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Nos ados ont besoin de limites

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PHOTO COURTOISIE Suzanne Vallières, psychologue, en compagnie de ses trois enfants, Louis-Alexandre, 18 ans, Gabrielle, 20 ans et Antoine, 16 ans.

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Les parents d’ados ne savent plus dire non. Ils ont peur d’imposer des limites et de perdre ainsi l’estime de leurs enfants. Devant l’arrogance de leurs grands adolescents, ils sont nombreux à baisser les bras, cédant invariablement à presque tous leurs caprices. Pourquoi sommes-nous aussi nombreux à démissionner et à accepter l’inacceptable ?

« La plupart des parents ont du mal à dire non parce qu’ils n’ont pas le temps de gérer une crise ou parce qu’ils craignent de perdre l’amour de leur enfant », constate Suzanne Vallières, psychologue et auteure de la populaire série Les Psy-trucs. Dans son dernier-né d’une série de neuf volumes, dont le lancement est prévu pour demain, elle propose une série de trucs et astuces pour aider les parents à mieux comprendre leur adolescent et à construire la meilleure relation possible avec lui tout en continuant d’exercer leur autorité parentale.

Dans son cabinet, elle rencontre régulièrement des parents qui avouent acheter la paix. « Ils ne veulent plus que leurs jeunes les dérangent, mais ils ne comprennent pas qu’en agissant de la sorte, ils courent le risque qu’ils ne les dérangent plus du tout. »

Les adolescents ont pourtant besoin qu’on leur impose des limites et que l’on continue d’être présents pour eux, croit Mme Vallières. Lorsqu’ils viennent la rencontrer, ils sont les premiers à déplorer le fait que leurs parents ne leur disent jamais non.

« Les ados sont grands dans leur corps, mais pas encore dans leur tête. Ils ont besoin de leur famille beaucoup plus qu’on ne semble vouloir l’admettre parfois », note-t-elle.

En écrivant son dernier livre, celle qui est aussi mère de trois grands enfants a voulu répondre du mieux possible aux nombreuses questions que se posent la plupart des parents d’adolescents. Faut-il tolérer le bordel dans leur chambre ? Si oui, jusqu’à quel point ? Comment réagir lorsque nos ados nous manquent de respect, comment leur imposer des règles de vie et les faire respecter, quelles conséquences donner lorsqu’ils refusent de se plier aux règles familiales, comment composer avec l’arrivée de l’alcool, la cigarette et la drogue dans leur environnement ? Faut-il leur permettre de boire sous notre toit ? Faut-il leur fournir de l’alcool nous-mêmes ou pas ? Et que dire des amis peu recommandables ?

Maintenir une saine communication

Si l’on doit commencer quelque part, Mme Vallières croit que nous devrions nous exercer à mieux communiquer avec nos ados ou nous efforcer de maintenir en vie la relation développée pendant l’enfance. « Nous sommes responsables de maintenir les liens avec notre adolescent, insiste-t-elle. Il ne faut surtout pas attendre que l’initiative vienne de notre jeune. »

Pour y arriver, elle suggère de saisir toutes les occasions de communication parallèle. « Les formules du genre, viens t’asseoir mon grand, on va parler, ne fonctionnent pas très bien à son avis, mais on peut en profiter pour engager une conversation dans l’auto, en allant magasiner, en préparant le souper ou en écoutant un film avec eux sur le divan. Elle rappelle d’autre part que le fait d’accepter de les laisser s’enfermer dans leur chambre avec un ordinateur ou une télé ne facilite certainement pas la communication avec eux à moins que nous soyons capables de les faire sortir de leur antre de temps à autre.

Cinq psy-trucs de Suzanne pour mieux vivre avec vos ados

1 : Mon adolescent commence à fumer, comment réagir ?

S’il s’agit d’un premier essai, rien ne sert de dramatiser. Cela fait partie de ses apprentissages et ne mène souvent pas à une habitude de consommation régulière. Dans le cas contraire, éviter de le confronter ou de s’opposer vigoureusement. Cela risque de renforcer son besoin de nous défier pour nous montrer que c’est SA décision. Il ne faut pas non plus banaliser le comportement. Il faut avoir une discussion respectueuse et présenter des arguments convaincants (la réduction du souffle, le jaunissement des dents, l’odeur corporelle, la toux, la dépendance, les effets sur la santé...) afin de l’amener, par la suite, à décider lui-même d’arrêter.

2 : Faut-il accepter qu’il consomme de l’alcool à la maison ?

À partir de 13-14 ans, nos jeunes deviennent progressivement plus curieux et expriment de plus en plus le désir de goûter, de prendre eux aussi un verre de vin à la table. Selon nos valeurs, il est possible de profiter de cette occasion pour démystifier l’alcool et faire en sorte que leur première consommation ait lieu dans le cadre familial. Cette initiation permet de discuter avec notre ado des risques liés à la consommation abusive d’alcool.

3 : Doit-on exiger qu’ils remettent leur chambre en ordre ?

Même si nous comprenons que ce refus de faire leur chambre répond à un besoin de s’affirmer, cela ne veut pas dire qu’il faut tout tolérer ! Exigez le respect des aires communes, acceptez un certain laisser-aller dans leur chambre, mais exigez un minimum de salubrité (pas de nourriture dans cette dernière). À l’occasion, offrez-lui de l’aider à faire son ménage, mais ne le faites pas à sa place. Respectez ses méthodes de rangement, même si elles ne vous semblent pas efficaces.

4 : Doit-on tolérer l’isolement dans leur chambre ?

Il est naturel de respecter le besoin de silence et de solitude de notre adolescent et son désir de s’enfermer dans sa chambre, dans son intimité, son refuge. Mais tout est une question d’équilibre. Il faut évidemment éviter que leur chambre ne devienne une résidence secondaire.

5 : Est-ce que tous les adolescents défient les règles et l’autorité ?

Tous les adolescents, même les plus dociles, vont s’opposer ou défier les règles d’une manière ou d’une autre. Il faudrait même s’inquiéter si tel n’était pas le cas. Dans une famille où les parents sont très contrôlants, très rigides et n’acceptent aucune confrontation ou remise en question de leur autorité, les choses peuvent se compliquer.


Source : Les Psy-trucs pour les ados, Suzanne Vallières, éditions de L’Homme, 2012

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