un des partis en lice demain promet de tenir des états généraux sur l’éducation dans les meilleurs délais s’il est élu.

Il serait peut-être pertinent pour le parti politique qui sera élu d’envisager la même chose pour le système de santé dans les meilleurs délais, s’il est souhaité collectivement de maintenir sa gratuité. Car, soyons réalistes, il est plus que malade. Il se meurt lentement de sa politique, et sa survie dépend peut-être, effectivement, d’une consultation avec le privé.

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